Politique belge

Le Premier ministre tente le tout pour le tout. "J’ai l’intention d’aller à Marrakech (le 10 décembre) pour communiquer la position qui sera approuvée par le Parlement belge. […] Le moment est venu de faire un choix", a déclaré Charles Michel (MR), mardi soir, prenant tout le monde de court puisqu’on s’attendait à une longue et difficile nuit de négociations intragouvernementales.

La crise est trop profonde. Inextricable. La N-VA refuse que le gouvernement soutienne le pacte de l’Onu sur les migrations lors du sommet de Marrakech les 10 et 11 décembre, puis lors de la réunion de Nations unies du 19 décembre. Ses partenaires de la majorité (MR, Open VLD et CD&V), eux, le défendent avec force.

La Chambre soutiendra le Pacte

La parole du Parlement que portera Charles Michel à Marrakech, la semaine prochaine, ne fait aucun doute. Une large majorité alternative va adopter ce mercredi - lors d’une réunion de la commission parlementaire des Relations extérieures qui commence à 10 heures - une résolution invitant le gouvernement à soutenir le pacte. Le vote en séance plénière de la Chambre aura lieu jeudi ou vendredi. MR, Open VLD et CD&V pour la majorité, CDH, PS, SP.A, le groupe Écolo-Groen, Défi et PTB dans l’opposition voteront en faveur de la résolution. La N-VA va s’y opposer, soutenue par une poignée de députés, dont ceux du Vlaams Belang (extrême droite)…

La solution de compromis sur laquelle travaillait Charles Michel depuis quelques jours consistait à soutenir le pacte des migrations, mais en y ajoutant une note interprétative. C’est-à-dire une explication sur la façon dont la Belgique le comprend et compte l’appliquer. Le Premier ministre a cependant dû constater "un blocage au gouvernement sur cette proposition puisqu’il y a un parti sur les quatre qui s’y oppose. […] J’ai donc pris la décision de demander au Parlement de s’exprimer sur ce sujet. Je souhaite que le Parlement puisse donner son point de vue."

La N-VA a retourné sa veste

Le 27 septembre, à la tribune des Nations unies, M. Michel déclarait : "Mon pays signera à Marrakech en décembre le pacte global pour la migration. Ce texte est une avancée majeure." Il avait alors l’aval de la N-VA. Mais cette dernière a retourné sa veste. L’élément déclencheur serait le refus du chancelier autrichien, Sebastian Kurz, de soutenir le pacte. Depuis un mois, la N-VA est inflexible. Lundi, son président Bart De Wever répétait :"Nous ne soutiendrons pas le gouvernement s’il va à Marrakech." "La parole de la Belgique a de la valeur, sa crédibilité internationale a de la valeur", a répliqué M. Michel, mardi soir. La balle est à présent dans le camp de la N-VA. On devrait savoir très vite si elle débranche la prise du gouvernement.

Toute la journée de mardi fut extrêmement tendue. La commission des Relations extérieures avait prévu des auditions d’experts et, dans la foulée, un vote sur la résolution parlementaire qui invite la Belgique à soutenir le pacte. Peter De Roover, le chef du groupe N-VA à la Chambre, a répété qu’il s’opposerait à cette résolution. Peu avant 14 h, la N-VA diffusait sur Internet une campagne choc contre le pacte, qualifiée d’"inacceptable", "scandaleuse" et "indigne" par Charles Michel. Le Kern (réunion des principaux ministres) prévu à 15 h, puis 15 h 30, a été reporté sine die. Ce n’est qu’à ce moment-là que la N-VA a fait marche arrière sur sa campagne.

Un ultime report

À la Chambre, les mines étaient graves. "C’est fini. Le gouvernement ne s’en remettra pas", pensait un député de la majorité. Patrick Dewael, chef du groupe Open VLD, demandait un ultime report du vote sur la résolution parlementaire à mercredi matin. Son but : donner une dernière chance à l’exécutif ; et rédiger un amendement à la résolution pour y adjoindre la déclaration interprétative de la Belgique sur le pacte migratoire. CDH et Écolo-Groen ont marqué leur accord. Peter De Roover également. Mais "que ce soit aujourd’hui ou demain, je voterai contre", aurait-il glissé à ses collègues chefs de groupe de la majorité.

Place au moment de vérité.