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Di Rupo devra trouver 2 milliards

Mathieu Colleyn

Mis en ligne le 25/02/2012

En attendant un conclave "capital" en vue du respect des engagements pris par la Belgique vis-à-vis de l’Europe, on entend et lit tout et son contraire

Vendredi, la petite tribu gouvernementale attendait toujours fébrilement les nouvelles conclusions du comité de monitoring de l’Etat Belgique. Elles seront officiellement présentées en comité ministériel restreint (le kern) ce dimanche en fin d’après-midi mais certains chiffres ont déjà filtré. Ainsi, le comité de monitoring évalue à 1,5 milliard d’euros l’effort supplémentaire à fournir par le niveau fédéral en 2012. A cette somme, il serait prudent d’ajouter un "tampon" de 500 millions, suggère le comité, afin de faire face plus confortablement à la baisse de la croissance et à celle des gains liés aux mesures qui seront prises. Précisons que cet effort total de 2 milliards doit être confirmé politiquement par le kern dimanche.

Après les projections du Bureau du plan qui ont anéanti tout espoir de croissance significative pour cette année, cette dernière livrée de chiffres (60 pages) doit jeter les bases des prochaines négociations d’ajustements budgétaires. Un "conclave" dont le démarrage a été reporté au 4 mars avant le congé de carnaval et qui s’annonce quasi sanguinaire au vu des divergences politiques affichées ces derniers jours. Rappel, l’an dernier l’équipe Di Rupo Ier avait accordé ses violons sur un budget resserré de quelque 11,3 milliards d’euros pour 2012. Depuis, les perspectives de croissance sont passées de 0,8 à à 0,1 %, alors que surgissent des doutes de plus en plus palpables sur l’ampleur des recettes nouvelles qui surgiront de l’application des mesures annoncées par le gouvernement.

Et dans les colonnes "La Libre" peu avant le congé, le ministre MR du Budget, Olivier Chastel, chiffrait l’effort complémentaire à fournir à 2 à 2,5 milliards d’euros dont 800 millions seraient apportés par les entités fédérées. A suivre les conclusions du comité de monitoring, la Belgique sera donc au-delà. Pas de beaucoup, mais au-delà.

En attendant ce conclave "capital" en vue du respect des engagements pris par la Belgique vis-à-vis de l’Europe (un déficit à 2,8 % du PIB cette année et un équilibre en 2015), on entend et lit tout et son contraire. Pour caricaturer, mais pas tant que cela, la gauche dit "pas touche aux dépenses de l’Etat, nous sommes à l’os". La droite lui répond que "non", il faudra en discuter, des économies sont encore possibles. De leur côté les libéraux préconisent une nouvelle opération de régularisation de capitaux fiscalement évadés, ce que socialistes et CD&V assassinent sans attendre en indiquant qu’il s’agirait-là d’un mauvais signal. Et puis il y a encore l’indexation automatique des salaires. Tabou pour le PS qui, couché sur l’enclume, imagine déjà le marteau syndical s’abattre sur lui. Pourtant, l’indexation, dans son fonctionnement, pas dans son principe, sera mise sous pression, c’est une certitude. Pieter De Crem, ministre CD&V de la Défense que "La Libre" a interrogé hier, se montre favorable à une discussion sur le sujet. Les débats récents l’ont montré, ce problème est lié au prix de l’énergie, trop élevé en Belgique. Il pénalise la compétitivité des entreprises : d’une part en augmentant leurs coûts de production et d’autre part en influencant l’index et donc les salaires. Le gouvernement devra trouver la parade à ce phénomène.

En bref, le problème deviendra politique à partir de cette semaine. Au final, il faudra s’attendre à un subtil compromis à la Belge qui jouera immanquablement sur des économies à faire sur les dépenses de l’Etat et de recettes nouvelles amenées par des mesures fiscales. Hier, Pieter De Crem a surpris en appelant à un sursaut de "leadership". L’effort à fournir est connu et il est maintenant temps de prendre des mesures fortes, assène-t-il. En proposant, par exemple, un gel des engagements dans l’administration, une nationalisation des centrales nucléaires pour infléchir les prix de l’énergie ou encore la suppression d’un jour férié pour doper la croissance, il s’inquiète de l’absence d’une réelle stratégie de relance dans l’action de son propre gouvernement. Le CD&V, sans en dévoiler plus, souligne la créativité de son ministre mais insiste sur le fait que c’est le vice Premier Steven Vanackere qui portera les propositions du parti.

Plus concrètement, suite aux discussions de dimanche, des réunions intercabinets sont prévues en début de semaine avant un nouveau kern programmé mercredi. La négociation budgétaire entrera dans le vif du sujet dimanche prochain. Dernier point : le comité de monitoring insiste sur l’importance d’un suivi permanent de la situation financière de l’Etat. C’est précisément son boulot, visiblement important en ces temps de crise.

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