Politique belge Le Premier ministre a peu commenté les négociations politiques. Par stratégie.

Dans son prestigieux bureau du 16, rue de la Loi, le Premier ministre a le sourire. Alors qu’en 2014 les commentateurs politiques ne donnaient pas cher de la peau du MR, engagé dans une coalition risquée avec la N-VA au fédéral, les libéraux viennent de reprendre pied dans le super-bastion socialiste : la Région wallonne. C’était inespéré.

Jupiter au "16"

Pourtant, Charles Michel reste discret alors qu’il pourrait triompher. Son staff préfère qu’il ne se répande pas médiatiquement sur les renversements d’alliance dans les entités fédérées. Une question d’image, clairement. Il s’agit de faire passer le message suivant : le Premier ministre se situe au-dessus de la mêlée et gère le pays avec sérénité, selon un agenda principalement socio-économique. Certains y verront une attitude jupitérienne, similaire à la réserve volontaire du président de la République française, Emmanuel Macron.

Fin juillet, alors que les jeux de coalition occupaient tous les esprits, le gouvernement fédéral a sorti un nouveau panel de mesures destinées à relancer l’économie (dont l’abaissement historique de l’impôt des sociétés à 20 %). Le contraste, évidemment, devait jouer en faveur des libéraux, qui profitaient de l’occasion pour se présenter face aux citoyens comme un parti gestionnaire et responsable tandis que la politique francophone était fortement secouée.

Charles Michel s’était alors tout de même exprimé dans la presse sur le retour des libéraux au pouvoir en Wallonie, mais avec une relative modestie : que le PS soit désormais relégué dans l’opposition à la Région wallonne était, à ses yeux, "un signe d’espoir pour l’avenir du pays".

Très actif en coulisses

Il ne l’a pas dit officiellement mais le grand patron du MR a pourtant été particulièrement actif en coulisses pour assurer le retour de ses troupes dans les entités fédérées. C’est toutefois le président du parti, Olivier Chastel, qui négociait, qui prenait position. Une question d’image, donc, mais également de stratégie très réaliste. "Charles veut marquer la différence et se montrer en dehors de ces jeux de rôles politiciens, relève un libéral. Mais le problème aussi, c’est que Charles n’a pas vraiment d’excellentes relations avec Lutgen ni avec les autres présidents. Avec le PS, c’est cassé depuis 2014. En revanche, Chastel, lui, s’entend bien avec tout le monde. Y compris avec Benoît Lutgen. Ils se sont manifestement bien amusés tous les deux à négocier cet été. Ce sont deux quadras wallons bien sympathiques, quoi. Rien à voir avec Magnette qui ne sait parler que de bouquins… Bref, le côté ‘Mr Nobody’ de Chastel arrangeait bien le MR : personne ne pense de mal de lui et il était tout désigné pour négocier plutôt que Charles Michel."

Olivier Chastel est en quelque sorte le démineur et le porte-voix de Charles Michel après l’appel du 19 juin du président du CDH, Benoît Lutgen, qui a abouti à un renversement d’alliance en Wallonie. Le président des libéraux, qui n’a pas des ambitions personnelles démesurées et a la confiance de Charles Michel à qui il ne fait pas d’ombre.

L’histoire politique aime l’ironie. En 2004, alors accusé, y compris dans son propre camp, d’avoir précipité l’éviction du MR par son style politique cassant, Charles Michel a connu une traversée du désert. Désormais, après de multiples péripéties, il est Premier ministre, Olivier Chastel lui garde la place au chaud à la présidence, et c’est l’un de ses proches qui est le chef du gouvernement wallon (Willy Borsus).

Dans ce contexte favorable, les libéraux se sentent pousser des ailes. "Pour nous dégommer du pouvoir, il va falloir y aller…. Même si on ne montait pas maintenant à la Région bruxelloise et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, on est aux portes de ces gouvernements. Si ce n’est pas maintenant, ce sera en 2019", commente une source MR.