Politique belge

Le président du cdH, Benoît Lutgen, a dénoncé mardi le "populisme" d'Ecolo dans l'affaire relative au décès d'une fillette kurde lors de l'interception par la police d'une camionnette transportant des migrants.

"Quand, par rapport au drame qui a coûté la vie à la petite Mawda, on balance des tweets émotionnels sans le moindre recul et sans connaître les circonstances précises du drame, c'est insupportable. Cette forme d'immédiateté dans le jugement est une forme de populisme vert qui s'est développé ces derniers mois", a-t-il déclaré lors d'un entretien avec le quotidien Le Soir.

Sur le réseau social Twitter, la co-présidente d'Ecolo Zakia Khattabi avait estimé que le décès de la fillette était "le résultat de la fuite en avant d'une politique de plus en plus répressive", ajoutant que la responsabilité politique du gouvernement était clairement engagée. (Plus de détails ici)

"Je ne veux pas opposer comme l'a fait Zakia Khattabi les migrants aux policiers. C'est de la récupération politique et je trouve cela indigne", a encore fustigé mardi matin le président du cdH sur les ondes de Bel-RTL.

Les propos forts de M. Lutgen pourraient vraisemblablement aussi s'appliquer au vice-président de sa propre formation, Hamza Fassi Fihri. Ce dernier estimait en effet vendredi dernier, sur sa page Facebook, que la fillette décédée était la "petite victime de la politique 'd'asile' inhumaine du gouvernement".


Frederic Daerden (PS): "La mise en place d'une commission d'enquête parlementaire est prématurée"

La mise en place d'une commission d'enquête parlementaire pour faire la lumière sur les circonstances de la mort jeudi de la fillette kurde Mawda semble une option "prématurée" aux yeux du député fédéral Frederic Daerden (PS).

"J'ai le sentiment que ce n'est pas l'heure de politiser les choses", a-t-il indiqué mardi sur les ondes de la Première.

"C'est avant tout un drame humain avec une victime innocente, de surcroît un enfant. Une enquête sérieuse doit être menée par des professionnels pour dégrossir et voir ce qu'il s'est passé", a estimé le socialiste francophone. "Je ne suis pas sûr que c'est via les parlementaires qu'on puisse avoir des éclaircissements dans une première phase", a-t-il ajouté.

Alors que la co-présidente d'Ecolo Zakia Khattabi a mis en cause la responsabilité du gouvernement dans l'incident qui a conduit à la mort de la fillette, M. Daerden a reconnu "un climat particulier anti-asile en Belgique", tout en estimant que "lier ce contexte avec le drame" lui paraissait "être un raccourci".

Lors de son interview, le député est par ailleurs revenu sur les propos du Premier ministre Charles Michel (MR) qui fustigeait dernièrement une "trumpisation de la gauche francophone".

"Un chef de gouvernement doit être au-dessus de la mêlée et accepter la contestation au niveau du parlement fédéral", a jugé l'élu PS, d'après qui la trumpisation est plutôt "parfois dans le gouvernement". A ce propos, il a rappelé que le quotidien New York Times avait récemment qualifié le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration, Theo Francken (N-VA), de "Trump flamand".


Le sp.a attend les conclusions de l'enquête du Comité P

Le sp.a attend les conclusions de l'enquête du Comité P avant de se prononcer sur l'opportunité de mettre en place une commission d'enquête parlementaire sur le décès de Mawda.

Les avocats des parents de la victime ont réclamé lundi une commission d'enquête parlementaire indépendante, en parallèle à l'enquête judiciaire et celle du Comité P.

Selon les parents, le tir mortel provenait d'une voiture de police qui roulait à gauche de la camionnette. La balle aurait manqué le chauffeur pour finalement atteindre la fillette de deux ans.

Les socialistes flamands, dans l'opposition, prennent l'affaire "très au sérieux", a indiqué un porte-parole du parti. Le sp.a ne demande toutefois pas pour l'instant de commission d'enquête parlementaire, dans l'attente des conclusions du Comité P.


Un nouveau rassemblement devant le palais de Justice à Bruxelles

Un nouveau rassemblement est prévu mercredi après-midi devant le palais de Justice à Bruxelles, pour protester contre le décès de la petite Mawda la semaine dernière. De 17h30 à 19h30, la Coordination Semira Adamu convie les manifestants à apporter un vêtement d'enfant qu'ils pendront à une corde à linge "en signe de deuil et de protestation". "Le meurtre de Mawda a été rendu possible par la politique d'immigration de l'Europe appliquée par le gouvernement Michel. Et c'est la même politique, et l'idéologie nauséabonde qui la sous-tend qui, il y a 20 ans, avait rendu possible le meurtre de Sémira Adamu", écrit le collectif sur la page de l'événement Facebook qui compte près de 700 participants et 1.500 personnes intéressées. Le rassemblement sera suivi de 22h00 à 23h00 d'une veillée aux flambeaux.

Deux rassemblements ont déjà eu lieu depuis l'accident: vendredi soir, le MRAX (Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie) a mobilisé plusieurs centaines de personnes à Bruxelles et, lundi soir, le comité Migrations Libres a organisé un rassemblement à Liège.

L'enfant de deux ans a reçu une balle dans la joue alors qu'elle était dans une camionnette prise en chasse par la police sur la E42 entre Namur et Mons dan la nuit de mercredi à jeudi. Le véhicule qui transportait 30 migrants d'origine Kurde, a tenté de provoquer des accidents sur sa route avant d'être immobilisé par des tirs des forces de l'ordre.

Il y a 20 ans, en 1998, Semira Adamu, jeune réfugiée nigériane de 20 ans, est décédée par asphyxie au cours d'une intervention musclée de gendarmes belges lors de son expulsion.