Politique belge

Au PS liégeois, plusieurs pointures ont avalé leur café de travers jeudi, lorsqu’ils ont découvert les propos de Laurette Onkelinx. A la VRT, la cheffe de groupe du PS à la Chambre a retapé sur le clou Publifin après la sortie du président Di Rupo, quelques heures avant, sur Bel-RTL. Mais elle est allée un cran plus loin… Elio Di Rupo réclamait un durcissement des règles d’éthique politique, en passant notamment par une interdiction du cumul des fonctions de bourgmestre avec la direction d’une entreprise fonctionnant avec des capitaux publics. Une façon détournée de demander à Stéphane Moreau, bourgmestre d’Ans et CEO de Nethys, de choisir entre les deux postes.

"Un pas de côté"

Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS, a porté un coup plus dur à Stéphane Moreau (qui, sous la pression sans doute, a fait un malaise cardiaque mercredi). Pour Onkelinx, le patron de Nethys et bourgmestre d’Ans doit faire "un pas de côté" en raison du scandale Publifin, le holding public liégeois dont Nethys (Voo, Be TV, L’Avenir…) est une société opérationnelle. L’ex-Liégeoise, installée officiellement à Schaerbeek, évoquait aussi la réputation des militants et mandataires "q ui se battent par idéal mais sont salis parce que quelques-uns profitent d’un système".

Le "Win for Life" de Moreau

Au PS, on s’était manifestement concerté puisque, jeudi soir, sur la RTBF, c’était au tour de Paul Magnette de critiquer vertement le patron de Nethys : "Un mandat public, ce n’est pas un Win for Life", a-t-il balancé. Paul Magnette a également affirmé vouloir élaborer des "règles d’incompatibilité là où il y a des risques de conflits d’intérêts, qui vaudront pour tout le monde, pour aujourd’hui et pour demain. Quand on aura voté cette règle, et je ferai en sorte qu’elle soit votée, (Stéphane Moreau) devra en tirer les conclusions. Soit il ne sera plus bourgmestre, soit il ne sera plus patron de Nethys."

Di Rupo, Onkelinx, Magnette… L’attaque était frontale, bien organisée. La mire était réglée en plein sur Liège et le "club des cinq" qui cadenasse le pouvoir politique local : Willy Demeyer, Stéphane Moreau, André Gilles, Alain Mathot et Jean-Claude Marcourt. Dans la Principauté, des observateurs socialistes jugent durement ces "sorties" médiatiques. "En tout cas, les vœux de la Fédération liégeoise du PS samedi matin, à Seraing, en vaudront la peine : Elio Di Rupo sera présent...", ironise l’un d’entre eux. On devrait en effet y reparler du dossier Publifin et du sort de Stéphane Moreau.

"On n’est plus avant la Révolution française…"

Au PS liégeois, on s’en tient aux seuls propos d’Elio Di Rupo. A terme, Stéphane Moreau devra choisir entre Ans et Nethys lorsque la base légale interdisant le cumul des fonctions exécutives locales et la direction d’une société à capitaux publics aura été adoptée. "Nous ne sommes plus avant la Révolution française où l’on décidait de règles applicables à une seule personne. On décide désormais de règles à portée générale", nous glisse-t-on. Par ailleurs, la situation actuelle du mandataire liégeois est parfaitement légale, rappelle encore un fin connaisseur du PS.

Reste que l’analyse va plus loin que le cas Publifin. Elle pointe aussi les divisions internes au PS. Entre le PS wallon et le PS bruxellois, entre les bassins industriels liégeois et carolo… Au PS, la Fédération liégeoise, très puissante, a toujours agacé par sa volonté de décider par elle-même, en dépit des injonctions venues du boulevard de l’Empereur. Et c’est particulièrement vrai du savant montage qui a permis à Publifin/Nethys d’émerger à partir d’intercommunales et de mener ensuite une politique offensive en matière de télécoms et de médias à partir de la Cité ardente.