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Préformateur

"Allez, on doit terminer..."

Martin Buxant

Mis en ligne le 04/09/2010

Comment le CD&V Wouter Beke, en hésitant entre le “ja” et le “non”, fit durer le calvaire des négociateurs. Cinq heures durant, vendredi, ceux-ci furent enfermés au cabinet Marcourt.
Récit

Le compteur post-13 juin affichait "J+81", le fond de l’air était sec, le temps légèrement ensoleillé et, à Bruxelles, la journée du préformateur Elio Di Rupo allait être pourrie. C’est au cabinet du socialiste Jean-Claude Marcourt, à deux pas de la place Louise, que le round final précédant la fin - temporaire ? - de la mission d’Elio Di Rupo s’est joué. C’est là que les négociateurs des septs partis (PS, CDH, Ecolo, CD&V, N-VA, SP.A et Groen !) s’étaient donné rendez-vous en fin de matinée.

Arrivées au compte-goutte, Wouter Beke, la mine tirée, les Ecolo - maxi délégation dans la mini voiture du coprésident Jean-Michel Javaux. Mais, à cet instant, le préformateur est, lui, déjà en caucus avec le président de la N-VA Bart De Wever. Il lui soumet une Xe "ultime" proposition - un document de 18 pages. A peu de chose près, c’est la formule recalée dès jeudi soir par De Wever. A savoir : 250 millions structurels engagés pour refinancer la Région bruxelloise mais 125 millions sont ciblés pour une série de politique (mobilité, police ). Et 250 millions sont liés à la révision de la loi de financement.

Déjà, le jeudi, le mercure avait grimpé entre les deux hommes lors d’un tête-à-tête. Car Bart De Wever avait retoqué la proposition du préformateur, mais avait également réclamé de pouvoir travailler avec le MR et l’Open VLD. "C’est non", a répondu Elio Di Rupo. Tant pour le MR que pour l’Open VLD : "C’est non" Ce qui a eu le don d’irriter fortement Bart De Wever. Et les deux hommes s’étaient quittés sur ce cruel désaccord. Alors, à l’Institut Emile Vandervelde, on s’active. Et on pond une note à destination d’Elio Di Rupo annonçant déjà l’échec de la mission du préformateur (lire ci-dessus)...

Mais retour au cabinet Marcourt ce vendredi midi. On a fait venir un traiteur bruxellois. Spécialité : pains surprises et assiettes froides

Bart De Wever ne voit pas l’utilité de procéder à une nouvelle séance plénière en compagnie des autres présidents de parti. "Nous devons le faire !, lance Elio Di Rupo dans les couloirs. On doit terminer d’une manière honorable !"

Premier tour de table. Les mines sont déconfites. Les francophones sont agacés du manège du CD&V et de la N-VA. L’un d’eux dit : "Je ne supporte plus leur mépris."

- "Voilà !", dit simplement Elio Di Rupo en désignant la proposition de 18 pages que tous les partenaires connaissent désormais.

- Caroline Gennez (SP.A) et Wouter Van Besien (Groen !) interviennent alors pour le soutenir et marquer leur accord avec sa proposition. "C’est excellent !", commente même le vert flamand Van Besien.

- Caroline Gennez reprend la parole : "Réfléchissez bien !, dit-elle en pointant Wouter Beke et Bart De Wever. Si vous dites "non", on passe à côté d’une chance unique d’avoir une réforme de l’Etat."

- Bart De Wever : "Pour nous, c’est non. Je tiens à dire que je n’ai aucune alternative en vue mais je ne peux pas marquer mon accord sur cette proposition." "On repart de zéro et on jette tous les carnets à la poubelle, il n’y a plus rien sur la table", prévient alors la socialiste Laurette Onkelinx. Un francophone murmure : "C’est tout ce que les libéraux ont raconté à la N-VA qui n’incite pas Bart De Wever à faire un compromis."

Vient alors le tour du CD&V Wouter Beke. Visiblement, le Limbourgeois est (très) mal à l’aise. Il se lance dans une série de questions techniques, il tergiverse, ne dit ni oui ni non. Mais demande une suspension de séance. "Il a commencé à s’affoler et à courir dans les couloirs", raconte un participant. Puis les présidents du CD&V et de la N-VA se consultent. "On en est au 10e compromis", râle Bart De Wever. "Il faut encore essayer !", répond Wouter Beke. Les démocrates-chrétiens hésitent à suivre la N-VA dans sa stratégie radicale communautaire. Mais tiennent néanmoins à avoir un levier pour faire progresser la révision de la loi de financement. Pour la N-VA, c’est non, mais le CD&V se tâte encore

Et c’est un collaborateur du préformateur Di Rupo qui vient interrompre cette petite réunion. "Bon, Elio vous attend, il faut reprendre la réunion !", leur dit-il.

Et la réunion reprend. Et Elio Di Rupo s’énerve : "Bon, maintenant, cela suffit, on redémarre !", tonne-t-il.

Et c’est la scène finale.

Et Bart De Wever marque son "nee" une dernière fois.

Et Wouter Beke lui emboite le pas.

"C’est Beke, peste un témoin, qui a prolongé la séance de torture pendant des heures. Il avait peur de se bruler au compromis mais il avait peur de suivre la N-VA." Un autre : "Bart De Wever a tout simplement peur du jugement de son Stratego Groep, il a peur de perdre des électeurs. Il a peur du compromis."

La présidente du SP.A Caroline Gennez marque (une nouvelle fois) son accord sur la proposition du préformateur, le Groen ! Wouter Van Besien lui emboite le pas.

Le fond de l’air est (toujours) sec, il fait ensoleillé. Il est 16h15. Cette fois, c’est terminé. Et pourtant, se désole un francophone, "on a espéré jusqu’au bout". Un négociateur francophone : "On n’est pas des mendiants ou des misérables !"

Elio Di Rupo quitte le cabinet de Jean-Claude Marcourt. Dans le parking souterrain qu’il rejoint en ascenseur, le moteur de son Audi ronronne déjà. Direction : le château de Laeken.

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