Politique belge Il a torpillé l’alliance entre le populiste italien et les libéraux au parlement européen.

Quand les libéraux belges se sabordent entre eux… De l’avis unanime, Guy Verhofstadt a commis là sa plus grosse bévue politique. L’ancien Premier ministre belge, à qui tout semblait réussir, a loupé la présidence du parlement européen. Sa tentative de rapprochement entre le groupe libéral (ALDE) et les 17 députés populistes et eurosceptiques du Mouvement Cinq Etoiles (M5S) était, il est vrai, hasardeuse. En s’alliant avec le parti du démagogue Beppe Grillo, Guy Verhofstadt voulait placer le groupe qu’il préside en troisième position au parlement européen et, ainsi, gonfler ses chances d’en ravir le perchoir.

Mais ses manœuvres, découvertes in extremis, ont échoué. Le dimanche 8 janvier, Beppe Grillo a rendu public le projet de rapprochement et le lundi, les députés de l’ALDE enterraient l’affaire… Les parlementaires du M5S continueront de siéger au sein du groupe europhobe de Nigel Farage, le fondateur du parti Ukip et instigateur du Brexit.

Ce que l’on ne savait pas, c’est le rôle joué par des libéraux de premier plan dans la mise à mort du plan de Verhofstadt. Lui, n’y voyait que tactique et jeux de pouvoir florentins. D’autres étaient pétrifiés par le grand écart idéologique auquel le président du groupe ALDE voulait forcer les libéraux. Le Premier ministre Charles Michel figure parmi ces derniers.

Michel tombe des nues

Quand il apprend par voie de presse, le dimanche 8 janvier, le projet d’alliance bidouillé par Guy Verhofstadt, Charles Michel tombe des nues. Le groupe de l’ALDE découvre le pot aux roses en même temps, les députés européens sont eux aussi pris de court.

Depuis 2014, le chef du gouvernement belge estime avoir acquis une bonne réputation sur la scène continentale. Au Parlement européen, on retrouve souvent des formations très différentes au sein d’un même groupe. Mais, si le MR devait se retrouver coincé avec des populistes eurosceptiques, cela pourrait faire tache… Inacceptable.

Le MR compte trois parlementaires au sein de l’hémicycle : Louis Michel, Frédérique Ries et Gérard Deprez. Ils prennent contact immédiatement avec Charles Michel lorsqu’ils découvrent le deal en vue. Il leur fait savoir qu’il ne pourra accepter une alliance avec Grillo. Le Mouvement Cinq Etoiles n’a rien à faire chez les libéraux, estime-t-il. Les députés MR comprennent immédiatement leur mission pour les prochaines heures : battre le rappel de tous leurs contacts au sein du groupe pour torpiller le projet.

Les GSM chauffent…

De son côté, le Premier ministre fait chauffer son GSM. Il appelle le libéral Xavier Bettel, le chef du gouvernement luxembourgeois. Ils sont sur la même longueur d’onde. Xavier Bettel appelle à son tour Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, un libéral lui aussi. Il appuie, évidemment, la contre-offensive anti-Grillo et alerte à son tour les parlementaires européens de son parti.

Le lundi 9, le groupe ALDE, fortement refroidi par l’hostilité des Premiers ministres du Benelux, tue l’alliance avec le M5S. Même à l’Open VLD, la fausse bonne idée de Verhofstadt ne passait pas. "L’image de Verhofstadt a été fort abîmée par cet épisode", juge une source libérale.

Le 17 janvier, le parlement européen s’est trouvé un autre président, Antonio Tajini, membre du PPE. Guy Verhofstadt, hors jeu, aura désormais du temps pour bien relire les conseils pour la prise du pouvoir qui figurent dans "Le Prince" de Machiavel…