Des éperons moins acérés que d'habitude

François Paquay Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Ce mercredi, les Flamands fêteront leur communauté en commémorant, comme tous les ans, la bataille des Éperons d'or, qui vit la victoire des milices flamandes sur les troupes françaises de Philippe Le Bel, en 1302 à Courtrai.

Au-delà de la sempiternelle polémique sur la participation, du côté flamand, de milices venues de Namur et de Zélande, l'édition de cette année s'inscrit dans un contexte particulier, entre scission de BHV, élections communales et projet de "charte pour la Flandre". Éléments d'analyse, avec Dave Sinardet, politologue à l'Université d'Anvers.

De Wever enflammé, Peeters effacé... bis?

Rappelez-vous: l'année dernière, Bart De Wever, alors qu'il n'était "que" président de la N-VA, et qu'il venait de terminer sa mission d'informateur, avait volé la vedette à Kris Peeters, ministre-président flamand, en prononçant un discours remarqué, déplorant que la Flandre patauge dans la boue à cause de la tiédeur francophone. Selon Dave Sinardet, cette année, ça ne devrait pas se reproduire.

D'une part, Kris Peeters essaiera sans doute de se mettre plus en avant. "C'était un peu gênant pour Kris Peeters, qui applaudissait Bart De Wever, un peu comme si c'était le messie", se souvient Sinardet. D'autre part, les discours devraient être moins revendicatifs cette année. "Il était normal d'entendre des grandes demandes, des revendications d'autonomie, un peu comme un « cahier des charges » réclamé par les Flamands. Ça ne devrait pas non plus être le cas cette année, ce ne serait pas une bonne idée de demander une nouvelle réforme de l'État avant 2014", estime le politologue.

Entre BHV et "charte pour la Flandre"

Cette année, la fête de la communauté flamande s'inscrit évidemment dans le contexte du vote de la scission de BHV, qui aura lieu ce vendredi. Une revendication, s'il en est, du mouvement flamand. "C'est d'ailleurs assez étrange, car on n'en parle plus beaucoup depuis que ça a été réglé", déclare Dave Sinardet. Selon lui, certains, dont la N-VA, qui a pourtant toujours réclamé cette scission, disent que ce vote n'arrêtera pas la francisation, qu'il va provoquer la perte d'élus flamands au niveau fédéral à Bruxelles. Or, ces éléments n'étaient jamais mis en évidence auparavant. Et en plus, c'est un Premier ministre francophone"Pour certains, oui. Le CD&V a évidemment intérêt à mettre l'accent sur cette victoire flamande, mais la N-VA ne la mentionnera sans doute pas, étant donné qu'ils n'y ont pas participé", estime le politologue.

Peut-on parler de "Fête nationale flamande" ?

La fête de la communauté flamande célèbre-t-elle la nation flamande ? Alors que le gouvernement du nord du pays travaille à l'élaboration d'une "charte pour la Flandre", la polémique est toujours vive autour de l'emploi du mot "nation". Dave Sinardet a une explication pour le moins ludique: "C'est un peu comme le Père Noël : il y a ceux qui y croient et ceux qui n'y croient pas !" Selon lui, parler de "nation flamande" n'est en effet pas une "évidence politique". "Le terme de nation était très présent dans les années 80 et 90, mais il a un peu disparu ces dernières années."

Les communales ne sont pas bien loin

Pour la N-VA, ces élections sont un enjeu de taille. "La question importante est de voir si la N-VA peut percer localement", explique le politologue. "En Belgique, l'ancrage local est vital pour exister sur le long terme. La N-VA prépare ces élections depuis 2010 ; elle ne se préoccupe pas beaucoup des questions locales, et fait une campagne nationale. On peut voir des affiches de Bart De Wever un peu partout en Flandre..."

Demain l'attention se focalisera sur Courtrai, mais il ne fait aucun doute qu'après, les regards se tourneront vers Anvers.

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