Élections 2014: le casting pour le 16 rue de la Loi

F.C. et V.R. Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Noeud pap’ en vue au 16

Elio Di Rupo... C’est lui qui a le plus de chance d’être le prochain Premier ministre. D’abord parce que les Flamands ne peuvent pas aligner réellement de candidats au 16. Mais aussi, tout simplement, parce qu’il a réussi à se rendre populaire même en Flandre. Et que, constituer un gouvernement où il ne serait pas reconduit dans ses fonctions malgré la présence du PS dans une prochaine coalition, serait une humiliation presque inimaginable.

En tout cas, chez les socialistes, le gouvernement Di Rupo II est bien l’objectif. Le boulevard de l’Empereur fait tout pour, grâce à une communication bien pensée. La stratégie est la suivante : préserver l’image d’Elio à tout prix, lui éviter les coups, éviter qu’il doive en donner, et charger d’autres au sein du parti de frapper à gauche pendant la campagne.

D’autres seront de gauche pour lui

D’autres ? Oui, à commencer à Paul Magnette, le président du PS, qui manie la doctrine socialiste comme un virtuose et sait rassurer par la même occasion le militant de base. Au fédéral, Laurette Onkelinx et Jean-Pascal Labille tiennent la barre à gauche pour leur Premier ministre qui, lui, se garde bien d’intervenir dans des dossiers aussi idéologiquement étiquetés que la fixation du salaire des patrons de Bpost et de Belgacom. En fin communicateur, Elio Di Rupo, au contraire, va très probablement mener une campagne électorale très soft, afin d’asseoir son statut de sauveur de l’État belge, d’homme d’État qui se sacrifie pour le bien de tous en ayant accepté de devenir Premier ministre. Il va jouer sur le besoin de stabilité politique, sur son côté rassurant, terriblement empathique. Sauf grosse surprise, le nœud papillon devrait s’imposer comme une évidence à la tête d’une nouvelle majorité fédérale en 2014.


Si Elio est "out", Didier est "in’

Et si… Oui, et si le PS était "out" en 2014, qui pourrait remplacer Elio Di Rupo ? Du côté flamand, on ne se bousculerait toujours pas au portillon du 16 rue de la Loi. Dans ce cas, l’autre francophone "premier ministrable" pourrait satisfaire ses appétits : il s’agit bien entendu de Didier Reynders, l’actuel vice-Premier MR qui sent bien qu’il serait capable d’assumer le poste le plus important de la fédération belge. Mais une série de conditions doivent être réunies avant que le ministre des Affaires étrangères hérite du mandat suprême.

Petite fiction politique. Imaginons un scénario pas si improbable que ça : la N-VA mène dans les prochaines semaines une campagne férocement anti-socialiste, elle a d’ailleurs déjà annoncé qu’elle voulait débarquer le PS du gouvernement fédéral. De la sorte, les nationalistes flamands mettraient une pression énorme sur leurs rivaux de l’Open-VLD et du CD&V, tous les deux partenaires des socialistes francophones dans la tripartite traditionnelle de la coalition fédérale actuelle.

Et si l’Open-VLD et le CD&V lâchaient le PS ?

Libéraux et sociaux-chrétiens flamands craignent clairement de perdre des plumes électorales en étant accusés d’être scotchés au PS et d’être prêts à s’écraser face à lui pour rester au pouvoir. Face aux missiles médiatiques que la N-VA ne manquera pas de leur balancer, les deux formations pourraient donc être tentées de prendre leurs distances vis-à-vis des socialistes francophones et de l’actuel Premier ministre. Jusqu’à un point tel qu’un Di Rupo II devienne inimaginable en Flandre. Dans ce cas, qui pourrait faire l’affaire ? Didier Reynders. Encore faut-il que le MR s’en sorte bien électoralement, qu’une majorité éventuelle sans le PS puisse être constituée (syndrome de l’Orange bleue…) ou que le PS accepte d’être encore dans la coalition sans replacer Elio Di Rupo au 16.


Onkelinx, l’aiguillon du PS

Au PS, s’il y a bien quelqu’un qui serait capable de reprendre le 16 à la place d’Elio Di Rupo, c’est Laurette Onkelinx : elle connaît les dossiers mieux que personne, c’est une technicienne, une battante, une femme de convictions de gauche, avec un sacré caractère aussi… Pleine de qualités, quoi, mais qui sont autant de défauts pour devenir la première femme à diriger un exécutif fédéral. En effet, toutes ces caractéristiques qui passent chez certains pour des atouts ne la rendent pas spécialement populaire en Flandre. Trop socialiste, trop francophone, présente depuis très longtemps au pouvoir…

Elle défend la ligne du PS au gouvernement

Non, bien qu’elle en soit capable sur le papier, Laurette Onkelinx, si le PS reste au pouvoir en 2014, rempilera plus volontiers comme vice-Première socialiste. Un rôle qu’elle aime : elle peut défendre au sein de l’exécutif la ligne du parti, elle y coache également les petits nouveaux PS qui découvrent les arcanes complexes de la négociation fédérale : les Paul Magnette, les Jean-Pascal Labille, ont été dans une certaine mesure protégés par Laurette Onkelinx, un peu comme une louve expérimentée protège ses petits tout en leur laissant aussi découvrir et déjouer les difficultés par eux-mêmes.

