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Indépendants : "Arrêtons le massacre"

Laurent Gérard et Vincent Rocour

Mis en ligne le 11/02/2012

Sabine Laruelle en a marre de voir les indépendants et les PME stigmatisés. Elle exige qu’on les épargne lors de l’ajustement budgétaire.
Entretien

Sabine Laruelle (MR) est ministre des Classes moyennes, des PME, des Indépendants et de l’Agriculture. Elle estime que les indépendants et les PME ont subi trop d’attaques ces derniers temps. "Je ressens chez eux une peur et une insécurité qui n’étaient pas présentes lors des crises précédentes. Ils ne savent pas quelles mesures les attendent. Et avec ces déclarations de secrétaires d’Etat sur la fraude ou sur la soi-disant fin de la déduction des crédits hypothécaires - qui ont fortement touché le secteur de la construction - ou encore la problématique des voitures de société, ils ont aujourd’hui l’impression d’être tous coupables."

Il faut quand même renflouer les caisses.

Il faut un assainissement budgétaire, mais il ne faut pas tomber dans la récession. Les PME de moins de 50 personnes représentent 97 % des entreprises en Belgique. Et on a un million d’indépendants. Mais l’esprit d’entreprise reste faible chez nous. Or, on l’a encore dit au sommet européen, ce qu’il faut, c’est de la croissance. Et pour cela, il faut de l’activité privée. Il y a bien sûr aussi les grandes entreprises, mais on voit bien que quand elles licencient, ce n’est pas anodin. La PME, elle, ne délocalise pas, elle donne de l’emploi de proximité et aussi de l’emploi peu qualifié. Je souhaite qu’on arrête de donner l’impression que tous les indépendants et les PME sont des fraudeurs. Car si la peur s’installe, demain, ils ne vont ni investir, ni engager. Et ce n’est pas parce qu’il y a moins d’effets positifs que prévus en matière de réforme des pensions qu’on doit aller chercher de l’argent chez les indépendants, chez ceux qui ont hypothéqué leur maison pour créer leur emploi. On a parfois l’impression qu’ils roulent tous en Porsche et fraudent le fisc. Mais le statut d’indépendant, même s’il a été revalorisé, reste en deçà de celui des salariés, avec en outre un système de malus à la pension. Ces gens qui ont eu le courage de créer leur emploi, et d’autres emplois, ont une pension inférieure à celle d’un chômeur, à celle que vous auriez eue si vous étiez resté peinard chez vous. Vous savez que la pension complète d’un indépendant n’a dépassé le seuil de pauvreté qu’en 2009 ? Un indépendant isolé, après 45 ans de carrière, a 1 007 euros de pension. S’il a en plus l’outrecuidance de partir après 40 ans de carrière, il touche 1007 euros, multiplié par 40/45e, moins 25 %. Notez que j’ai quand même obtenu la disparition du malus à partir de 41 ans de carrière, au lieu de 42.

Certains disent que leur couverture sociale est certes faible mais que la solidarité est plus faible aussi, en raison du plafonnement de leurs cotisations.

Faux. Le statut social des indépendants est le plus solidaire, car quel que soit le montant de la cotisation sociale que vous payez, quand vous avez le malheur de tomber en incapacité ou en invalidité, vous aurez la même indemnité. Chez les salariés, l’indemnité est proportionnelle au salaire perdu, même si c’est plafonné. Dans les pensions d’indépendant, vous n’avez quasi pas de proportionnalité non plus.

L’autre critique qui leur est faite, c’est que l’Etat intervient proportionnellement davantage pour eux que pour les salariés.

C’est faux. Si vous prenez le financement alternatif (les accises tabac, une partie de la TVA ), 90 % va aux salariés et 10 % aux indépendants, qui représentent pourtant 20 % de la population active.

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