Politique belge "En Belgique francophone, être de droite, ça ne passe pas. Je n'aurais aucun problème si je faisais de la politique en Flandre ou en France, on considérerait mon discours comme tout à fait normal." C'est ainsi que le sénateur et député bruxellois MR répond aux nombreuses critiques émises à son encontre. Il évoque également son exclusion du MR d'Ixelles et son clash avec la bourgmestre de Molenbeek. Alain Destexhe est l'Invité du samedi de LaLibre.be.


Avez-vous reçu des explications franches sur les raisons de votre exclusion de la prochaine liste MR aux communales d’Ixelles ?

Vous allez un peu vite, je n'ai pas dit mon dernier mot. Je n'ai pas été officiellement informé de cette décision. Les conseillers communaux MR, les militants, les citoyens n'étaient pas au courant. J'aurai des contacts très prochainement avec Olivier Chastel, président national, et Didier Reynders, président régional. J'espère encore trouver une solution en interne. N'oublions pas qu'aux élections communales de 2012, les Ixellois m'ont accordé le troisième score de la liste MR. Ensuite, aux régionales de 2014, j'ai obtenu le meilleur score ixellois... toutes listes confondues.

Vos collègues libéraux vous reprochent un manque d’engagement, de participation et de présence aux réunions ou au Conseil communal…

Je vais régulièrement au Conseil ! J'essaie même souvent de me libérer pour aider mes collègues lorsqu'il y a des problèmes de quorums. Il faut tout de même se rappeler du contexte post-électoral de 2012 : j'ai fait le troisième score et je n'ai pas été nommé échevin pour ne pas "froisser le PS", avec qui nous formons une majorité. Cela me parait totalement incompréhensible ! Vous comprendrez que je n'ai pas un enthousiasme particulier pour participer aux réunions internes. Mais je suis quand même actif : je pose beaucoup de questions au Conseil communal, j'essaie d'améliorer les nombreuses choses qui doivent l'être à Ixelles. J'ai aussi des engagements et responsabilités internationales : j'ai été élu président de la Commission des Affaires juridiques du Conseil de l'Europe. Je suis également vice-président de la section belge de l'Union interparlementaire, qui s'occupe des relations du Parlement belge avec des parlementaires d'une centaine de pays.

Comment expliquez-vous que vous soyez rarement bien placé sur les listes MR malgré vos scores électoraux plutôt bons ?

Je ne me l'explique pas, c'est très difficile à comprendre. J'ai souvent des places qui ne sont pas en lien avec les résultats que je fais. Jusqu'à présent, j'ai toujours obtenu des scores bien supérieurs à ce que laissent présager les places qu'on me réserve sur les listes. J'espère qu'un jour le MR me donnera la place que je mérite.

Vous avez déjà des contacts avec d'autres communes si jamais vous deviez rebondir ailleurs ?

Je vis à Ixelles, j'aime Ixelles et je ne vais pas répondre à ces rumeurs qui m'annoncent en partance. Je trouve indécent de poser ces questions sur les communales, qui ne se tiennent que dans deux ans, vu l'actualité : terrorisme, islamisme radical, grèves... La polémique lancée à mon encontre a un caractère indécent, complètement décalé par rapport à ce que vivent les Belges actuellement.

On vous dit fort isolé au MR. Est-ce le cas ou pouvez-vous donner des noms de politiques qui vous soutiennent ?

Je ne pense pas être isolé. Énormément d’électeurs me soutiennent. A chaque incident, je reçois des dizaines et des dizaines de lettres, d'appels, de SMS... Énormément de militants MR sont d'accord avec moi. Idem pour les parlementaires. Mais, vous savez, un parti politique, c'est un milieu social très particulier. Nous sommes collègues et amis mais en même temps nous nous observons, nous ne voulons pas déplaire au chef...

Vous n'avez pas vraiment répondu à la question ! Êtes-vous soutenu au sein de l’appareil politique de votre formation ?

Demandez-le à l'appareil ! Je me sens tout de même soutenu. Vous savez, le MR c'est ma famille politique et, comme dans toutes les familles, ce n'est pas simple. C'est vrai que cela n'a jamais été simple pour moi au MR mais ça fait quand même 20 ans que j'y suis. Quand j'ai critiqué l'état de la Wallonie, les libéraux qui avaient géré cette Région auparavant n'ont pas été très contents. Quand, en 2004, avec Anne-Marie Lizin, nous avons proposé d'interdire le voile à l'école, ça n'a pas été facile au sein du parti. Pourtant, six ans plus tard, c'est devenu la position du MR. J'essaie d'être un précurseur, d’ouvrir des chantiers, de lancer des pistes et d'agir en fonction de mes convictions. Le tout, dans l'intérêt du pays et de nos Régions.

Ne vous reconnaissez-vous pas davantage dans des formations comme le Parti populaire ou La Droite que dans le MR ?

