Politique belge

L'ambiance est affairée au casino Viage au centre de Bruxelles où la N-VA et ses militants se rassembleront afin de tirer le constat du résultat des urnes. Aux alentours de 16h, les votes ne sont pas encore clôturés partout que l'on prévoit la soirée du triomphe des nationalistes flamands. Ceux-ci s'apprêtent à vivre un moment qu'ils annoncent historique et l'atmosphère est enfiévrée. "En plus, nous n'avons pas vraiment eu le temps de nous reposer puisque hier il y avait le rassemblement à Planckendael" nous confie un des organisateurs de la soirée. La presse néerlandophone est également bien présente dans le centre de Bruxelles puisque tant la VRT que VTM sont sur place en masse et ont mis en place un dispositif impressionnant pour ne rien manquer de la soirée des lauréats annoncés de ces élections. Pas de doute, le casino Viage est "The place to be", pour les supporters du parti nationaliste, en cette soirée d'élection. Des cartons en forme du doigt en V, symbole de la N-VA pour cette campagne, sont déjà prêts à être distribués tandis que les équipes sont briefées sur les consignes de la soirée.


Aux alentours de 17h, les invités commencent à faire leur apparition tandis que les premiers résultats de certains cantons tombent. Ceux-ci sont très positifs pour le parti de Bart De Wever ce qui fait que l'ambiance à l'intérieur de la salle semble détendue. Le podium n'attend plus que les derniers résultats ainsi que le bourgmestre d'Anvers.


"C'est incroyable! Un flamand sur trois!"

Plusieurs exclamations de plaisir se font d'ailleurs entendre dans la salle à l'annonce des résultats de Liège où l'on prévoit une diminution notable du PS. Peu après, c'est une véritable clameur qui monte lorsque les chiffres partiels de la N-VA sont annoncés en Flandre orientale avec une première place confortable du parti de Bart De Wever. À chaque canton, c'est le même enthousiasme et les mêmes salves d'applaudissements qui se font entendre. Le triomphalisme qui était palpable en début de soirée commence à sortir au grand jour et l'excitation ambiante monte encore d'un cran lorsque parviennent les premières estimations de la VRT pour la Flandre qui donnent la N-VA largement en tête.


Il est 18h, la salle commence à être totalement remplie et l'ambiance est plus que jamais à l'optimisme pour les militants du parti nationaliste. Les mines sont souriantes et la tension est retombée depuis les annonces très positives des premières estimations. Les sourires sont triomphants et lorsque Herman De Croo (Open VLD) apparaît à l'écran, ce sont des exclamations de moquerie qui se font entendre. Les militants et autres candidats présents sur les listes sont là ; pour eux, c'est la consécration de plusieurs mois d'une campagne acharnée. "Je ne peux rien dire pour le moment" nous confie Olivier Godfroid, candidat francophone sur la liste N-VA pour la Chambre à Bruxelles. "Je viens d'arriver et je n'ai pas encore regardé la télévision." La consigne est claire : pas de triomphalisme dans les déclarations envers les médias ou de communications hâtives avant que tous les résultats soient tombés et que les chefs de file du parti se soient prononcés. « Geen commentaar ! » c'est la réponse que nous recevons de la part de tous les autres membres présents dans la salle. Tous nous conseillent d'attendre l'arrivée de Bart De Wever qui devrait se montrer aux alentours de 19h. Pendant ce temps, les résultats continuent de tomber et avec eux leur lot d'applaudissements. "Tu te rends compte de ces scores !" s'exclame un militant derrière nous. "C'est incroyable, un Flamand sur trois !" lui répond son interlocuteur.


Une arrivée tonitruante

À présent, tous les regards sont fixés sur l'écran géant qui trône au milieu de la scène et l'attention de toute la salle est concentrée sur ce seul but, comme si les militants souhaitaient transmettre aux résultats leur cohésion d'apparence indissociable et leur détermination inébranlable. Tout à coup, un grondement monte de la salle qui fait vite place à de franches huées alors que l'écran montre la mine déconfite de Bruno Tobback (sp.a). Le président du parti socialiste flamand n'est pas le meilleur ami de la N-VA, cela se voit. Soudain, des rires montent de la salle alors que le discours du président socialiste est coupé pour faire place à ... des images du car des dirigeants de la N-VA en route vers le casino. Le message est clair : tout ce qui concerne la N-VA, même les détails les plus anodins, est prioritaire sur tout le reste. S'ensuit alors les déclarations officielles de tous les autres présidents de parti. Tour à tour, la foule s'esclaffe quand Wouter Beke (CD&V) insiste sur la deuxième place des siens comme une victoire, rit franchement lorsque les caméras dévoilent le décor extérieur de la conférence de Groen bien éloigné de l'ambiance feutrée du Viage et applaudit à tour de bras lorsque Kris Peeters (CD&V) reconnaît la victoire incontestable des nationalistes et déclare que l'initiative appartient désormais à son chef de file. Sur ces entrefaites, il est déjà plus de 19h30 et l'arrivée de Bart De Wever commence à se faire attendre. Soudain, les écrans diffusent l'apparition de son car sur le boulevard Anspach et son entrée dans le casino. S'ensuit alors une bousculade médiatique et populaire impressionnante alors que le gagnant tout désigné des élections fait une entrée triomphale dans la salle sous une musique tonitruante.

Ses deux doigts brandis en forme de « V » sont incontestablement ceux de la victoire et la foule ne s'y trompe pas en ovationnant son héros avec une ferveur impressionnante.

"Vicit vim virtus", "Le courage a vaincu la violence". Les premiers mots de Bart De Wever résonnent dans la salle, illustration de la victoire de la N-VA ce soir, et sont accueillis par une salve d’applaudissements d'une salle acquise à sa cause. Le discours ne durera pas plus de cinq minutes et à sa suite, une spectaculaire foire à l'empoigne a lieu lorsque les caméras et les micros tentent désespérément de recueillir une réaction supplémentaire du président des nationalistes. Nous sommes bien obligés de nous rabattre vers d'autres sources en voyant l'impossibilité d'atteindre ce dernier. "C'est plus que ce que je n'ai jamais espéré" nous confie Geert Bourgeois, ministre flamand de l'Intérieur, dans l'euphorie ambiante. "Les résultats des urnes ont encore prouvé que nous étions deux démocraties différentes avec la percée du PTB" continue-t-il. Du reste, nous n'en saurons pas beaucoup plus. Le leitmotiv de cette soiré, c'est le lendemain. Autant Geert Bourgeois que Siegfried Bracke ressortent cette obsession lorsque nous les interrogeons. "Nous verrons bien ce qu'il arrivera demain, ce soir nous faisons la fête" s'exclame à nos côtés Kristien Van Vaerenbergh, députée fédérale. La suite de la fête ? Elle se déroule pour plusieurs membres du parti au café "L'Écuyer" qui donne sur la place de la Monnaie. Le propriétaire n'est pas sympathisant du parti, juste neutre. "Moi, question politique je ne suis pas intéressé, le peuple et l'amitié, c'est tout ce qui compte pour moi" nous dit-il. "Je ne sais même pas ce qu'ils veulent faire de la Belgique ou tout ça !" Alors, les sympathisants arrivent un par un pour fêter ce qu'ils considèrent comme une victoire. Tous ? Non, leur chef s'est éclipsé juste après son discours pour se rendre à la VRT et a laissé à ses collègues le soin de répondre aux questions et de fêter les résultats.