Bart De Wever irrite les négociateurs francophones

V.d.W. et M. Bu. Publié le - Mis à jour le

Politique belge

On a beau être d’une nature irrésistiblement optimiste, il est difficile de trouver, dans les événements des 5 ou 6 derniers jours des éléments positifs qui pourraient permettre de faire croire que la négociation avance et qu’elle est sur le point d’aboutir . "En fait, confie un négociateur flamand, il y a eu une période très positive, pendant laquelle on était persuadé qu’on allait y arriver. Pendant le mois de juillet, l’ambiance était vraiment bonne, on avançait bien. Puis on a eu cette semaine familiale. Nécessaire. Mais à la reprise, pour des raisons que je ne m’explique pas, les choses sont allées de mal en pis..."

"Je dois bien avouer, confie un autre négociateur qui sue sang et eau depuis huit semaines autour du préformateur Elio Di Rupo, que la confiance est totalement rompue entre nous. Et qu’à présent, on parle, on parle, on parle: on tourne en rond".

Au 80e jour de l’ère post-13 juin 2010, le président du Parti socialiste, le toujours préformateur Elio Di Rupo, s’entretiendra une nouvelle fois ce jeudi avec le président de la N-VA, Bart De Wever, après avoir eu des entretiens bilatéraux avec les représentants des sept partis attelés à la négociation d’une réforme de l’Etat (PS, CDH, Ecolo, N-VA, CD&V, SP.A, Groen!). Comme pour donner une mince lueur d’espoir, Elio Di Rupo annonçait mercredi soir, que "le cas échéant", il reverrait encore d’autres présidents de partis. Mais toujours en réunion bilatérale. Pas (encore question) de remettre ces 7 messieurs-dames autour de la même table.

Car les blocages demeurent énormes. Et les inconnues sont légion.

Sur la forme de la négociation, les nationalistes flamands ont donc fait savoir qu’ils ne négocieraient plus à une table en compagnie des autres partis. Le PS (de même que les deux autres formations politiques francophones, CDH et Ecolo) rejettent ce qu’ils qualifient d’ukase de la N-VA: pas question de s’effacer pour laisser un duo négocier la réforme de l’Etat. Mais rien n’y fait: Bart De Wever, le président de la N-VA, a appelé mercredi le patron du PS à faire preuve de "courage". Il estime que, quand on veut devenir Premier ministre, il faut se détacher de sa communauté.

Là n’est vraiment pas le problème, expliquent les négociateurs francophones. Pour eux, Bart De Wever déploie une énergie folle pour faire croire qu’il ne s’agit que d’un problème de méthodologie, préférant négocier à 2 plutôt qu’à 7, voire avec les libéraux. Il exige aussi des textes écrits: "Si c’est cela qu’ils veulent, on va leur en donner", soupire un francophone. Mais la vraie question demeure celle-ci: a-t-il, lui, Bart De Wever, envie de conclure un accord? Tant que les francophones n’ont pas cette conviction-là, la méfiance demeurera et il sera difficile d’avancer.

En face, les partis flamands semblent enclins à laisser la N-VA aux manettes à leur place. "Pour moi, assène un négociateur flamand, il faut d’abord un axe PS/N-VA, ce n’est pas illogique qu’ils négocient à deux". Et pourquoi pas, pointe-t-on toujours dans le camp flamand, ne pas embarquer Joëlle Milquet dans la négociation sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde? "On sait, dit cette source flamande, que c’est elle qui nous posera le plus de problème sur BHV. En clair: le CDH est intéressé par la périphérie bruxelloise, le Parti socialiste est intéressé par l’argent pour le refinancement de Bruxelles. Et Ecolo? On ne sait pas. Ils ne parlent pas très souvent".

Reste cette question qui taraude aussi les francophones: pourquoi le CD&V reste -t-il ainsi scotché à la N-VA? "Ce n’est pas parce que le CD&V est désormais le petit frère de la N-VA qu’il ne peut pas marquer sa différence" dit un Wallon. Car des différences, il y en a: l’un est clairement séparatiste, l’autre confédéraliste. Est-ce pour mesurer la cohésion interne du CD&V, pour voir si la stratégie de Wouter Beke était bien partagée par tous que le préformateur a eu un contact avec Kris Peeters, l’autre homme fort du CD&V? Les hypothèses sont ouvertes. On verra dans les prochains jours si l’attitude du CD&V évolue ou si elle reste ce qu’elle était à savoir: ce qui est bon pour la N-VA est bon pour nous.

Autre inconnue: les libéraux. Bart De Wever, dans son petit jeu "niet genoeg", "niet zo", "niet dat", "niet nu", a sorti, cette fois, son "niet met deze". Voici donc, à présent, le chantage au changement de partenaires. Monsieur De Wever ne supporte plus de négocier avec les petits partis, le SP.A, Groen!, Ecolo, le CDH. Il a fait comprendre que le temps était peut-être venu de changer "l’équipe qui perd". On sait que, dès le lendemain des élections, il n’avait pas caché sa préférence pour une négociation et un gouvernement associant les libéraux, plus proches de lui sur le plan socio-écononomique. Car il craint, paraît-il, de se laisser enfermer dans un schéma de centre-gauche lors de la discussion du plan d’économies de 25 milliards auquel le gouvernement devra s’atteler. Or il veut absolument protéger les classes moyennes, le coeur de son électorat. Ce sera, pense-t-il, plus facile à faire avec le VLD et le MR qu’avec les partis de gauche et du centre.

Les libéraux sont-ils prêts à monter dans le rafiot? A voir. Côté flamand, le CD&V, second parti en importance derrière la N-VA, n’y est pas hostile. Même si les démocrates-chrétiens flamands martèlent sur tous les tons qu’ils ne sont pas à la manœuvre. "Il faut faire attention, temporise-t-on au CD&V, de ne pas jeter par terre tout le travail que nous avons fait depuis deux mois, ce serait dommage". Les libéraux flamands se sont adroitement calés dans le sillage du CD&V et de la N-VA - notamment dans le débat sur la révision de la loi de financement. "La ligne que défendent ces deux partis est raisonnable, a expliqué le président de l’Open VLD Alexander De Croo. Rien ne dit cependant que les libéraux flamands sont vraiment partants: leur stratégie était bien de faire tomber le gouvernement (belle réussite...) et puis se refaire une santé en restant dans l’opposition jusqu’en 2014. Là, on verra...

Côté francophone, le MR jugera sur pièces. Si cela ne tient qu’aux socialistes, les libéraux attendront encore très longtemps un éventuel signal pour rejoindre le camp des négociateurs. Plusieurs ténors du PS confirment qu’il n’est pas question de changer les partis.

Sauf si, évidemment, si cette négociation-ci devait échouer. Dans ce cas, il faudrait rebattre toutes les cartes. Et là, il s’agirait d’une tout autre négociation portant sur un tout autre avenir.

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