Politique belge

Avocats.be, l'Ordre des barreaux francophones et germanophone, a demandé dimanche au ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) "de se taire" après la sortie médiatique de ce dernier dans laquelle il estime incompréhensible que l'avocat de Salah Abdeslam ait demandé l'irrecevabilité des poursuites pour son client lors du procès de la fusillade à Forest. "L'impartialité est à la base de la séparation des pouvoirs", rappelle ainsi son président Jean-Pierre Buyle. "Il est inacceptable que le ministre de l'Intérieur intervienne dans un dossier judiciaire en cours!", dénonce-t-il. "Qu'il s'occupe de la police et de la sécurité et laisse les avocats s'occuper du droit. Ceux-ci sont les seuls garants du respect des lois", ajoute-t-il. Que chacun fasse son métier dans un Etat de droit, résume-t-il.

Le président d'Avocats.be constate d'ailleurs une évolution assez lente dans le manque de respect des pouvoirs exécutif et législatif vis-à-vis du judiciaire. Il a ainsi déjà relevé plusieurs éléments allant dans ce sens ces dernières années, évoquant notamment les demandes de levée d'immunité parlementaire sur lesquelles plusieurs parlements ont eu à se prononcer.

"La manière dont on traite la justice n'est pas admissible", conclut Jean-Pierre Buyle.

Le ministre de l'Intérieur semble ignorer ce qu'est le rôle d'un avocat, avait réagi plus tôt dimanche l'Ordre des barreaux flamands. "Il appartient au juge, et non au ministre, de contrôler s'il y a un vice de procédure. Le juge ne peut être mis sous pression par qui que ce soit", avait souligné cet organe.

Jan Jambon semble ignorer ce qu'est le rôle de l'avocat, estime l'Ordre des barreaux flamands

Le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, semble ignorer ce qu'est le rôle d'un avocat, estime l'Ordre des barreaux flamands, à la suite des propos du ministre sur le procès de Salah Abdeslam. Interrogé sur la VRT, M. Jambon a jugé incompréhensible la demande d'un acquittement du prévenu sur la base d'un possible vice de procédure fondé sur le respect des lois linguistiques. Selon lui, l'avocat Sven Mary a été "un pont trop loin".

"Le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, semble ne pas connaître le rôle d'un avocat dans un Etat de droit. Un avocat peut s'appuyer sur des vices de procédure et il appartient au juge, et non au ministre, de contrôler s'il y a un vice de procédure. Le juge ne peut être mis sous pression par qui que ce soit", a souligné le porte-parole de l'Ordre, Hugo Lamon.

"Les avocats fournissent une assistance juridique et représentent leur client en toute indépendance. Il ne revient pas à un ministre de dire ce qu'un avocat peut ou ne peut pas faire. Un avocat doit veiller à ce que la loi soit appliquée correctement (...) Si une cause de nullité est prévue par la loi, il est du devoir de l'avocat de l'indiquer au juge. Si le ministre n'est pas d'accord avec les sanctions prévues dans les lois linguistiques, il ne doit pas pointer du doigt les avocats. Il doit demander au parlement de changer la loi", a ajouté M. Lamon.

Il est de coutume qu'un ministre ou un parlementaire observent un devoir de réserve à l'égard des procès en cours, a-t-il encore fait remarquer, "précisément pour éviter qu'une pression inappropriée ne soit exercée sur un juge".