Politique belge

Un Wallon nationaliste et autoritaire devenu un raciste antisémite et négationniste. C’est l’histoire de Léon Degrelle, dernier grand chef nazi. De la fascination de Degrelle pour Adolf Hitler à son long exil en Espagne, l’historien Arnaud de la Croix revient - dans une biographie* complète - sur le parcours de ce tribun aux multiples mensonges et aux relations troubles. Arnaud de la Croix est l’Invité du samedi de LaLibre.be.

Extraits:

Quel était le profil du fondateur du mouvement nationaliste Rex, Léon Degrelle (1906-1994), et quelles étaient ses bases idéologiques ?

Né à Bouillon en 1906, Degrelle est un fils de la bourgeoisie provinciale qui s’est vite engagé en politique dans le parti catholique. Son père, d’origine française, a fait l’acquisition d’une brasserie pour en faire une affaire assez florissante. Dès ses années de collège à Notre-Dame de la Paix à Namur, Degrelle se fixe son armature idéologique alors que certains jésuites diffusent les publications du nationaliste intégral Charles Maurras. Degrelle est aussi un lecteur assidu du polémiste antisémite Léon Daudet de l’Action française, mouvement créé autour de l’affaire Dreyfus. Il s’en inspirera fortement, parfois jusqu’au plagiat.

Comment ce populiste nationaliste va-t-il devenir antisémite et nazi ?

L’antisémitisme de Degrelle n’est pas quelque chose de premier chez lui. Goebbels rapporte d’ailleurs de sa rencontre avec Degrelle, à Cologne, en 1936, qu’il "se montre compréhensif sur l’anti-maçonnisme et l’antisémitisme, mais c’est surtout et viscéralement un anti-communiste". En 1941, Degrelle se montra satisfait du "nettoyage de la juiverie", mais regrettera surtout que le principal ennemi à ses yeux n’ait pas encore été éradiqué, soit la franc-maçonnerie. Cela démontre qu’à l’époque il ne comprend pas encore l’idéologie nazie où tout se rapporte toujours aux Juifs, que ce soit l’hypercapitalisme, le bolchévisme ou la franc-maçonnerie.

Vous sous-entendez qu'il ne devient réellement et totalement nazi qu'après la guerre. C'est paradoxal, non?

(...)

Pensez-vous qu’il y ait, encore aujourd'hui, une forme de tabou autour de la personnalité de Léon Degrelle en Belgique ?

Oui, il y a une forme de tabou, d’autant que certains pensent que moins on en parle, mieux cela vaut. Je pense précisément le contraire. Degrelle en Belgique, c’est comme un secret de famille qu’il faut mettre sur la table pour dénoncer les dangers, pointer les périls et aller de l’avant. Dans les mémoires et blessures familiales, il reste des traces des partisans de Degrelle. Certains cachent l’appartenance de leurs grands-pères au mouvement rexiste, même si - parfois - ils avaient rompu tout lien avant même le début de la guerre. Souvent, on ne parle plus de ce sujet dans ces familles, alors qu’elles laissent de réelles blessures et traces.