Politique belge

Tout sourire, les fédéralistes francophones. Les convictions sur toutes les lèvres, comme la trahison des idéaux de presque feu la fédération MR par les libéraux. De la hargne aussi, comme pour préparer les combats futurs. Le conseil général du FDF - historique celui-là aussi - s’est réuni hier soir dans la Rotonde, l’édifice circulaire qui surplombe le stade Fallon, à Woluwé-Saint-Lambert. Fidèle à ses habitudes, Olivier Maingain avait choisi sa commune pour soumettre aux militants une critique de l’accord BHV et la fin de plus de quinze ans de mariage entre libéraux et amarantes. A lire le discours envoyé à la presse par le président du FDF dimanche, il n’y avait guère place pour le doute. Les FDF allaient bel et bien quitter le navire MR. Confirmation. Peu avant 22 h, les militants (au nombre de 350, selon les organisateurs) votaient à l’unanimité moins trois abstentions et le texte et le départ du MR.

Le MR-FDF n’aura donc pas survécu à l’accord sur BHV annoncé à grand fracas par les huit partis qui négocient la réforme de l’Etat. Un accord que le FDF ne pouvait pas avaler les autres partis francophones non plus d’ailleurs, aux yeux d’Olivier Maingain qui n’a pas manqué de rappeler les engagements passés de chacun - et en particulier ceux de Charles Michel. Extraits, par exemple, du programme du MR pour les législatives de juin 2010 : "Le MR considère que seul l’élargissement des limites territoriales de la Région bruxelloise aux communes de la périphérie bruxelloise à forte présence francophone constitue une contre-partie aux revendications de scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde". Un engagement également signé en 2007 par le CDH, Ecolo et le PS. Celui-ci ne se retrouve pas dans l’accord, tout comme la ratification de la convention cadre sur les minorités, a répété Olivier Maingain devant ses troupes, avant de soumettre l’accord à la critique virulente du FDF. La scission de BHV "porte atteinte à l’avenir de l’Etat belge", a entonné le président. Et d’épingler, aussi, la réforme du Sénat qui symbolisera une "avancée vers le confédéralisme".

Avec cet accord, la Région bruxelloise "n’est toujours pas une région à part entière", déplore encore le président des FDF, la réjouissance exprimée sur le site du CD&V illustrant son propos. Il pointe une autonomie constitutive limitée. En outre, le FDF constate que la nomination des trois bourgmestres non reconnus de la périphérie est mise aux oubliettes, que le gouvernement flamand et son parlement conservent une tutelle sur les communes de la périphérie. Le CD&V s’en réjouit également, dit Maingain qui prophétise que les tracasseries linguistiques se poursuivront. Le FDF ne veut vraiment pas de cet accord, peu importe si cela doit lui coûter un divorce avec les libéraux. Beaucoup d’élus locaux FDF en redoutent les conséquences électorales. Mais ça, on ne le dit pas trop haut.

Au terme de la réunion, Olivier Maingain se donnait un air serein. "Les francophones ont cédé au chantage flamand qui consiste à dire pas de gouvernement fédéral si nous n’obtenons pas satisfaction", lance-t-il en annonçant que cette technique sera reproduite. "Si tous les francophones avaient notre cohérence, ils se seraient fait respecter." Le FDF se dit ouvert aux libéraux ne se retrouvant pas dans l’accord qui même dans son volet loi de financement ne trouve pas grâce à ses yeux. Pour Olivier Maingain, la Flandre dispose de marges budgétaires que les francophones n’ont pas pour alléger ses impôts. "On verra alors le salaire-poche des Wallons et des Bruxellois par rapport à celui des Flamands. Il n’y a qu’un âne en bois pour croire que l’autonomie fiscale ne donne pas lieu à une concurrence fiscale". Olivier Maingain déplore enfin de ne pas avoir accès aux textes des accords.

Le président du MR, Charles Michel a réagi dès hier soir pour dire que le MR poursuivait les négociations. "C’est à la table des négociations que nous travaillons avec détermination pour protéger les droits et les intérêts des Francophones, dit-il. Grâce aux accords engrangés, nous menons la bataille contre le séparatisme et les replis nationalistes qui sont de graves dangers pour l’appauvrissement des Francophones". Pour l’heure, c’est au sein du MR que le séparatisme s’exprime. Le Wavrien doit espérer que celui-ci ne gagne pas les rangs libéraux.