Politique belge

En propulsant Charles Michel au-devant de la scène, le Roi a tapé juste. La situation fédérale est complètement bloquée pour des raisons de pure politique politicienne mais aussi en raison des haines corses entre les présidents des partis francophones. En plein milieu de toutes ces tensions personnelles : le MR, et surtout Charles Michel, son patron. Il en veut à tout le monde, à Paul Magnette, à Elio Di Rupo, à Benoît Lutgen… pour avoir rejeté les avances des libéraux dans les Régions.

Mais, en politique, la réconciliation est souvent possible. Il faut du temps, il faut surtout parler, se voir, recréer une relation de confiance minimale. Et la mission d’information du président du MR va permettre de réamorcer la pompe relationnelle : il va devoir parler avec les socialistes, il va devoir prendre rendez-vous avec les humanistes, mettre de l’eau dans son vin, de l’huile sur les rouages... Et pareil du côté PS et CDH.

Le PS ramènera le CDH

C’est important car, sans une embellie du côté francophone, la tripartite traditionnelle est tout bonnement impossible. C’est la seule formule crédible qui permettrait à terme de se passer de la N-VA au fédéral. Problème : Charles Michel voudrait une tripartite fédérale pour revenir dans les Régions avec une configuration similaire. Pour cela, le gros obstacle, c’est le CDH avec lequel les rapports sont hystériques.

Dans ses contacts comme informateur, le président du MR va être tenté de se rabibocher avec le PS d’abord car les socialistes pourront ensuite pousser Benoît Lutgen à faire un pas vers Charles Michel. Ou, en tout cas, à ne pas opposer un bastognard "nuts" à un appel du pied libéral.

Et le CD&V ? Pas idéal

Bon, il y a aussi d’autres raisons, plus stratégiques, à la désignation de Charles Michel. En fait, le Roi pensait à la base à un social-chrétien : Wouter Beke, le patron du CD&V. D’ailleurs, le dernier bureau du MR réuni jeudi dernier à 11h, considérait cette piste comme la plus probable. Et puis, finalement, c’est un tour de piste pour le MR. Les libéraux se sont montrés disponibles ceci dit, contrairement au CD&V qui est bien trop mal à l’aise actuellement. Les sociaux-chrétiens flamands n’étaient pas une solution.

En effet, ils négocient avec la N-VA en Région flamande et veulent absolument associer les nationalistes au fédéral également. Pour le moment en tout cas. Un informateur CD&V n’aurait pu travailler que deux pistes : celle, quasi morte, du gouvernement de centre-droit. Ou celle du gouvernement kamikaze avec le MR tout seul côté francophone (mais le MR n’en a pas envie car, poussée par le PS, la FGTB serait dans la rue tous les jours). Ou encore celle, qui fait son chemin, du gouvernement "miroir" (PS-CDH-N-VA-CD&V). Mais, dans les deux cas, avec la N-VA.

Le MR, au contraire, peut suivre une piste supplémentaire : celle de la tripartite traditionnelle, sans la N-VA donc. Charles Michel a d’ailleurs indiqué vouloir se passer de la N-VA dans les futures négociations. On va donc vers la tripartite traditionnelle, si possible. Il faudra que le CD&V accepte de lâcher Bart De Wever comme en 2008 avec la mise à mort du cartel avec la N-VA. Et que le MR puisse revenir dans les Régions comme il l’espère ou qu’il se fasse une raison et se contente du fédéral…

Un rôle pour le gagnant

Dans la recherche d’une tripartite, le choix d’un informateur MR est également judicieux vis-à-vis du VLD. Les libéraux flamands, mis de côté pour le futur gouvernement flamand, ne veulent plus entendre parler du fédéral. Mais si c’est le parti frère, le MR, qui mène les contacts, cela pourrait arrondir les angles. Enfin, plus simplement, le Roi a voulu donner un rôle, après la N-VA, au parti francophone qui avait progressé aux élections fédérales, c’est-à-dire le MR.

Et puis, on peut imaginer également que le Palais n’a pas forcément envie de se retrouver, au final, avec une coalition "miroir" PS-CDH-N-VA-CD&V... Ce type d’alliance comporte en son sein un risque pour l’unité du pays. Avec le MR à la manœuvre, le Roi a donné aussi un rôle pivot à la famille politique qui serait complètement exclue de cette majorité : les libéraux. Le MR cherchera naturellement à éviter le gouvernement "miroir".