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L'après-scrutin

Bientôt, le grand chambardement

V.d.W.

Mis en ligne le 21/06/2010

Bart De Wever entame officiellement sa mission d’information ce lundi. Il veut un accord de principe sur un projet qui changera notre pays.

L’informateur royal, Bart De Wever, entame donc, ce lundi, ses consultations. Analysons la situation politique une semaine après le tsunami politique du 13 juin dernier.

1 Comment Bart de Wever va-t-il travailler ? Tout d’abord, il l’a dit, dans la plus grande discrétion. Bart De Wever a tiré les enseignements des tentatives visant à constituer, il y a tout juste trois ans, une majorité Orange-bleue (libéraux et démocrates-chrétiens). Chaque matin, chaque midi, chaque soir, les négociateurs s’arrêtaient aux grilles du château de Val Duchesse pour livrer leurs sentiments sur l’évolution de la situation. Il était facile, alors, d’épingler les nuances, voire les écarts grandissants entre les positions des uns et des autres. Un SMS par-ci, un SMS par-là les négociateurs passaient plus de temps à communiquer, à contredire, à démentir qu’à négocier réellement. Cette foire permanente aux grilles de Val Duchesse est une des causes - pas la seule, évidemment - de l’échec des négociations. Donc, pas question de recommencer comme cela.

2 A quel rythme va-t-il travailler ? Bart De Wever a promis d’aller vite et de ne pas entamer des consultations sans fin. Là, il faut bien admettre qu’entre sa première déclaration, jeudi, et son interview dans "Gazet van Antwerpen", samedi dernier, il y a déjà quelques nuances. On avait cru comprendre que Bart de Wever voulait aller très vite : une semaine à dix jours, disait-on alors dans son entourage juste après sa désignation en tant qu’informateur. On apprend à présent que sa mission de consultations pourrait durer deux à trois semaines. Même s’il explique qu’il ne veut pas tergiverser et qu’il veut prendre le taureau par les cornes, deux à trois semaines, cela peut paraitre long. Diable : on en arrive pratiquement à la même durée que les missions - tant critiquées par De Wever - menées par Louis Michel (1999), Elio Di Rupo (2003) ou Didier Reynders (2007). Bien sûr, Bart de Wever doit rencontrer beaucoup de monde : il commencera ce lundi par le Premier ministre sortant, Yves Leterme, les présidents de la Chambre et du Sénat, les leaders des partis politiques, le gouverneur de la Banque nationale, les partenaires sociaux Cela fait beaucoup de monde, bien sûr. Mais deux ou trois semaines, cela parait très long.

Il y a une autre explication à l’apparente longueur de la mission d’information. Comme nous l’avons expliqué dans une précédente édition (LLB du 19/06), la N-VA est actuellement sous-équipée, tant en personnel qu’en logistique, pour mener à bien une négociation gouvernementale de l’ampleur de celle que l’on annonce. Face à l’armada du Parti socialiste, la N-VA, même avec ses relai académiques, sociaux, économiques, ne fait pas le poids. Le PS est très bien préparé, a une très longue expérience des négociations gouvernementales. Donc la N-VA va mettre à profit ces deux ou trois semaines pour muscler son staff et préparer le parti et les négociateurs à une discussion qui promet d’être particulièrement délicate. Les entretiens d’embauche ont déjà commencé. Le parti va recruter une soixantaine de personnes.

Et puis, il y a cette confidence qui a surpris mais qui, finalement, est parfaitement comprèhesensible : De Wever souhaite que les futurs négociateurs prennent une semaine de congé à la fin de sa mission d’informateur et avant que le formateur - Elio Di Rupo, vraisemblablement - n’entame son round de formation du gouvernement. Explications de Bart De Wever : "Une semaine de vacances sera nécessaire pour recharger les batteries et pour éviter que, comme en 2007, après un moment, nous ne puissions plus nous voir et nous sentir !" Voilà qui a le mérite de la franchise.

