Du "bac à sable" à l’homme d’Etat

Ambiance, Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

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Politique belge

Que ce soit dans l’hémicycle ou dans les tribunes, le débat sur B-H-V n’a pas fait le plein malgré d’indéniables efforts d’une flopée d’orateurs venus dire tout le mal qu’ils pensaient de la scission. Un groupe très restreint se limitant aux "frères ennemis" de la N-VA et du Belang, du côté flamand et aux FDF de l’autre, le MLD solitaire ne comptant pas faute d’une ligne politique claire. De l’autre côté, les porte-parole francophones et néerlandophones des trois familles traditionnelles et des écologistes se sont efforcés de présenter l’accord non pas comme la huitième merveille du monde mais comme une nécessité. Comme l’a dit Patrick Dewael (Open VLD) : "Nous avons pris nos responsabilités et conclu un compromis qui permet de sortir du blocage et de s’occuper enfin des problèmes socio-économiques".

Bref, ceux qui s’attendaient à des interventions de haute stature intellectuelle comme lors de chaque grande réforme de l’Etat sont restés sur leur faim. Sauf lorsque Elio Di Rupo est monté à la tribune dans la veine du père Eyskens en 1970 ou des Martens à répétition des années septante et quatre-vingts... C’est que les opposants ont fait dans le lourd. Dès jeudi matin, Ben Weyts, député N-VA de Beersel a échauffé les esprits en clamant que "la scission de B-H-V, une revendication flamande de longue date, ne demandait qu’un seul petit texte" mais "le paquet soumis au parlement compte 16 textes dont 15 sont des concessions aux francophones". Un peu marseillais le Beerselois... En contraste à cela dans l’après-midi, nous sommes tombés dans un salon de la Chambre sur Siegfried Bracke, autre tenor nationaliste qui nous avoua que toute cette agitation n’avait guère de sens. Oui, il fallait scinder B-H-V mais depuis que comme élu il arpente la Flandre de long en large il n’a jamais été interpellé sur le dossier. L’important pour Bracke et pour les Flamands ? "Ce sont les gros sous, l’avenir économique et leur devenir qui interpellent les citoyens... "

Pendant ce temps dans l’hémicycle, une de ses collègues s’époumonait à descendre la communauté urbaine au bazooka, citant certaines prises de position francophones. Plutôt placide, le secrétaire d’Etat Servais Verherstraeten qui est, comme son alter ego Wathelet, le chien de garde des projets institutionnels n’a pu s’empêcher de clamer que "seuls les textes qu’on votera ce vendredi comptent, pas tout ce qu’on dit ou écrit sur leur sujet !"

La tension remonta d’un cran lors de l’intervention de Damien Thiéry (FDF) qui ne croit pas à la pacification. "Du reste, qui accompagnait les manifestants du Tak et du Vlaamse Volksbeweging lundi chez moi à Linkebeek ? Rien moins que Ben Weyts". C’est cependant avec un autre député périphérique, l’Open VLD Luc Van Biesen que le maïeur FDF jamais nommé bien que largement élu croisa le fer jusqu’à préciser qu’il connaîtrait mieux la situation de Kraainem s’il y habitait réellement... De fait l’élu bleu vit à Zemst. Sa réponse ne fut pas du plus haut niveau : il répliqua par un doigt d’honneur au député FDF qui lui, emporté dans son discours, parla de "race flamande". Mais on se doit de préciser que Thiéry a vite présenté ses excuses. En contraste avec ce qu’un collègue de la radio traita à la salle de presse de "propos de bac à sable", l’on citera le Premier ministre qui en fin de débat rappela le point de vue gouvernemental.

Pour Elio Di Rupo, la scission de B-H-V a permis de "rencontrer une des plus grandes revendications flamandes". Il remercia les partis flamands qui s’y sont associés mais salua aussi "le sens de l’Etat du MR, du CDH, d’Ecolo et du PS qui ont pris leurs responsabilités pour la stabilité du pays". Un courage qui "sert in fine tous les citoyens et toutes les entreprises de nos trois régions". M. Di Rupo ajouta qu’"il y en a qui parlent mais qu’il y en a aussi qui agissent et 8 partis ont cherché des solutions dans des circonstances très difficiles". L’on peut désormais aller vers "une Belgique plus moderne avec un Etat fédéral plus efficace mais aussi des régions et des communautés plus fortes". Car "pour la plupart de nos citoyens, la Belgique a encore un sens". Et de situer le vote de ce vendredi "sous le triple signe du changement, de l’espoir et de la confiance..."

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