Ecolo, N-VA, ça coopère

M.Bu. et S.Vt. Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Mais où est le problème ? C’est avec un air faussement débonnaire que les généraux Ecolo ont répliqué, lundi, à cette information : oui, Groen ! et Ecolo forment bien un groupe commun avec la N-VA au Parlement européen. Ceci, insistent-ils, n’est pas un scoop, cela date de l’année dernière. N’empêche : avec le ramdam que font les verts autour de leur modération communautaire et leur hostilité répétée sur tous les tons aux thèses nationalistes flamandes de la N-VA, l’histoire est cocasse

"J’étais archi-contre l’arrivée de Frieda Brepoels (parlementaire N-VA, NdlR) dans notre groupe, mais j’ai été minorisée", dit d’emblée l’eurodéputée Isabelle Durant. "On m’a dit : ce sont vos problèmes purement belgo-belges, cela ne nous intéresse pas au plan européen. Nous avons donc entériné son arrivée". Frida Brepoels est eurodéputée depuis 2004 mais, avec le CD&V et le CDH, elle siégeait au Parti populaire européen (PPE), qui regroupe démocrates-chrétiens et conservateurs. Dans la foulée de l’explosion du cartel CD&V/N-VA et de la disparition des héritiers de Spirit, l’Alliance libre européenne (ALE), composée d’élus régionalistes, a accueilli Frida Brepoels dans ses rangs en 2009.

A l’issue des élections, Verts et ALE ont négocié la reconduction de leur alliance technique et politique, conclue pour la première fois en 1999, et le cas Brepoels a fait bondir chez Ecolo. "J’en ai parlé avec Jean-Michel Javaux et Marcel Cheron, mais on ne pouvait rien faire", ajoute Isabelle Durant. Frieda Brepoels bénéficiait notamment de l’appui d’un Groen! assez influent: Bart Staes, ex-membre de la Volksunie, dont la députée N-VA était elle-même membre. Et les liens demeurent forts entre ceux qui ont fait partie de ce mouvement politique flamand - peu importe où ils officient aujourd’hui. "Bart a beaucoup insisté et Isabelle a beaucoup résisté", se souvient une source verte. "Je n’ai pas insisté", reprend l’eurodéputé Groen!, "je comprenais les préoccupations d’Isabelle, mais j’ai réexpliqué les règles que moi-même j’avais négociées en 1999". Dans les rangs régionalistes, on se fait tout aussi clair : "L’accord que nous avons conclu en 1999 prévoit que nos arrangements internes ne concernent que nous. Les Verts n’ont pas de droit de veto sur notre composition et nous n’avons pas de droit de veto sur la leur. Nous nous faisons confiance" . La direction des Verts a donc entériné la reconduction de l’accord avec l’ALE. "Dany (Cohn-Bendit, coprésident du groupe Verts/ALE, NdlR) ne voyait d’ailleurs pas où était le problème : Frida Brepoels ressemble aux autres régionalistes avec lesquels on travaille très bien", rapporte une interlocutrice verte. L’enjeu n’était de surcroît pas anodin puisque, dit-on chez les écologistes, rejeter Frida Brepoels revenait à mettre en péril la reconduction de l’accord avec l’ALE et, partant, le poids du groupe (55 membres) au Parlement dans son ensemble. L’ALE y compte aujourd’hui sept députés, dont un Ecossais, un Corse, un Catalan et une Lettone.

A la N-VA, on balaie les critiques sur ce groupe commun européen d’un revers de la main - alors que Bart De Wever est toujours prompt à railler les positions défendues par les verts - : "Vous savez, nous aimons tellement nos amis d’Ecolo et de Groen!" Rappel, les verts flamands ont repris en leur sein certains membres de l’aile gauche de l’ex-Volksunie avec à leur tête Geert Lambert. Celui-ci, membre de Spirit en 2005, est souvent dépeint comme le responsable de l’échec des négociations communautaires de 2005. A l’époque, Guy Verhofstadt était parvenu à une ébauche d’accord pour résoudre la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde et c’est Spirit qui avait posé son veto.

Pour l’heure, au Parlement européen, Ecolo fait contre mauvaise fortune bon coeur et assume ce banc commun avec la N-VA. "Une différence majeure entre nous, note l’eurodéputé Philippe Lamberts, c’est le fédéralisme et les solidarités. La N-VA a une dynamique centrifuge, alors que nous sommes partisans de solidarités renforcées. Sur le plan socio-économique, la N-VA vote plus à droite que les écologistes. Mais si Frida Brepoels n’est pas gênée aux entournures d’être dans un groupe fédéraliste et progressiste, c’est son affaire. La question sur ce qu’elle fait là n’est pas pour nous, mais pour son électorat." D’ailleurs, enchérit Isabelle Durant, "au niveau européen, avec Frida Brepoels, il y a zéro problème, même si, sur le terrain belge, nous sommes à des mondes l’une de l’autre".

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