3 Jusqu’où va-t-il aller ? Son souhait est d’aller assez loin dans la négociation. Certains y verront la volonté de Bart De Wever de ne pas laisser au seul Elio Di Rupo le soin de maitriser la composition du futur gouvernement et surtout le contenu du futur programme gouvernemental. Mais inutile de vouloir déjà trouver des failles dans le tandem De Wever - Di Rupo. Les contacts entre les deux hommes sont très réguliers. Sans dire qu’ils travaillent main dans la main, ils semblent sur la même longueur concernant le tempo. Bart De Wever ne va donc pas se limiter à enregistrer les doléances des uns et des autres. Il cherchera, déjà, à obtenir un accord de principe et considère que sa mission d’information sera remplie lorsqu’il aura esquissé pour le futur formateur les contours d’un accord et d’une équipe gouvernementale capable de tenir le cap tout au long des quatre prochaines années. Cette volonté de mener une mission d’information très complète a fait dire à certains journalistes flamands que Bart De Wever serait en fait le formateur du prochain gouvernement.

4 Demandez le programme ! On l’a déjà dit et écrit cent fois : la négociation du programme ne sera pas une mince affaire. Au niveau institutionnel, les souhaits des nationalistes flamands se précisent. Dimanche à l’émission "De zevende dag", à la VRT, l’ancien président de la Volksunie Vic Anciaux les a expliqués. Pour lui, il faut mettre en pratique l’article 35 de la Constitution. Que dit-il ? Que l’autorité fédérale n’a de compétences que dans les matières que lui attribue formellement la Constitution et que les Communautés et Régions sont, chacune pour ce qui la concerne, compétentes pour les autres matières. Evidemment, en vertu d’une disposition transitoire, cet article n’est toujours pas en vigueur. Si l’on met ce principe en vigueur, c’est une véritable révolution copernicienne. Les francophones pourront-ils accepter cette logique ? Il semble que les esprits évoluent dans ce sens-là. L’ancien président de la VU estime aussi que si les francophones s’engagent formellement à ne pas remettre en cause la frontière linguistique, il serait logique que les minorités linguistiques qui vivent sur le territoire de la Flandre obtiennent de véritables garanties. A méditer.

5 Les finances publiques sont-elles en danger ? Même si l’on parle surtout, ces derniers jours, du programme institutionnel du futur gouvernement, la Belgique sera confrontée, très vite, à l’impérieuse nécessité d’accélérer l’assainissement des finances publiques. Sur ce constat, il semble y avoir, aussi, une sorte d’identité de vue globale entre socialistes francophones et nationalistes flamands. De toute façon, notre pays n’a pas le choix. Les agences de notation rodent comme des vautours autour des pays à forte dette publique. Très vite, la Belgique devra donner des signes d’apaisement, de rigueur. La question sera évidemment de savoir comment assainir les finances publiques. Le gouverneur de la Banque nationale, habituellement très neutre, a, dans un discours qui a surpris plus d’un observateur, plaidé pour un recours à l’outil fiscal pour assainir les finances publiques. Mais il a pris soin de préciser qu’en tout état de cause, il ne fallait pas alourdir la fiscalité sur le travail. Voilà qui ne laisse que deux choix : la consommation et le capital. A moins que l’écart entre recettes et dépenses ne se réduise par le simple effet mécanique sur les recettes d’une reprise de l’économie. Donc la rigueur ne pourra entrainer l’austérité car, dit-on déjà au PS, elle pourrait accentuer la récession. Pour cela, il faudra que l’assainissement épargne les investissements. Et puis, il y aura cette question : faut-il ou non réduire le train de vie de l’Etat, les dépenses publiques et en particulier la norme de croissance des dépenses en matière de soins de santé. Pas sûr que, sur ce point, les avis du PS et de la N-VA convergent facilement.

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