Politique belge

Le Premier ministre Charles Michel a mis en avant mardi la capacité de son gouvernement à mener des réformes. Selon lui, l'accord auquel il est parvenu au cours de la nuit sur le budget 2019 et une série d'autres dossiers le démontre. "Nous avons fait la démonstration de notre capacité à décider sur des dossiers importants. Ce qui est sur la table, avec cette vague de réformes structurelles et de décisions, c'est notre menu pour les prochains mois. Nous devrons travailler pour mettre en oeuvre ces mesures: adopter des projets de loi, des arrêtés royaux, etc.", a souligné le chef du gouvernement au cours d'une conférence de presse à Bruxelles.


La CGSLB furieuse

La CGSLB s'est dit furieuse mardi à l'issue de la présentation en détail du budget fédéral par le gouvernement, qu'elle considère comme une "nouvelle entorse à la concertation sociale". "L'accord social de 2014 prévoyait que les partenaires sociaux peuvent négocier des âges inférieurs pour accéder au RCC dans le cadre des accords interprofessionnels. Or, dans l'accord estival, le gouvernement fédéral supprime cette possibilité et porte une nouvelle fois atteinte à la liberté des partenaires sociaux", estime le syndicat libéral.

L'accélération de la dégressivité des allocations de chômage est, selon la CGSLB, contreproductive mais également "dure et injuste pour les demandeurs d'emploi qui verront leurs allocations descendre encore plus rapidement en dessous du seuil de pauvreté". "Plus les revenus sont faibles, plus il est difficile de supporter les frais liés à la recherche d'un emploi convenable (formation, connexion Internet, garde des enfants...)."

Avec le deal pour l'emploi, le gouvernement recycle, d'après le syndicat, "une mauvaise recette en associant réformes socio-économiques et budget. D'ailleurs, nous nous demandons comment il calcule l'impact de ces mesures sur les finances de l'État. Ce type de deal est plutôt révélateur de la faiblesse de sa politique budgétaire, conçue pour satisfaire aux exigences de la Commission européenne au détriment du bien-être social des citoyens."


Selon le PS, le gouvernement fait payer sa mauvaise gestion aux plus précarisés

L'accord budgétaire conclu cette nuit par le gouvernement fédéral fait payer aux plus précarisés la mauvaise gestion de l'exécutif Michel, a déploré mardi le chef de groupe PS à la Chambre, Ahmed Laaouej. Pour lui, les économies réalisées sont le résultat d'une "asphyxie" organisée par le fédéral ces dernières années, qui mène à un trou de 5 milliards d'euros en 2019, et non 2,6 milliards ou 3 milliards comme le prétend un "gouvernement de menteurs sur le plan budgétaire".

Pour le socialiste, le gouvernement a accordé des "chèques en blanc au grand patronat" en faisant des cadeaux aux diamantaires, en n'agissant pas assez contre les paradis fiscaux, aux dépens des plus précarisés touchés par le saut d'index, les mesures sur les pensions, les allocataires, les coupes SNCB, la TVA sur l'électricité, etc.

Les créations d'emploi dont se targue le gouvernement, quant à elles, sont essentiellement dues à l'amélioration de la conjoncture internationale, ajoute le député d'opposition. Il juge indécent de cibler les chômeurs par une dégressivité accrue de leurs allocations, ou en durcissant les prépensions, alors que dans le même temps le gouvernement octroie un cadeau aux coopérateurs d'Arco. Quant à la vente de parts de la banque publique Belfius, "on brade un actif qui fonctionne bien parce qu'on ne parvient pas à désendetter", regrette Ahmed Laaouej.


Ecolo dénonce de vieilles recettes, qui reporte la note sur les générations futures

Les écologistes francophones ont dénoncé mardi les "vieilles recettes" utilisées par le gouvernement fédéral pour boucler le projet de budget 2019 et l'accord trouvé pour le "deal pour l'emploi", l'indemnisation des coopérateurs d'Arco - liée la privatisation partielle de Belfius - et à l'arrivée d'un 4e opérateur mobile sur le marché des télécoms, qui entraînent, selon les Verts, "la précarisation accrue d'une frange de plus en plus importante de nos concitoyens". "Contrairement à ce que présentait ce matin le gouvernement fédéral, le compte n'est pas bon. En effet, le gouvernement Michel continue de nier que certaines de ses estimations budgétaires ne tiennent pas la route (par exemple: caractère structurel des versements anticipés Isoc, nouvelles recettes fiscales) et, par conséquence, va envoyer la facture aux prochaines législatures et générations futures", ont indiqué les coprésidents d'Ecolo, Zakia Khattabi et Patrick Dupriez, dans un communiqué.

