Dewael: "Les francophones sont responsables de la montée de la N-VA"

Dorian de Meeûs Publié le - Mis à jour le

Exclusif
Politique belge La 6ème réforme de l'état... et après? BHV, la montée de la N-VA, la présidence De Croo, les mauvais sondages pour les libéraux flamands,... Patrick Dewael, chef de groupe Open VLD à la Chambre et ancien ministre-président flamand, est l'Invité du samedi de LaLibre.be.

 

Le premier volet de la 6ème réforme de l’Etat est derrière nous, avec comme symbole la "scission de BHV". Est-on pour autant définitivement débarrassé des conflits communautaires autour de cet arrondissement ?

Dans l’application de la loi, je pense qu’on n’est pas à l’abri de procédures menées par certains citoyens ici et là. On ne pourra jamais définitivement exclure ce type de réactions. Mais globalement, il y a clairement un soulagement et je pense qu’on se dirige vers une période de pacification communautaire dans le pays. Du moins, si le 2ème volet de la réforme est mené de manière constructive.

Wouter Beke (CD&V) évoque déjà la 7ème réforme de l’Etat. Vous aussi ?

Effectivement, au-delà de BHV, notre pays – comme tous les Etats – doit adapter ses structures politiques de manière permanente afin d’assurer une bonne gestion de l’Etat. Dans des pays sans conflits communautaires, on discute aussi des réformes des institutions. Il faut les rendre modernes et efficaces. Exemple : en Flandre, à l’avenir, on envisagera de revoir le rôle et les compétences des provinces. Ne faut-il pas les adapter? Ca n’a rien de communautaire. Le problème, c’est que dans notre pays on croit toujours que les réformes de l’Etat ne sont liées qu’aux incidents entre Flamands et Wallons.

Des réformes "purement communautaires", c’est tout de même ce qu’on a vécu chez nous.

Oui, par le passé... parfois. Mais c’est une erreur. Nous devons avoir la maturité pour comprendre qu’une réforme de l’Etat peut adapter les structures politiques sans pour autant avoir une dimension communautaire.

On a le sentiment que les partis traditionnels flamands ne cessent de courir après la N-VA. N’est-ce pas courir à leur perte, car l’électeur préfère souvent l’original à la copie ?

Non, vous vous trompez selon moi. Si nous "courions après la N-VA", la signature du Roi n’aurait pas eu lieu jeudi dernier. Quand la N-VA a refusé de poursuivre les négociations, nous avons poursuivi celles-ci.

Le CD&V reconnaît une partie de sa responsabilité dans le succès de la N-VA. Vous aussi ?

Cela n’est pas suffisamment mis en lumière, mais rappelez-vous qu’en 2007, les francophones ne voulaient pas du tout discuter d’une grande réforme. Même certains politiciens francophones – tels que M. Moureaux – estimaient qu’il n’était pas très intelligent de ne pas vouloir entendre les demandes flamandes. On a trop longtemps dit "Neen" ou "Non", ce qui a aggravé la crise de part et d’autre. Avec ce conservatisme, les francophones sont les principaux responsables de la montée de la N-VA. Le refus de négocier a alimenté très fortement la N-VA. Ce parti a profité d’un sentiment – parfois juste – que les mesures nécessaires étaient bloquées par les francophones.

A vous entendre, les francophones sont responsables du succès de la N-VA en Flandre ?

Evidemment ! La N-VA constate les échecs et les besoins... et précise que c’est impossible, car les francophones n’en veulent pas. Et dans ce schéma, les membre de ce parti présentent le PS comme le principal responsable des blocages. Le succès qu’on a maintenant, c’est qu’on a des réformes de l’emploi, des pensions, et autres. C’est tard, mais très utile pour rester compétitif en Europe. Le discours de la N-VA est exagéré car, en Flandre, les impôts augmentent avec l’accord de ce parti et ce n’est pas la faute du PS. Mais c’est ce qu’ils racontent. Donc oui, la N-VA s’alimente grâce au sentiment qu’elle propage en affirmant que les francophones bloquent de nombreuses réformes.

M. Dewael, êtes-vous un confédéraliste ?

Och!, je n’ai en réalité aucun problème avec cette notion, mais il y a plus important que des symboles. Le vrai confédéralisme, ce sont des états indépendants qui regardent ce qu’ils peuvent faire ensemble. Chez nous, on développe plutôt le fédéralisme. Je suis pour une approche confédéraliste dans laquelle on regarde ce qu’on veut continuer à faire ensemble et ce qu’on ferait mieux de faire indépendamment. Soyons clairs, avec la réforme actuelle, il n’y a aucun autre état fédéral ou confédéral dans le monde où les entités fédérées ont autant de compétences qu’en Belgique. C’est donc une discussion sur des symboles.

Vous avez accusé la N-VA d’être une nouvelle plateforme pour l’extrême droite. C’est votre stratégie de reconquête de ses électeurs ?

Vous voyez de la stratégie électoraliste partout (rires). Dans toute ma carrière politique, j’ai toujours combattu très fermement l’extrême droite. Lorsque j’étais ministre-président flamand, en 2001, j’avais déjà écrit un livre pour dire à quel point il était dangereux de minimiser ou marginaliser le Vlaams Blok. J’avais déjà dénoncé certaines méthodes "fascistes". J’ai toujours combattu tous les extrémistes, ce n’est pas nouveau. Donc, quand je vois qu’ils peuvent entrer à la N-VA sans problème, et bien, cela m’inquiète et je le dénonce. L’extrémisme est un poison. Une fois qu’il est en vous, vous ne pouvez vous en défaire ! Ma démarche est personnelle, sans stratégie de parti.

L’extrême droite n’est-elle pas dans les racines de la N-VA ?

Non, l’origine de ce parti (Volksunie) avait des idées très radicales, mais ses membres étaient parfois centristes, et pas du tout extrémistes ! Je constate par contre que ce parti devient de plus en plus extrémiste avec l’arrivée des candidats Vlaams Belang. Sur des sujets tels que l’asile et l’immigration, au Parlement, il y a de moins en moins de différences entre les positions de la N-VA et celles du Vlaams Belang. Je pense que la N-VA va aussi devoir spécifier si elle est "oui" ou "non" séparatiste. Il faut que les Flamands le sachent, sans ambiguïté.

Avec 10% d’intentions de vote, l’Open VLD a-t-il encore du poids ?

Moins qu’avant. Mais les Flamands peuvent constater toutes les réformes faites et les résultats concrets des mesures prises. Ils pourront faire un choix entre ceux qui agissent et ceux qui bloquent la situation et la laissent pourrir. Les citoyens ne votent pas pour les politiciens qui se mettent sur le côté sans solutions actives. Je pense que cela deviendra de plus en plus clair d’ici 2014. Et l’Open VLD devrait en bénéficier.

Que pensez-vous du bilan d’Alexander De Croo à la tête du parti, où il est parfois critiqué en interne?

Je ne fais pas partie de ceux qui partagent publiquement des observations qu’ils feraient mieux de faire en interne. Je fais cela en interne.

C’est le signe que votre opinion n’est pas très favorable...

Pas du tout. Ai-je dit cela ? Je dis simplement : si j’ai des remarques à faire, je les fais en interne. Nous sommes une équipe et devons en garder l’esprit.

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