Politique belge

Une commission d'enquête suite aux attentats de Bruxelles sera lancée.


Le vice-premier ministre (N-VA) et le ministre de la Justice (CD&V) ont présenté leur démission, qui ont été refusées par Charles Michel vu le contexte. Koen Geens l'avait remise la nuit dernière, selon De Staandard. Jan Jambon l'a quant à lui remise ce jeudi, affirme VTM.

Le ministre de la Justice Koen Geens a évoqué jeudi, dans l'émission Villa Politica de la VRT, la possibilité que les informations relatives à Ibrahim El Bakraoui aient été transmises trop lentement de Turquie vers la Belgique, ainsi qu'en Belgique même. "Il n'y a peut-être pas eu de transmission d'information en temps opportun de Turquie vers la Belgique, et en Belgique même", a déclaré le ministre CD&V.

La Belgique a été informée par la Turquie à la fin du mois de juin 2015 qu'Ibrahim El Bakraoui avait été interpellé, mais n'a appris son expulsion vers les Pays-Bas qu'après que le vol le transportant a atterri à Schipol, a déclaré le ministre belge de la Justice, Koen Geens à l'issue de la réunion extraordinaire des ministres européens de l'Intérieur et de la Justice à Bruxelles.

La Turquie a mis Ibrahim El Bakraoui dans un avion à destination de Schipol le 14 juillet 2015, "sans avertir au préalable que cette expulsion aurait lieu et vers où elle serait effectuée", a indiqué M. Geens.

Jan Jambon a quant à lui déclaré : "Quand on met tous les faits les uns après les autres, on peut se poser de sérieuses questions sur un certain nombre d'affaires concernant la Justice ainsi que ses conséquences". Le ministre de l'Intérieur a également pointé du doigt de possibles dysfonctionnements du côté de la police. C'est pourquoi il estimait devoir "assumer ses responsabilités politiques." Le vice-premier a accepté le refus du Premier ministre et s'est engagé à poursuivre son travail dans une "situation de guerre". "Si je ne le sentais pas, je n'aurais pas accepté la réponse de Charles Michel" a poursuivi Jambon.

La mise en lumière de plusieurs erreurs dans la lutte contre le terrorisme a provoqué un choc politique.

Le Premier ministre souhaiterait au contraire resserrer les rangs de son équipe gouvernementale dans ce combat prioritaire. Il a affirmé que "Le gouvernement est prêt à faire toute la lumière, éviter les zones d'ombre et travailler avec le parlement".

Graves dysfonctionnements?

Le comité ministériel restreint s'était réuni jeudi midi pour se pencher sur le dossier Ibrahim El Bakraoui, dont l'expulsion de Turquie à l'été 2015 avait été communiquée aux autorités belges, avait affirmé mercredi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Depuis ces révélations, tous les regards se tournent vers le gouvernement fédéral. A-t-il commis de graves erreurs? Mercredi soir, le ministre de la Justice - indirectement mis en cause par Erdogan - a précisé que le djihadiste avait été remis aux Pays-Bas et non à la Belgique. Cependant, le ministre CD&V n'a pas apporté d'élément neuf.

Les Affaires étrangères ont également été pointées du doigt, car le président Erdogan affirmait dans son discours que l'Ambassade de Belgique en Turquie était informée - le 14 juillet 2015 - de l'expulsion du combattant islamiste vers les Pays-Bas et du danger qu'il pouvait représenter.

Ce jeudi soir, on apprenait en outre qu'Ibrahim El Bakraoui n'était pas connu des autorités néerlandaises et qu'il a bien été expulsé par la Turquie vers les Pays-Bas le 14 juillet 2015 (voir ici).

Haaretz cible les graves dysfonctionnements

Des informations publiées par le quotidien israélien Haaretz alimentent également les doutes quant à de graves dysfonctionnements politiques, policiers et judiciaires en Belgique.

Haaretz affirme que "les services de sécurité belges disposaient d'avertissements précis relatifs à une attaque terroriste ce mardi. Les services de sécurité savaient, avec un haut degré de précision, que des attaques étaient planifiées dans un futur proche et visant l’aéroport, ainsi que, apparemment le métro également". Il importe de préciser que Haaretz est généralement bien informé, notamment par des sources du Mossad, les services secrets israéliens.

Réaction au Parlement et commission d'enquête

Benoit Lutgen, président du CDH, estime qu'il doit y avoir des explications à ces deux propositions de démission et demande que ces explications soient "fournies à l'ensemble de la population".

Ce jeudi, à 15 heures, le président de la Chambre Siegfried Bracke (N-VA) doit annoncer la mise sur pied d'une commission d'enquête chargée de faire la lumière sur la libération d'Ibrahim El Bakraoui, l'un des deux kamikazes qui s'est fait exploser mardi à l'aéroport de Zaventem, alors que la Turquie l'avait arrêté sur le chemin de la Syrie et l'avait expulsé vers les Pays-Bas.

Le cahier des charges de cette commission d'enquête sera défini vendredi après-midi, au terme de la tenue d'une commission réunie de l'Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères au cours de laquelle les trois ministres concernés par ce dossier - Jan Jambon (N-VA), Koen Geens (CD&V) et Didier Reynders (MR) - seront mis sur la sellette par les députés.

Réaction de Rachid Madrane

Le ministre en charge des Maisons de justice en Fédération Wallonie-Bruxelles, Rachid Madrane, a réfuté jeudi tout dysfonctionnement dans le suivi de la libération conditionnelle d'Ibrahim El Bakraoui, l'un des kamikazes de Brussels Airport. Après des propos jeudi du ministre de la Justice rappelant la responsabilité des Communautés en matière de libération conditionnelle, M. Madrane assure dans un communiqué que cette mission a "bien été exécutée comme elle devait l'être".

"L'assistant de justice en charge de ce dossier a assuré un suivi régulier du justiciable et a alerté le Tribunal d'Application des Peines (TAP) dès qu'Ibrahim El Bakraoui n'a plus respecté les conditions posées à sa libération", précise-t-il.

Condamné pour une tentative d'attaque à main armée, Ibrahim El Bakraoui a été remis en liberté conditionnelle le 20 octobre 2014. Son dossier le décrit alors comme un criminel de droit commun. Aucun fait ne le relie à des activités terroristes ou un quelconque radicalisme, souligne M. Madrane.