Edito: grandeur et servitudes

Paul Piret Publié le - Mis à jour le

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Politique belge

Le sens de la grandeur a essentiellement habité Guy Spitaels. Il lui était chevillé à l’esprit, au cœur, au corps. Il hantait ses convictions, ses valeurs, son action. Il soutint son érudition, son souffle, son autorité.

Le défunt put même en abuser, par coquetterie ou par hantise d’en imposer. Reste que cette envergure aura bien servi la collectivité autant que ses ambitions. Dans les crises socio-économiques d’après les années dites glorieuses. Dans les premières réformes de l’Etat quand tant de décideurs et citoyens n’en ressentaient encore le besoin ni l’urgence. Dans son accession à la présidence du gouvernement wallon en un temps où "descendre" à Namur faisait encore office de pénitence. Autant de gestes et moments insignes de maturité, sinon fondateurs.

Pourtant, la grandeur ne met jamais à l’abri des faiblesses - il en eut bien sûr, ainsi dans ses difficultés à appréhender les sensibilités qui n’étaient pas les siennes, ou à pressentir et anticiper les enjeux et défis d’une autre culture politique. Pas plus qu’elle ne le préserva de déconvenues jusqu’à une condamnation - même si sa vérité à lui ne rejoignit jamais celle de la Justice. Pas plus qu’elle ne le protégea de désillusions - il les exprima, en pleine impéritie de 2010-2011, à la fois sur l’avenir "incertain" de la Belgique et sur "le fatras d’institutions" voire l’insuffisance d’alternance politique ( !) nuisant à la crédibilité wallonne.

Eût-il reconnu ceux-ci en temps utile, son héritage serait peut-être plus incontestable encore Mais dans l’état, dans cet Etat, comment ne pas saluer un format rarissime ?

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