Charles Michel: "Il faut prendre la N-VA de face"

Francis Van de Woestyne et Mathieu Colleyn Publié le - Mis à jour le

Politique belge Entretien

Point de déclaration sur le plan B pour Charles Michel, qui préfère concentrer ses réflexions sur l’accord de gouvernement et le deuxième volet de la réforme de l’Etat. Et de lancer des pistes pour le budget 2013.

Didiers Reynders estime qu’il ne faut pas faire de Bart De Wever un épouvantail. Vous, vous dites que Bart De Wever radote… Contradictoires, ces déclarations…

Non. Elles sont concordantes. Bart De Wever veut détruire la Belgique, cela ne fait aucun doute. La preuve, c’est le choix que De Wever a fait en désertant la négociation, ce qui n’est pas très courageux, pour se replier dans une sorte d’opposition au mégaphone. Cette stratégie a un impact en Flandre. Didier Reynders dit juste : il est possible que l’on doive parler avec la N-VA en 2014 si elle est légitimée. Nous verrons.

On semble loin de l’apaisement communautaire.

Je m’en tiens aux faits. L’apaisement est indiscutable. Il y a un an, nous étions au bord du précipice avec des menaces terribles sur la situation économique et sociale, un risque réel de paralysie complète de la Belgique. Nous avons réussi, grâce à l’accord de gouvernement et à la réforme de l’Etat, à remettre le pays sur les rails. Est-ce que tout est réglé ? Non, bien sûr. Un travail colossal a été réalisé, mais il y a un travail colossal qui doit encore être réalisé.

Comment freiner la progression de la N-VA ?

J’ai une conviction, partagée largement au MR depuis longtemps : la solution d’avenir pour la Belgique passera par la réussite économique et sociale de Bruxelles et de la Wallonie. Le lien est évident. Ceux qui voudraient limiter le débat à des querelles communautaires se trompent d’enjeu. L’enjeu, c’est plus d’emplois. L’enjeu, c’est qu’il n’y ait plus, comme c’est le cas à Bruxelles, un jeune de moins de 25 ans sur trois au chômage. L’enjeu, c’est de faire en sorte que dans certains quartiers de Wallonie, comme c’est le cas aujourd’hui, il n’y ait plus deux jeunes sur trois au chômage. Tant qu’il n’y aura pas, du côté francophone, une dynamique qui apporte des résultats perceptibles, et pas seulement des discours, on sera toujours l’oiseau pour le chat.

Même dans un pays très largement fédéralisé, les familles politiques demeurent et comptent lors de la formation des gouvernements. L’Open-VLD est dans un triste état. Y a-t-il des tentations au MR de considérer que l’allié flamand pourrait un jour être la N-VA, très libérale sur le plan économique et plus fort sur le plan politique…

Il n’y a aucune, aucune ambiguïté : le nationalisme, c’est l’extrémisme et c’est l’inverse du libéralisme.

Le CD&V tient parfois les mêmes discours que la N-VA.. Cela vous étonne ?

Je ne comprends pas toujours bien les déclarations de Kris Peeters. Cela dit, je constate que le CD&V a loyalement appliqué ce qui était prévu dans la réforme de l’Etat.

Avant 2014, il faudra bien que les présidents francophones se voient, conçoivent un plan, une riposte commune, conçoivent un espace francophone cohérent, non ?

Les présidents de partis francophones se voient et se parlent. Il n’y a pas toujours une conférence de presse. Nous partageons analyses et convictions. J’espère qu’après les élections communales, il sera possible d’engager des réformes fortes et courageuses au niveau francophone. Il ne faut plus de discours, de "pow-wow", de grandes conférences. Il faut des actes, des résultats. Il faut cesser de faire un peu de tout. Marre du saupoudrage! Il faut se concentrer sur l’essentiel : le développement économique et la création d’emplois. Il faudra donc distinguer les priorités.

Les partis flamands de la majorité exploitent-ils suffisamment l’accord institutionnel ?

Il faut que les partis flamands expliquent la portée de cet accord. Je suis partisan de la ligne qui consiste à prendre la N-VA de face. Arguments contre arguments. La N-VA radote avec un discours simpliste et un manque de crédibilité et de sérieux sur le fond des propositions.

Ils ne vendent même pas la sixième réforme de l’Etat. Ils proposent déjà une septième.

Je ne trouve pas cela particulièrement adroit.

Bart De Wever propose aux francophones de discuter du confédéralisme. Vous avez déjà réservé une table chez Bruneau ?

Je hausse les épaules. Je ne vais pas me laisser impressionner par ce coup de com’ de Bart De Wever. Nous allons mettre en œuvre ce qui a été convenu. Après les élections communales, on doit travailler pour mettre en œuvre le deuxième volet de la réforme de l’Etat : les mécanismes de financement et les transferts de compétences. C’est-à-dire plus d’autonomie pour les Régions et les Communautés.

On peut ne pas aimer Bart De Wever mais, en 2014, il pourrait être “incontournable”. Et on peine à voir le dessein politique des francophones.

Je le répète : il est urgent de réussir le redressement économique et social de la Wallonie et de Bruxelles. On ne peut pas se contenter de repérer quelques indicateurs qui ne sont pas trop mauvais pour se glorifier. On doit être lucide. Et ouvrir les yeux sur les chiffres du chômage.

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