"Privatisation, contrôle, sanction... autant de vieilles recettes qui n'ont jamais rien donné d'autre comme résultat que la précarisation accrue d'une frange de plus en plus importante de nos concitoyens", ont-ils ajouté.

Selon Ecolo, l'accord sur l'emploi, par exemple, se fait budgétairement et symboliquement au détriment des plus fragiles. "Si certaines mesures concernant les métiers en pénurie sont intéressantes, notamment en termes de formation ou de mobilité professionnelle, la dégressivité accrue des allocations de chômage reste scandaleuse alors qu'on sait à quel point le marché de l'emploi actuel est difficile", ont poursuivi les dirigeants écologistes.


La FEB voit "plus de points positifs que de points négatifs"

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) voit "plus de points positifs que de points négatifs" dans l'accord pour le budget fédéral présenté mardi par le gouvernement Michel. L'accélération de la dégressivité des allocations de chômage est un plus considérable pour les employeurs, mais ceux-ci restent inquiets quant à l'exécution concrète de ces mesures. "Il est positif qu'une série de dossiers qui hypothéquaient le travail du gouvernement, comme Arco et Belfius, aient été débloqués. Il est également une bonne chose que des mesures aient été prises en vue de guider un plus grand nombre de demandeurs d'emploi vers les métiers en pénurie", a déclaré Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB.

L'accélération de la dégressivité des allocations de chômage est "une mesure importante en vue de lutter contre les pièges à l'emploi", selon la FEB. "Il importe que la mesure soit budgétairement neutre", souligne toutefois l'organisation.

"En encourageant, par le biais d'une prime, les demandeurs d'emploi à suivre une formation conduisant à l'exercice d'un métier en pénurie, nous faisons d'une pierre deux coups: plus d'emploi dans les secteurs qui ont vraiment besoin de main-d'œuvre. Ces demandeurs d'emploi trouveront en effet plus rapidement un travail."

La FEB s'inquiète néanmoins de l'exécution concrète des mesures du deal pour l'emploi et surtout des mesures budgétaires. Au cours des prochaines semaines, elle examinera donc les textes de plus près afin de vérifier s'ils n'ont pas pour effet d'augmenter les coûts des entreprises.


L'UCM regrette que les spécificités des PME ne soient pas suffisamment prises en compte

L'Union des classes moyennes (UCM) regrette que l'accord budgétaire présenté mardi le gouvernement Michel, dont "le chantier était rempli de promesses", ne prenne finalement pas assez en compte les spécificités des PME, a déclaré l'organisation par communiqué. Si de manière générale, l'UCM estime le deal pour l'emploi "positif", elle pointe du doigt une mesure "qui risque de faire mal aux PME". "Le gouvernement impose un outplacement en cas de rupture pour 'force majeure médicale', soit 1.800 euros à charge de l'employeur. Cumuler les coûts d'un outplacement et d'une procédure de réintégration, c'est condamner deux fois l'employeur, alors que la décision de rupture appartient au corps médical. Une mesure qui ne va en rien résoudre le problème de l'absentéisme redouté par les entrepreneurs, et va renforcer cette préoccupation, tout en risquant un impact important sur les finances des entreprises, et singulièrement des plus petites."

L'organisation regrette également que l'évaluation de la réforme de l'impôt des sociétés n'ait pas lieu. "C'est un mauvais signal car certaines PME ne pourront bénéficier du taux réduit et seront contraintes de payer la cotisation distincte de 5%."

Son équivalent flamand, l'Unizo, estime pour sa part que le deal pour l'emploi est "une bonne base pour une concertation future". L'organisation salue le débat sur la réforme des salaires, qu'elle qualifie d'"important", mais déplore également la mesure d'outplacement en cas de rupture pour 'force majeure médicale' et que le coût incombe aux entrepreneurs.


"Le gouvernement fait payer son manque de rigueur aux citoyens les plus précarisés" (DéFI)

"Le gouvernement MR/NV-A fait fausse route et continue de faire payer son manque de rigueur budgétaire aux citoyens les plus précarisés", a estimé mardi le parti DéFI, réagissant à l'accord conclu sur le budget fédéral.

En ce qui concerne le deal sur l'emploi, la formation amarante qualifie d'"hérésie" la réforme de la dégressivité des allocations de chômage. "Les chômeurs se retrouveront encore plus rapidement pénalisés", déplore-t-elle.

