Politique belge

D’ici une quinzaine de jours, Benoît Cerexhe quittera son ministère bruxellois de l’Emploi et de l’Economie pour le maïorat de Woluwe-Saint-Pierre. Bilan et perspectives.

Cela fait neuf ans que vous êtes ministre de l’Emploi et le taux de chômage à Bruxelles est toujours de 20 %. Sentiment d’échec ?

Non, le résultat est positif. On a créé 53 000 nouveaux emplois net à Bruxelles, ce qui n’avait pas été le cas entre 1999 et 2004. On est passés de 650 000 emplois à plus de 700 000.

Certes, mais le rôle du gouvernement bruxellois est de faire profiter ces emplois aux Bruxellois.

Nous avons beaucoup travaillé sur le développement économique. Bruxelles était vue comme une capitale administrative, aujourd’hui c’est une capitale qui attire énormément d’entreprises et d’investissements étrangers. Il y a 60 000 Bruxellois en plus qui sont à l’emploi par rapport à 2004; 413 219 Bruxellois ont un travail. Donc faut arrêter de dire que l’emploi créé à Bruxelles ne profite pas à la population bruxelloise. Même si le chômage reste beaucoup trop élevé.

Ce taux est banalisé aujourd’hui…

C’est une erreur de comparer le taux de chômage de la Région bruxelloise avec ceux de la Flandre et de la Wallonie. Il faut comparer les milieux urbains. Le taux de chômage à Anvers est de 16,5 % pour un taux moyen de 7 % en Flandre. Parce qu’Anvers est confrontée aux mêmes problèmes. Et je ne dis pas qu’Anvers est mal gérée. C’est vrai pour Charleroi ou Liège ou Berlin. Bruxelles est en outre enfermée dans un carcan institutionnel. Si le taux de chômage était calculé sur l’hinterland socio-économique de Bruxelles, il serait nettement moins élevé. Ensuite, Bruxelles connaît une explosion démographique qu’aucune ville en Europe ne va connaître. La population active augmente de 20 000 personnes par an. En 2020, 146 000 20-39 ans vont arriver sur le marché de l’emploi. Voilà la situation. Moi, je dis qu’un chemin a été accompli mais cela reste insuffisant.

Avez-vous un regret ?

Mon grand regret c’est d’avoir connu la crise économique. Le chômage diminuait en 2008 et puis la conjoncture à fait remonter le chômage.

Y a-t-il quelque chose que vous auriez aimé faire mais que vous n’avez pas pu faire ?

Travailler encore plus sur la formation. Enseignement et formation, c’est le défi des prochaines années. J’ai parfois eu l’impression de mettre des rustines. Lorsque j’ai multiplié les montants pour les chèques langues, j’avais l’impression de mettre un emplâtre sur une jambe de bois. Les jeunes ne sortent pas de leur cursus scolaire avec une bonne connaissance des langues. Nous sommes dans une économie de services pour laquelle la connaissance des langues est primordiale. Aujourd’hui, les compétences des 110 000 personnes en demande d’emploi et les attentes des entreprises ne correspondent pas suffisamment.

La Wallonie a un plan Marshall. Rien de comparable à Bruxelles, pourquoi ?

Faux. On a eu le contrat pour l’économie et l’emploi.

A-t-il la même capacité de mobilisation ?

On voit le résultat : Bruxelles est la région où l’on a créé le plus d’emplois et le plus d’entreprises. En 2004 on avait 6 000 nouvelles entreprises par an; aujourd’hui on est à 10 000. On en parle peut-être moins mais le problème de Bruxelles n’est pas un problème de dynamisme économique. Ce pari-là a été réussi. Le défi c’est faire correspondre les emplois créés avec la main-d’œuvre bruxelloise.

Les partis réfléchissent à l’architecture francophone. On entend certains imaginer une partie de la compétence enseignement endossée par la Région.

Attention. N’isolons pas Bruxelles. Il faut maintenir un lien de solidarité fort.

Ça, tout le monde le dit.

Des tendances régionalistes côté wallon sont inquiétantes. Par contre, il faut, en enseignement, des déclinaisons fortes en fonction de la situation bruxelloise. Il y a aujourd’hui moins de classes d’immersion à Bruxelles qu’en Wallonie !

Bruxelles est mal défendue à la Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Non, mais il faut trouver des moyens pour généraliser ce type d’enseignement. Je plaide aussi par exemple pour une troisième maternelle obligatoire.

Comment faire ? C’est le CDH qui gère l’enseignement, non ?

Il faut mettre le paquet dans ces domaines. Mais il y a des obstacles à lever au niveau fédéral.

C’est-à-dire ?

Des obligations plus contraignantes pour les néerlandophones qui veulent enseigner à Bruxelles. Les lois linguistiques en matière d’enseignement.

Il faut les assouplir ?

Il faut rendre le système plus attractif pour les profs, c’est une évidence.

Est-ce que les entreprises font suffisamment en matière de formation ?

Non. Je compte beaucoup sur la proposition du fédéral de créer des places de stages en entreprises. Il faut collaborer avec les entreprises. Nous avions essayé de lancer cela dans le cadre du Contrat pour l’économie et l’emploi, avec les partenaires sociaux. Il faut bien constater que ça n’a pas fonctionné. Aujourd’hui, tout le monde doit se retrousser les manches. On ne peut pas se plaindre qu’on n’a pas de main-d’œuvre qualifiée et rester au balcon.

Pourquoi quitter votre poste pour Woluwe-Saint-Pierre ?

J’ai pris l’engagement clair d’exercer mon mandat communal. Je n’abandonne pas pour autant la Région. Je resterai un parlementaire très actif. Mais il n’y a pas d’abandon du gouvernement. On a suffisamment de gens de qualité au CDH.

Quoi doit vous remplacer comme ministre ?

C’est le choix du président de parti : quelqu’un qui a une bonne connaissance des dossiers et qui sache mener à bien une série de projets qui doivent être finalisés. Le CDH n’est pas et ne veut pas être en campagne électorale pour l’instant.

Vous serez tête de liste en 2014 ?

Je serai une acteur important au niveau régional, en particulier sur la mobilité. Pour le reste, on ne va pas élaborer nos listes demain matin. Je serai candidat, ça, c’est sûr Je ne revendique rien. 2014 peut être un enjeu important pour Bruxelles et je veux peser dans ce débat.

Suite à la parution de cet article, Françoise Schepmans (MR), bourgmestre de Molenbeek, a régi sur Facebook. Voici son message :

‎"Parfois eu l'impression" ? En juillet 2004, il y avait 87.000 demandeurs d'emploi. A l'heure de quitter son mandat, le Ministre Cerexhe a le bilan de... 109.000 chômeurs !!!