Politique belge

"Que le PS veuille revenir à la barre en excluant la N-VA est logique, mais au final, c'est l'électeur qui décidera", a affirmé jeudi le président de la N-VA Bart De Wever, en réaction à l'appel de Paul Magnette d'instaurer un cordon sanitaire autour de la N-VA (lire ci-dessous).

"Nous sommes très mécontents de la politique migratoire en Europe et de la culture de l'accueil que préconise (la chancelière allemande) Angela Merkel", a ajouté Bart De Wever.

"Mais nous ne transformerons jamais ce mécontentement en ressentiment contre les migrants eux-mêmes", ajoute-t-il deux jours après une campagne internet que son parti a dû retirer des réseaux sociaux parce qu'elle visait expressément les migrants.

Et le président des nationalistes flamands de répéter la position officielle de son parti pour une politique migratoire "ferme mais humaine", un accueil des migrants dans la région des pays qu'ils fuient et la fermeture des frontières extérieures de l'Europe. Ce sont selon lui les raisons pour lesquelles la N-VA refuse le pacte de Marrakech. "Il est clair que le PS est à l'opposé de nous sur cela".

Magnette: "Le PS refusera de collaborer avec la N-VA comme avec le Vlaams Belang"

Le PS a placé jeudi une exclusive sur la N-VA, en l'assimilant à l'extrême droite. "On doit refuser de collaborer avec la N-VA comme on refuse de collaborer avec le Vlaams Belang", a affirmé jeudi le porte-parole du PS pour la campagne électorale Paul Magnette, interrogé sur La Première (RTBF). Pour M. Magnette, la crise gouvernementale actuelle est un "écran de fumée". "On oublie de dire que la N-VA mène des campagnes de haine scandaleuses, tient des discours ouvertement racistes, M. Francken n'hésite pas à dire qu'il s'inspire du Vlaams Belang, il attaque la Convention européenne des droits de l'homme, les juges de Strasbourg, et ça passerait à pertes et profit ? "

L'actuel plus grand parti francophone belge dit ne voir "aucun cas de figure" où il pourrait collaborer avec l'actuel plus grand parti de Flandre.


"Toutes les lignes rouges ont été franchies. Ils ont joué avec la limite en voyant d'anciens collabos, en tenant des propos limites sur telle ou telle communauté d'origine étrangère. Mais là, quand on s'attaque directement aux instruments internationaux de protection des droits de l'homme, quand on fait des campagnes anti-immigration dignes de la pire extrême droite européenne, il n'y a plus de différence entre la N-VA et le Vlaams Belang", selon Paul Magnette.

En refusant au gouvernement d'endosser le Pacte des Nations unies sur les migrations, la N-VA "démontre une fois de plus son pouvoir exorbitant" sur l'exécutif Michel. "Il n'y a plus de gouvernement quand le Premier ministre se voit interdire par la N-VA de valider un accord. Si l'entourloupe du parlement d'hier permet au Premier ministre d'aller à Marrakech, mais sans pouvoir représenter le gouvernement, c'est le comble du surréalisme politique", a ajouté M. Magnette.

A ses yeux, alors que le gouvernement est "de facto en affaires courantes", "politiquement mort" et en phase "d'acharnement thérapeutique", il est désormais temps de "préparer l'alternance et la rupture". "Si on a pu contourner le PS, on peut certainement contourner la N-VA", que ce soit via une majorité de centre gauche ou de tripartite traditionnelle.

Porte-parole du PS et future tête de liste aux élections européennes, Paul Magnette se dit prêt à aller une nouvelle fois débattre en Flandre avec M. De Wever. "C'est important que les Flamands entendent la voix des francophones. En Flandre, pas grand monde se fait vraiment entendre pour dénoncer les propos scandaleux de la N-VA. Si ce sont les francophones qui doivent le faire, je suis prêt à le faire."


"Les lignes sont claires", selon Kris Peeters

"Les lignes sont claires: le Premier ministre va à Marrakech et j'espère qu'après, ce dossier pourra être refermé", a affirmé jeudi le vice-Premier ministre CD&V Kris Peeters, à son arrivée à une réunion des ministres européens de l'Emploi à Bruxelles. "Les gens sont simplement fatigués de cette discussion", a ajouté M. Peeters, réclamant que le gouvernement se concentre à nouveau sur les dossiers en cours.

A la Chambre cet après-midi, "le Premier ministre donnera toutes les explications et je pense que cette affaire va s'éclaircir. J'espère que toute ambiguïté pourra être levée au plus vite et que le Premier puisse partir lundi à Marrakech" où se tient la conférence d'approbation du Pacte de l'Onu sur les migrations.

Pour Kris Peeters, Charles Michel doit donner dans la cité marocaine "un signal clair que nous sommes derrière ce pacte".

"Ce que la N-VA en tirera comme conclusion, vous devez le lui demander". Kris Peeters dit aussi en avoir assez de chercher qui prendrait la responsabilité de faire chuter le gouvernement. "Qu'est-ce qu'on est en train de faire ? La ligne est claire en ce qui concerne le Pacte, et tenons-nous en à l'essentiel pour le reste. C'est ce que les gens attendent de la politique".