Bien que l'accord budgétaire du gouvernement prévoit que cette dégressivité des allocations de chômage soit réduite pour les travailleurs qui suivent une formation dans les métiers en pénurie, DéFI dénonce "le fait que si les mesures incitatives à la formation étaient plus significatives en cours de carrière, il ne serait pas nécessaire de prévoir une dégressivité réduite des allocations de chômage".

Le parti d'Olivier Maingain dénonce également l'indemnisation des coopérateurs d'Arco à hauteur de 600 millions d'euros. "Il n'est en effet pas acceptable que le gouvernement Michel-De Wever propose d'indemniser les actionnaires d'Arco sans en avoir obtenu l'accord de la Commission européenne au préalable. Il n'est également pas concevable que seuls les actionnaires d'Arco puissent être indemnisés, et ce, au regard du nombre de personnes lésées par la crise financière de 2008, notamment dans le dossier Fortis", détaille-t-il.

DéFI souligne enfin que l'accord budgétaire "ne porte que sur des estimations à minima du Comité de monitoring, soit 2,6 milliards d'euros", alors que ce même comité avait affirmé dans un rapport daté du 8 juillet que le gouvernement devait trouver 4,3 milliards d'euros pour réaliser l'objectif repris dans le programme de stabilité 2017-2020.

"L'accord budgétaire 2019 est peu ambitieux et le risque de dérapage budgétaire n'est absolument pas écarté", conclut DéFI.


La FGTB déplore un "accord d'occasions manquées"

Le syndicat socialiste FGTB tire à tout va sur l'accord budgétaire fédéral présenté mardi matin par le gouvernement, qu'il qualifie "d'accord d'occasions manquées". Comme le Setca, il dénonce un "job's deal" peu adapté aux réalités du marché de l'emploi. La FGTB estime d'une part que les 26 mesures de ce deal sont censées "aider 12.500 personnes à trouver un emploi", soit une "goutte d'eau dans la mer, vu que notre pays comptait pas moins de 490.318 chômeurs en mai". La réforme des allocations de chômage - plus élevées pendant les six premiers mois puis dégressives - est pour le syndicat le fruit d'une "erreur de croire qu'une allocation plus basse aiderait un demandeur d'emploi à effectivement trouver un emploi". Pour le syndicat, le seul résultat à en attendre est un risque accru de pauvreté.

Pour la FGTB, les 130.000 emplois vacants ne seront pas occupés par cette "politique d'activation répressive". "Où sont les mesures gouvernementales à l'égard des employeurs afin d'octroyer de meilleurs contrats et statuts, de meilleurs conditions de travail, ... ?", s'interroge-t-elle. "C'est ça la vraie pénurie sur le marché du travail. Or, nous ne lisons jamais rien à ce sujet."

Le budget en lui même ne trouve pas plus grâce aux yeux du syndicat, qui déplore qu'il n'y ait aucune mesure "pour activer les grosses fortunes", afin de tendre vers une "fiscalité plus juste".

Concernant l'accord sur Belfius - qui prévoit une introduction de 30% des parts de la banque en Bourse -, la FGTB estime que "Belfius doit rester dans les mains et sous le contrôle de l'Etat". Le syndicat voit dans cette décision "une autre occasion manquée de plus de mettre la banque au service de la société".

En guise de conclusion, la FGTB accuse l'accord de manquer de crédibilité et l'exécutif de "transmettre la facture au prochain gouvernement".


"Le gouvernement poursuit sa politique fiscalement et socialement injuste" (CSC)

Si l'intention du gouvernement d'inciter davantage de demandeurs d'emploi à retrouver du travail via son "job's deal" était séduisante aux yeux du syndicat chrétien CSC, les "nouvelles économies radicales" qu'il "impose aux travailleurs et aux chercheurs d'emploi" le sont beaucoup moins. "Le gouvernement poursuit sa politique fiscalement et socialement injuste", dénonce le syndicat mardi, quelques heures après la présentation de l'accord par l'exécutif. Comme son homologue socialiste, la CSC ne veut pas entendre parler de la dégressivité des allocations de chômage. "Il est statistiquement prouvé que cette technique n'aide pas les chômeurs à retrouver plus rapidement un emploi", affirme-t-elle. Au contraire, elle accroîtrait le risque de tomber dans la pauvreté.

Le syndicat s'inquiète encore de la volonté du gouvernement de mettre fin aux barèmes liés à l'expérience. "Il y a fort à parier que cela se traduira par une diminution généralisée des salaires."