Politique belge

Olivier Maingain confirme un véritable état de grâce. Ce baromètre automnal laisse en effet envisager une percée inédite pour Défi littéralement porté par son président. Le Bruxellois parvient à se hisser à la troisième place en Wallonie, talonnant Elio Di Rupo et dépassant des poids lourds MR tels que Charles Michel ou Didier Reynders. Dans la capitale, Olivier Maingain prend carrément la tête du classement des personnalités, devant les deux libéraux précités. Carton plein, donc, pour le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, lui qui peine pourtant depuis des années à faire exister sa formation politique au sud du pays. Son parti lui aussi progresse par rapport aux élections de 2014. Pour la deuxième fois, un sondage le place au-delà de la barre des 5 % en Wallonie. Ses adversaires ne manqueront pas d’y voir un signal d’alarme. Les explications du succès de celui qui demeure pourtant le plus ancien président de parti du paysage francophone, ne sont pas si difficiles à percevoir.

1. L’appel de Benoît Lutgen

Le fameux appel du 19 juin a mis Défi, devenu indispensable à toute majorité alternative, au centre de l’échiquier. Jamais sans doute, Olivier Maingain n’avait-il bénéficié d’une telle visibilité. Pendant plus de deux mois, on l’a vu défiler dans tous les médias, ce qui a eu pour effet de rappeler son phrasé vieille France aux bons souvenirs des citoyens. Ceux-ci avaient sans doute l’habitude de ne l’entendre qu’à l’occasion des crises communautaires. Or depuis 2011 et la conclusion de la sixième réforme de l’Etat - que Défi n’a pas soutenue - la Belgique connaît une forme d’apaisement qui pousse le parti amarante à se positionner sur un spectre plus large d’enjeux politiques, ce qui ne s’avère pas toujours facile pour lui. Maingain a habilement profité de l’occasion pour revenir au-devant de la scène.

2. Un parti épargné par le scandale

La popularité d’Olivier Maingain se nourrit de la défiance de la population à l’égard des partis traditionnels. Une conséquence directe des divers scandales qui ont fait l’actualité de cette année 2017. Après une longue cure d’opposition, Défi n’a renoué avec le pouvoir (le parti avait déjà participé à certaines coalitions lorsqu’il évoluait à l’intérieur du MR) qu’en 2014 en Région bruxelloise. Le parti est par ailleurs absent des structures décisionnelles publiques en Wallonie. Il est donc peu exposé à la "mal gouvernance".

3. Une alternative

Cette virginité a permis à Olivier Maingain de plus facilement positionner la marque Défi comme alternative aux trois partis traditionnels (PS, MR, CDH) tous concernés de près ou de loin par les affaires et tous en recul dans les sondages. Cela fait pourtant plus de 50 ans que le FDF est apparu en Belgique. En outre, la bonne gouvernance, un des leitmotivs historiques de Défi, s’est imposée dans le débat public. Olivier Maingain en a largement profité, quitte à aller très loin sur ce thème dans les médias. Son positionnement centriste a par ailleurs pu profiter de l’ascension d’Emmanuel Macron. Durant la campagne présidentielle française, Olivier Maingain n’avait pas manqué de souligner sa proximité idéologique avec le futur président.

4. L’importance d’être constant

Si l’initiative de Benoît Lutgen a pu être perçue comme une trahison dans l’opinion, la constance affichée par Olivier Maingain a pu, à l’inverse, élever son capital sympathie. Contre vents et marées, il est resté fidèle à l’accord de majorité qu’il avait conclu avec le Parti socialiste bruxellois, quitte à prendre le risque d’apparaître comme "scotché" à son partenaire. Une constance qu’Olivier Maingain fait également valoir dans les joutes parfois farouches qui l’opposent au MR au sujet de sa relation avec la N-VA. Le CDH comme futur allié du MR et de la N-VA au fédéral ? Le CDH responsable de la montée des nationalistes flamands dans une hypothétique majorité bruxelloise ? Le président de Défi a utilisé cette ficelle pour contrer les attaques de Benoît Lutgen cet été.


Maingain, le préféré à Bruxelles

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Les intentions de vote à Bruxelles

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Fiche technique

Ce sondage d'opinion sans caractère prédictif a été mené par l'institut Kantar TNS à la demande de La Libre / RTBF / VRT / De Standaard, sur un échantillon aléatoire de n = 753 électeurs résidant à Bruxelles, 1076 en Wallonie, 1045 en Flandre et accessibles via un téléphone fixe ou mobile. L'erreur statistique maximale est de 3,1% supérieure et inférieure au résultat obtenu pour les énoncés dans l'ensemble des échantillons wallon et flamand, et de 3.6% sur l’échantillon bruxellois. Les répondants ont été interrogés par téléphone du 11 septembre au 8 octobre 2017. Le rapport technique complet peut être consulté sur www.febelmar.be.