Nord-Sud : rencontre au sommet
Inédite, ce midi à l'Elysette : une réunion conjointe entre les gouvernements wallon et francophone d'une part, flamand de l'autre. En tête de menu, deux vieux serpents de mer : Meise et un accord de coopération culturelle.
- Publié le 07-12-2012 à 04h15
- Mis à jour le 07-12-2012 à 08h31

De blocages en éclats, on ne croirait pas. Pourtant, les occasions de se parler entre politiques belges ne manquent pas Parmi elles, il peut y avoir des réunions conjointes entre gouvernements fédérés. Si notre arsenal institutionnel ne les prévoit pas comme telles au rayon pourtant minutieux et très sophistiqué des articulations et concertations de tous poils, elles sont pour les ministres concernés une occasion plus médiatique, plus démonstrative, plus symbolique, bref plus politique, de se voir et d'entériner des décisions mûries discrètement. Un peu de strass dans le stress, quoi.
S'agissant de la Région wallonne et de la Communauté française, il n'y a même plus de strass : le gouvernement conjoint ou similiconjoint est devenu la règle. Depuis que ministre-Président et vice-présidents des deux majorités Olivier sont identiques aux deux étages, les réunions gouvernementales se suivent ou se mélangent systématiquement séance tenante. Soutenir que le paysage sudiste s'en trouve clarifié doit être téméraire, mais soit.
Et puis, de temps à autre, les ministres wallons rencontrent les germanophones; ou les Bruxellois, ou plus facilement les Bruxellois francophones, vous savez, ceux de la Cocof Et il y a là parfois quelques rites, comme d'une prise de connaissance entre délégations de pays aussi éloignés que le Mexique de l'Ouzbékistan, qui peuvent faire sourire Mais soit encore.
Entre Nord et Sud, en revanche, c'est rarissime. Il faut remonter à douze ans pour trouver trace d'un gouvernement conjoint Wallonie/Flandre, et ce devait être alors le premier du genre. Aussi, dans notre drôle de pays, même si ses préparatifs ont été discrets et même si son ordre du jour n'est ni démesuré ni explosif, la réunion de ce midi à l'Elysette entre les gouvernements wallon et francophone PS/Ecolo/CDH de Rudy Demotte d'une part, et le gouvernement flamand CD&V/N-VA/SP.A de Kris Peeters d'autre part, accède naturellement au rang d'événement.
Un événement relatif
Du reste, sauf erreur ou omission, ce doit être inédit au siège jambois du gouvernement wallon. Et c'est en tout cas une première avec les deux exécutifs que l'on qualifie de sudistes pour faire commode : le wallon et le francophone.
Voilà qui est d'autant moins anecdotique, face à un exécutif nordiste naturellement "fusionné", que la classe politique flamande n'a guère plus compris qu'apprécié le changement officieux de l'appellation Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles. Une expression d'ailleurs lancée en riposte aux positions flamandes réitérées sur la relégation de Bruxelles en Division II régionale; et, il est vrai, bourrée d'équivoques à vouloir accoler une perspective institutionnelle birégionale nouvelle à une institution communautaire existante
Bref, événement donc, mais tout est relatif. Extrapoler une réunion de deux heures, au menu technique ou réchauffé, en illustration d'une tentation confédéraliste à snober le fédéral, ou d'une connivence Nord/Sud faisant fi de Bruxelles, relèverait du phantasme.
Dans le même temps, on sait que l'on ne peut pas écarter tout soupçon d'animosité entre les convives du jour comme entre ceux-ci et les absents. Le statut bruxellois, on y revient, reste un concentré de divergences. Quant aux relations avec le fédéral, on peut les juger actuellement opaques sur deux registres essentiels. L'institutionnel d'abord, qui n'est d'ailleurs pas absent de notre "sommet" Nord/Sud. S'il s'agit pour les ministres fédérés d'"un échange méthodologique" sur l'accueil des compétences nouvelles à transférer, on sait combien ils sont en attente de précisions fédérales sur les transferts à opérer. Le budgétaire ensuite. Sans plus de concertation à ce jour pour le budget de 2013 que pour celui de 2012, le fédéral a réinscrit sur son récent exercice un non-financement de compétences dites usurpées pour 250 millions, à charge des Communautés et Régions. On ne l'entend pas de cette oreille au fédéré, avec des accents divers. Ainsi, du seul côté wallon, le ministre André Antoine (CDH) se ferait fort de présenter en riposte une addition de 190 millions en "créances certaines" au fédéral
Reprenons : ce vendredi, un peu de décorum, un peu de sel à table, un peu de sens politique. Mais quoi, n'y a-t-il pas assez lieu de se plaindre lorsque nos décideurs préfèrent s'ignorer ?
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