Politique belge Didier Reynders, informateur royal de son état, a de bonnes chances de le rester encore un peu. L'ex-président de MR doit se rendre cet après-midi auprès d'Albert II afin de remettre son rapport, fruit de deux semaines de consultations. Côté francophone, on estime largement que c’est parce qu’il n’a encore rien rangé dans ses valises, pas l’ébauche d’un accord sur quoi que ce soit. L’aéronef de Royal Air Reynders volerait-il les soutes vides ? Nous y reviendrons. Car si Didier Reynders a besoin de temps, c’est aussi pour arbitrer une pièce de théâtre qui se joue principalement en Flandre. La question que l’on estime devoir trancher ici : qui doit-on mettre autour de la table ?

Hier, la réunion Reynders/De Wever/Di Rupo a été longue. Les trois responsables ont convenu de ne rien dire sur le contenu de leurs discussions. Mais aucune forme de coalition ne semble s’imposer à ce stade. "Les partis flamands veulent un accord institutionnel avant de former un gouvernement, alors pourquoi commencer par la coalition ?", se demande un perplexe par rapport à la méthode Reynders. C’est qu’au Nord, une pression maximale est exercée par les libéraux flamands et la N-VA afin que le CD&V décroche et accepte de mettre de côté le SP.A et Groen ! Or, jusqu’ici, cette pression est sans effet sur le parti tricéphale qu’est à présent le CD&V. Son président, Wouter Beke est coincé entre un Kris Peeters qui refuse que l’Open VLD puisse - un jour - remplacer le SP.A au sein de son Exécutif flamand. De l’autre côté, Beke doit composer avec un Yves Leterme qui engrange des points en restant Premier ministre démissionnaire. Il tient visiblement à rester encore quelque temps comme Premier en affaires courantes. "S’il réussi a faire un budget, c’est banco pour lui et sa popularité", se moque un de ses collègues du gouvernement. Au CD&V, on renvoie la balle au MR et à la N-VA : "C’est à ces deux partis de d’abord trouver un accord - notamment sur BHV - avant de nous mettre la pression", se défend-on. Ailleurs chez les démocrates chrétiens flamands, le scepticisme gagne : "Reynders est un peu comme en avril dernier, il n’a toujours rien comme accord entre les mains". Reste que personne n’imagine une coalition avec cinq partis côté flamand (N-VA, CD&V, Open VLD, SP.A et Groen !). "C’est inimaginable, glisse un président de parti flamand". Côté francophone, la décision de procéder à un lâchage en bonne et due forme d’Ecolo ne semble pas non plus à l’ordre du jour. Mais pour le CDH, Francis Delpérée a rappelé hier que les partis francophones n’ont pas à décider du choix des partenaires flamands. C’est l’usage d’accord mais le PS fera tout pour maintenir le SP.A à bord.

On sait que le rapport de l’informateur tournera tout de même autour des trois axes dressés par le Roi : BHV, la réforme de l’Etat et la loi de financement. Il apparaît qu’une volonté de négocier est bien présente au sein de toutes les formations, ce qui plaide pour une prolongation de la mission de Reynders - avec le titre de négociateur ? - afin de lui permettre de creuser les dossiers. Mais, pointe une déception chez les francophones. "Il n’a rien sur BHV et a surtout réussi à remettre la N-VA au milieu de l’échiquier", lance-t-on. On répète qu’il est volontiers sorti du rôle défini par le Roi, qu’il perd son temps à chercher une coalition et qu’il peut difficilement obtenir quoi que ce soit sur BHV avec le FDF dans le dos. "Il découvre ce que tout le monde savait, que ce sera compliqué", lance un observateur.