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En campagne avec (8) | Paul Magnette

"Il est encore plus beau qu’à l’ télé !"

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 03/06/2010

Paul Magnette, tête de liste PS au Sénat, fait des ravages sur les marchés. Les passantes du marché de Binche se l’arrachent… Lui, il engrange patiemment, en français, en italien, en néerlandais.
Reportage

Julie n’en revient pas. Sa promenade sur le marché de Binche, ce samedi matin, elle s’en souviendra. Car là, face à elle, c’est bien lui : Paul Magnette, en personne, en chair (si peu) et en os. Avec ses yeux rieurs, sa barbe savamment taillée et sa voix de tombeur, c’est sûr, c’est Paul, le "miniss" qu’elle a vu, hier encore, " à l’télé ".

Julie pose ses commissions, enfouies dans deux grands sacs à carreaux. Elle prend appui sur ses deux pieds et dévisage l’homme. Faut dire qu’il tranche avec les gens d’ici: chaussures noires barrées d’un V stylé, jeans noir, chemise blanche, veston noir à fines lignes grises: c’est plus l’uniforme de l’avenue Louise que celui du marché de Binche.

Elle ose: "Mais il est encore plus beau qu’à l’télé !"

Elle souffle à sa voisine. "Qu’il est mamé, hein Blanche ?" Le soleil la gêne. Elle cligne des yeux pour mieux le voir. Elle tourne autour de lui pour ne rien rater du spectacle. Elle entrouvre une bouche partiellement meublée et sourit de bonheur. Elle aurait rencontré Patrick Bruel, Bratt Pitt ou Johnny Depp, elle n’aurait pas été plus contente, Julie.

Elle dit encore: "Il est bi plus grand qu’à l’télé !"

Alors, enfin, Paul Magnette l’aperçoit. Il s’avance vers elle et lui dit: "C’est quoi, votre petit nom ?"

Julie chancèle, se racle la gorge et murmure:

"Julie..."

Le ministre sort son tract électoral, illustré de sa photo, tout sourire. Et il écrit: "Pour Julie. Amitiés. Paul."

Elle réplique, assurée: "J’étais déjà socialiste que vous n’étiez pas né !"

- J’peux voter pour vous ?

- Oui, je suis tête de liste au Sénat."

Elle enfouit le trésor dans sa poche, empoigne ses cabas chargés et s’en va.

C’est sûr, sa journée, elle l’a gagnée. Elle a bien fait de venir.

En deux heures de marché, l’épisode se reproduira une dizaine de fois. Magnette déclenche une espèce de doux délire dans la foule.

Extraits...

"T’as vu, t’as vu, là, c’est Magnette!

- Waw, il est pas mal

- Que bia visage qu’il a !

- Je ne sais pas si c’est comme ça de tous les côtés "

Magnette magnétise. Cela ne doit pas être désagréable Lassant, à la fin ? "Honnêtement, c’est flatteur, reconnait-il. L’important est que cela ne s’arrête pas là. On est là pour faire connaissance, pour discuter. Les gens apprécient qu’on soit là, qu’on les écoute, qu’on soit attentif à leurs préoccupations."

Lesquelles ? Ici, sur le marché de Binche, on ne parle pas d’institutionnel, ou de BHV. On parle plutôt logement, emploi, de l’école du p’ti, de la sécurité.

Magnette, même en dehors de son arrondissement (ici, c’est Thuin) est en terre conquise.

Sur son passage, un autre Paul lance: "On est avec vous " Kevin et sa femme, vendeurs de jeans, l’avouent: "Ben oui, nous, on a toujours voté ‘socisaliss’." Jean, qui achète trois raviers de fraises (trois pour le prix de deux), explique: "On sait quel travail il a fait à Charleroi. Avant, avec toutes ces affaires, on était un peu gêné d’être socialiste. Il nous a rendu notre fierté."

Magnette explique: "La force du PS, ce n’est pas l’assistanat. C’est son enracinement dans la société. Dans chaque ville, dans chaque ancien village, il y a une section locale. On est présents, à l’écoute."

Oui, la campagne est épuisante, nerveusement et physiquement. Mais l’accueil qu’il reçoit partout, "cela requinque".

Quelle différence aussi avec les précédentes campagnes. En 2009, en 2007, les socialistes rasaient les murs. On le leur parlait que des affaires. Aujourd’hui, rien, pas une question là-dessus.

Donc Magnette assure, ici.

Il n’est pas le seul. Car il y a un autre phénomène sur ce marché, Laurent Devin, le maïeur de Binche, député wallon. Gille de Binche aussi. Il sert de poisson pilote pour Paul Magnette. Oui, un phénomène ce Devin: il apostrophe une personne sur deux par son prénom.

"Ça va Daniel, et les enfants ?

- Marc, et ta maman, ça va ?

- Une femme comme Marie, in d’a nin brinmin "

Bises par ci, bises par là. Monsieur le bourgmestre connait tout le monde, tous les problèmes. Tout le monde le tutoie:

"Faut qu’jte parle de mon logement Laurent, ça n’va nin

- He Laurent, j’ai manqué de m’faire écraser à la rue Robioano !

- Bonjour Laurent. Quoi, tu ne me remets pas ? Je suis la sœur à Marvin !

Ghislaine, qui apparemment, n’en rate pas une, avoue:

"Moi, j’ai une belle photo de toi ’m chambre !

- Dis pas ça, ton mari va être jaloux "

Mais non, René n’est pas jaloux. Il approuve. Lui aussi, il est "Péesse".

Ah, voici Léontine. Elle, pas gênée, aborde Paul Magnette:

"C’est moi qui vous ai téléphoné, hier, vous vous souvenez ?

-

- Mais si, hier !

-

Pas rancunière, Léontine en est sûr: "Cette fois, on va gagner."

Son mari lui tire la manche: "Allez, on doit encore acheter le matelas "

Plus loin encore, ce groupe de pensionnés. Paul Magnette a perçu qu’ils parlaient en italien. L’italien ? Magnette adore. Il l’a appris comme cela, parce qu’il aime le pays. Et en Belgique, 80 % des Italiens de la première génération ont gardé leur nationalité. Ils ne votent donc pas aux législatives. Mais Paul Magnette les aime bien, ces petits vieux. Il se lance dans une discussion animée avec eux. Le marché tire à sa fin. Ici, les candidats des autres partis se font plutôt rares.

Cap sur Frasnes-lez-Gosselies, entité des Bons-villers. Ici, on sent déjà l’aisance du Brabant wallon. Les Femmes prévoyantes socialistes organisent, dans le hall omnisports, leur souper annuel. Avec Paul Magnette en vedette, évidemment. En 5 phrases, il a tout dit: "Cette crise, le PS ne l’a pas voulue. Les francophones étaient prêts à négocier. Le PS est prêt à prendre ses responsabilités. Pour sauver les pensions et la sécurité sociale, il faudra un PS fort. Plus fort encore." Message reçu. On applaudit. Le MOC l’attend à Wépion où il passera l’après-midi.

Puis cap sur Bruxelles pour "the" débat à la VRT, où il étonnera par son aisance en néerlandais. Deux séjours au Ceran et des cours particuliers ont fait de lui un des meilleurs bilingues du PS, avec Rudy Demotte et Charles Picqué.

Ce multilinguisme lui servira. Au gouvernement ou, un jour, à la tête du PS.

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