Politique belge Le président de la N-VA classe les partis francophones selon les cercles de l’enfer de la "Divine comédie"…

Bart De Wever a au moins une qualité : sa culture, qui plane largement au-dessus du politicien moyen. Cette culture, distillée comme un venin pour ses adversaires, égaye la lecture de ses interviews. Jeudi, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire flamand "Trends", il a établi un lien entre les partis francophones et la "Divine Comédie" de Dante… "Je n’ai plus l’ambition de gouvernement avec le PS. Et, pour être honnête, avec Ecolo et le CDH non plus. Leurs programmes me font penser aux cercles de l’enfer de la ‘Divine comédie’, explique-t-il dans l’interview. Dans les cercles extérieurs, ça va encore, puis ça empire. Et alors suit le PS. Et ensuite encore, le PTB. Vous vous demandez alors si vous avez atteint le dernier des cercles de l’enfer ou s’il vient encore quelque chose après. Si la démocratie flamande domine le niveau fédéral, une réaction du Sud du pays viendra tôt ou tard. Cette réaction pourrait consister en un vote massif en faveur des communistes."

Dans la bouche du président de la N-VA, cela veut dire que toute formation d’un gouvernement fédéral avec d’autres formations que le MR du côté francophone est exclue pour lui. Y compris donc avec le centriste CDH. C’est intéressant dans la mesure où les scénarios qui circulent de plus en plus laissent penser que la "suédoise" (l’actuelle coalition fédérale MR/N-VA/CD&V/Open VLD) devrait être facilement reconduite en 2019 avec, sans doute, Charles Michel maintenu à sa tête comme Premier ministre. Mais ce scénario pose un problème aux libéraux francophones qui se sentent fort seuls dans la configuration actuelle du gouvernement.

Charles Michel avait joué un fameux tour en 2014 en s’embarquant dans une coalition fédérale avec la N-VA. Mais le MR veut-il rempiler pour 5 ans avec l’ensemble des autres partis francophones qui font feu de tout bois depuis l’opposition ? Le CDH, qui a rejeté le PS en juin dernier et a fait monter le MR au gouvernement wallon, aurait pu constituer un appoint appréciable pour une prochaine législature, dans le cadre d’une "suédoise bis" à l’assise parlementaire quelque peu élargie. Mais, vu les propos de Bart De Wever, c’est compromis.

Le CDH pas chaud non plus

D’autant plus que les humanistes eux-mêmes ont (re) juré tout récemment ne pas vouloir gouverner avec la N-VA… Samedi dernier, le président du CDH, Benoît Lutgen, enfonçait le clou sur lequel il avait déjà beaucoup tapé en 2014. "Je ne vois pas aujourd’hui les éléments qui pourraient faire changer notre position par rapport à 2014, expliquait-il au sujet d’une éventuelle alliance future avec la N-VA. J’ai parfois l’impression que certains ministres N-VA viennent d’être désignés la veille au soir. Trois ans plus tard, c’est inquiétant. Ils sont dans le commentaire politique, pas dans l’action. On attend autre chose de ministres."

Il reste au MR un peu moins de deux ans pour remédier à son isolement…