"C’est qui l’homme à côté d’Elio ?"

V.d.W. Publié le - Mis à jour le

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Politique belge

Palais royal de Bruxelles. Jeudi 9h50. La cour arrière du bâtiment se remplit des voitures des ministres et des parlementaires. L’humeur des hôtes du Roi est belle. Presque toutes les conversations commencent de la même manière :

- Tu te souviens, il y a un an

C’est vrai. Il y a un an, ils avaient tous le moral dans les talons.

Des majordomes en grande tenue indiquent le chemin. Escalier d’honneur, salon. Re-salon. Puis accueil par Jacques Van Ypersele, le chef de cabinet du Roi. Tout sourire.

Les ministres et les présidents de parti qui ont négocié la réforme se rassemblent dans la première salle, tandis que les parlementaires entrent dans le magnifique salon Empire où trône une table largement fleurie. Dessus, sont posés les 17 textes de loi. Dans cette salle, la Reine a choisi d’installer les œuvres de Patrick Corillion : 11 pots dorés contenant de la terre appartenant à chacune des provinces du pays. Et dans la terre sont piquées des fleurs dont les différentes tiges racontent, dans plusieurs langues, une légende liée à la terre.

L’ambiance est détendue. Il y a là une bonne cinquantaine de personnes. La N-VA a annoncé qu’elle ne viendrait pas. D’ailleurs, qui l’attendait ?

10 heures, toujours rien. En fait, on attend un retardataire : Wouter Van Besien, président de Groen! Le protocole s’impatiente. 10h10, le malappris arrive.

Les vice-Premiers ministres entrent, rangés dans l’ordre protocolaire, suivis des huit présidents de parti qui ont négocié la réforme, des présidents de la Chambre et du Sénat. Et, bien sûr, le Roi et le Premier ministre, Elio Di Rupo. L’instant a quelque chose de solennel. L’événement, reconnaissons-le, n’est pas si extraordinaire : il ne s’agit "que" de quelques propositions de loi. Mais ce moment marque une indéniable rupture entre le chaos, dans lequel la Belgique était plongée il y a un an, et le jour présent. Comme le souffle un vice-Premier : "Belgium is back ." Un gouvernement est à la tâche, le Parlement vote des réformes institutionnelles importantes. Et les marchés saluent les performances budgétaires du pays. De plus, malgré quelques escarmouches, le gouvernement affiche une certaine cohésion. Tous les dossiers ne se transforment pas, automatiquement, en terrain de bataille entre le Nord et le Sud.

Chacun s’installe en arc de cercle autour de la table. Elio Di Rupo s’avance vers le pupitre. " Il y a un an, le pessimisme et une forme d’angoisse régnaient. Grâce à la volonté de huit formations politiques de sortir notre pays de l’impasse et à l’action du gouvernement, l’optimisme est aujourd’hui de mise. [ ] Les textes légaux que vous signerez dans un instant, Sire, créent de nouvelles perspectives dans notre pays. Des perspectives qui nous permettent de nous consacrer avec plus d’efficacité à résoudre les questions quotidiennes que se posent nos citoyens : leur pouvoir d’achat, l’emploi, l’avenir de leurs enfants Er is een nieuwe dynamiek in gang gezet ", dit-il dans un néerlandais assez assuré. Il ajoute : " Résoudre les problèmes institutionnels, c’est ouvrir un nouvel espace de prospérité pour nos citoyens et nos entreprises, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles ." Applaudissement nourris. Di Rupo rosit.

Puis viennent les deux secrétaires d’Etat aux réformes institutionnelles, Servais Verherstraeten (CD&V) et Melchior Wathelet (CDH). Wathelet plaisante et rappelle qu’il a, comme le Roi, un chef de cabinet qui se nomme "Van Ypersele". Le sien se prénomme Patrick. Cela ne pouvait donc que bien se passer Puis, il salue l’investissement des nombreux collaborateurs qui se sont investis sans compter tout au long du processus de la réforme. Pendant le discours, Wouter Beke (président du CD&V) glisse une petite phrase à l’oreille du chef de l’Etat. Qui, visiblement, apprécie la plaisanterie

Le Roi et le Premier ministre s’avancent et prennent place à la table. Ils sortent de leur veste un stylo et entament la signature des 17 propositions de loi. Albert II et Elio Di Rupo échangent quelques mots puis se relèvent et se serrent longuement la main. Les applaudissements emplissent la grande salle. Le Roi va féliciter les acteurs de ces réformes : un petit mot à chacun des présidents de parti et des vice-Premiers. Le Roi s’entretient avec chacun d’eux, sourit, plaisante. Il s’attarde avec Didier Reynders (MR), le vice-Premier ministre et des Affaires étrangères. Le chef de l’Etat aura une attention particulière envers trois personnes qui ont changé de fonction. Anne Poutrain, qui était alors le bras droit d’Elio Di Rupo, la "formatrice" du gouvernement plaisantait-on à l’époque, la directrice du centre d’études du PS, d’où elle veille sur la marche des affaires de l’Etat. Jean-Michel Javaux aussi, qui était à l’époque coprésident d’Ecolo, et Caroline Gennez, qui dirigeait, elle, le parti socialiste flamand. Enfin, Albert II aura à cœur de féliciter ces travailleurs de l’ombre, ces collaborateurs sans qui on n’en serait pas là aujourd’hui.

Voilà. Fini. Tout le monde est satisfait. Il y en a toujours un, dans la bande, pour s’étonner de cette nouvelle "théâtralisation" orchestrée par le Premier ministre. Et qui rigole : " Excusez-moi, monsieur le journaliste, pourriez-vous me dire qui était le monsieur à la droite d’Elio Di Rupo ? "

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