Non ! En Belgique francophone, on a un vrai problème de pluralisme politique et une vraie difficulté à accepter qu'on puisse être d'une droite tout à fait classique. Tout ce que j'ai dit depuis 20 ans, vous pouvez le retrouver d'une façon ou d'une autre dans les discours de Cameron, Sarkozy, Merkel, Juppé, Rajoy... Je n'ai jamais rien dit qui va au-delà de ce qu'ils ont pu dire. Mais en Belgique, être de droite, ça ne passe pas. On a cette tradition de se présenter comme "au centre". En plus, à cause du régime de coalitions, on refuse les alternances gauche-droite. On a aussi un vrai problème de pluralisme de la presse, qui est positionnée à gauche ou au centre. On ne trouve pas les équivalents français du Figaro, de Causeur, Valeurs actuelles... Je n'aurais aucun problème si je faisais de la politique en Flandre ou en France, on considérerait mon discours comme tout à fait normal.

Vous vous sentez attaqué personnellement ?

En Belgique francophone, mon discours est diabolisé, ostracisé. On s'attaque toujours à ma personne et on discute très rarement mes idées. Récemment, un hebdomadaire belge m'a qualifié de "furoncle". Le journaliste se rend-il compte qu'un furoncle, on ne peut que l'éliminer ? Se rend-il compte que c'est le langage qu'utilisaient les nazis à l'égard des Juifs ? Je suis victime d'une violence hallucinante dans les titres, dans les articles. Or, je ne suis pas du tout celui que l'on décrit ! Je dois pourtant vivre avec cette situation puisqu'une grande partie de la presse n'est pas prête à accepter qu'on tienne un discours de droite classique en Belgique. Cela déteint sur les partis politiques et donc sur le MR, parce que le MR doit aussi tenir compte du fait qu'il n'y a pas de média de droite et qu'un tel discours risquerait d'ostraciser certains membres voire l'ensemble du parti.


Votre clash avec François Schepmans au bureau du parti semble démontrer qu’il y a une fracture au sein du MR sur les questions communautaristes et les accommodements raisonnables ?

Je regrette que nos échanges soient sortis dans la presse. Le but était d'avoir un débat interne. Mais la politique du MR sur ces questions est assez claire : refus total des accommodements raisonnables et principe de la neutralité de l'Etat. J'ai juste voulu rappeler que la loi doit s'appliquer aussi à Molenbeek.

Vous avez toujours été très dur avec Philippe Moureaux et son héritage. Molenbeek sous Schepmans ou Moureaux, c’est la même politique "trop permissive" à vos yeux ?

Clairement non ! A cause de la pression d'une partie de la population, de la présence - excusez-moi de le rappeler - d'un très grand nombre d'islamistes - et je ne parle même pas des radicaux - il y a une pression qui pourrait faire que finalement des accommodements raisonnables se mettent progressivement en place. Et n'oublions pas la pression des partenaires de majorité, comme Sarah Turine, avec son obsession de voir des islamophobes partout. En plein ramadan et en pleine période post-attentats, elle organise un colloque sur l'islamophobie... Il faudrait plutôt réaffirmer les valeurs communes, dire à toute une partie de la population de Molenbeek "vous savez, vous n'allez pas dans la bonne direction". Au lieu de cela, elle les renforce dans leurs préjugés et dans leurs croyances qu'ils sont victimes de racisme. Un autre échevin de cette majorité me disait que lors de la rupture du ramadan, il n'y a personne dans les écoles de Molenbeek et que ça a toujours été comme ça !

Le MR doit-il durcir son discours sur les questions d’intégration ou d’accommodements raisonnables ?

Oui ! Au MR, le spectre politique est assez large. Sur un certain nombre de points, je souhaiterais que le MR ait une position plus dure, et pas seulement sur les questions liées à l'immigration. Aussi sur les questions économiques et sociales. Par exemple, j'aimerais que les syndicats aient la personnalité juridique, que les dépenses sociales par rapport au PIB qui sont dans le top 3 européen diminuent en Belgique.

Soutenez-vous Bart De Wever dans ses critiques virulentes à l'égard de Marc Goblet, le secrétaire général de la FGTB ?

Marc Goblet, c'est une caricature d'un syndicalisme totalement anachronique et dépassé. Ce qui me frappe, c'est le caractère de plus en plus antidémocratique de nos syndicats. Ils veulent renverser le gouvernement et ils le font à partir d'une légitimité contestable. Je suis très choqué par ces votes à main levée pour décider d'une grève. On a même vu des images où l'on sépare les grévistes des non grévistes, ce qui montre la pression terrible sur les personnes qui souhaitent travailler. En Europe, il y a un syndicalisme du Nord, qui est responsable, qui défend les travailleurs mais qui se mêle peu des politique. Au Sud, par contre, on rencontre un syndicalisme politisé, militant. C'est celui-là qu'on a en Wallonie. On joue vraiment avec le feu en terme de séparatisme et de conflits entre le Nord et le Sud du pays.

Quelle est votre analyse du Brexit ?

Les Anglais ont tranché. J’observe que c'est le thème de l'immigration qui s'est imposé comme dominant tout au long de cette campagne électorale, comme cela avait été le cas en Autriche. Un peu partout en Europe les peuples appellent les politiques à "réduire et mieux contrôler l’immigration". Personnellement, je trouve que le refus de trop de dirigeants européens "dits raisonnables" d'entendre ce cri assez désespéré entraîne un peu partout la montée des extrêmes. Quand comprendront-ils le message ? L'empire romain aura duré 500 ans, et même 1500 dans sa version byzantine. Le déclin de l'Union européenne commence après 59 ans à peine. Et cela me rend triste.


Entretien: Dorian de Meeûs & Jonas Legge