D’ailleurs, on sent bien que dans la campagne socialiste, la vice-Première va conserver son rôle d’aiguillon PS. Sa sortie récente au bazooka au sujet du salaire du successeur de Didier Bellens, réclamant sur Facebook un salaire "au plancher" pour le futur CEO de Belgacom sans consultation avec ses partenaires au fédéral, en particulier avec les partis flamands, donne le ton pour la suite. Laurette Onkelinx est en quelque sorte le pion sacrifié mais consentant du PS pour le 16.


Le non-candidat Kris Peeters

La "boegbeeld" - littéralement la figure de proue - du CD&V, c’est lui. Kris Peeters sera le visage du parti social-chrétien flamand durant toute la campagne électorale. Il a des arguments à faire valoir. Il dispute avec Bart De Wever le titre d’homme politique le plus populaire de Flandre. Et son autorité dans le parti n’est pas contestée - pas même par celui qui en est le président Wouter Beke. Une autorité qui grandira encore si le résultat électoral du CD&V repasse au-dessus de la barre des 20 %. Or les sondages sont plutôt bons pour le CD&V. Et tout indique que celui que l’on surnomme le Georges Clooney flamand va cartonner.

Pour l’heure, Kris Peeters n’est cependant pas candidat au "16". Il dit ne lorgner que sur un nouveau mandat de ministre-Président en Communauté flamande. C’est d’ailleurs en tête de la liste régionale du CD&V qu’il va au front. " J’ai un bilan à défendre ", commente-t-il.

Mais son désir de reconquête pourrait ne pas être assouvi. Car cette fois, le CD&V ne devrait pas être le premier parti flamand. Selon toute vraisemblance, la N-VA la devancera de loin. Mais si les nationalistes se rendent incontournables au parlement flamand, et c’est loin d’être improbable, ils revendiqueront naturellement le poste de ministre-Président - un poste ouvertement convoité par Geert Bourgeois. Que fera alors Kris Peeters ? Pourrait-il se contenter d’une fonction de ministre dans le gouvernement flamand ? Si l’occasion se présente et si son parti le pousse, ne serait-il pas finalement tenté d’accepter le poste de Premier ministre ? Des voix s’élèvent en tout cas aujourd’hui en Flandre pour dire que le "16, rue de la Loi" doit revenir en Flandre. Et dans ce cas, il a forcément toutes ses chances.


L’improbable Bart De Wever

Dans un autre pays que la Belgique, le président du plus grand parti a toutes les chances d’occuper la fonction de Premier ministre. Mais l’éventualité que Bart De Wever, patron de la N-VA, investisse le 16, rue de la Loi est assez mince. Et pourtant, le soir des élections, il sera probablement encore, comme en 2010, le président du plus grand parti du pays.

Les raisons qui permettent de douter que Bart De Wever soit un jour Premier ministre belge tiennent d’abord à sa propre volonté. Le bourgmestre d’Anvers a toujours déclaré qu’il n’était pas intéressé par la fonction. Ce qui n’étonne guère de la part d’un nationaliste dont l’ambition politique est la fin du pays.

Mais qui sait : Bart De Wever a récemment déclaré que son parti était prêt à participer à un gouvernement fédéral. Cela ouvre le champ des possibles. Encore que Bart De Wever a promis à ses électeurs anversois qu’il resterait bourgmestre en fonction jusqu’à la fin du mandat en 2018. Il ne pourrait donc accéder au poste de Premier ministre fédéral qu’au prix d’un parjure.

Du reste, peut-on vraiment penser que la N-VA participera à la prochaine coalition fédérale ? Les conditions posées à son accession au pouvoir paraissent en tout cas exorbitantes. Et contradictoires. La N-VA entend mener un programme socio-économique "d’urgence", avec des réformes importantes du droit du travail, de la formation des salaires, etc. Un programme qui exclurait de facto le PS. Mais sans le PS, la majorité spéciale est inaccessible. La N-VA devra alors renoncer à une nouvelle réforme de l’Etat. Or cette perspective-là risque de ne jamais être avalisée par les militants de base.


Des outsiders au CD&V

Et si, en fonction des circonstances, le poste de Premier ministre revenait à un second couteau ? Imaginons le scénario suivant : la N-VA gagne son pari. Elle parvient à réunir une majorité autour d’un programme socio-économique musclé sans les socialistes et accepte de mettre ses prétentions institutionnelles sous l’éteignoir. Elle refuse cependant, par conviction, de prendre le poste de Premier ministre et l’offre au CD&V. Le 16, rue de la Loi reviendra alors naturellement à Kris Peeters. Mais si ce dernier maintient son refus de devenir Premier ministre belge, le CD&V devra bien penser à un autre candidat. Même s’il clame depuis des mois qu’il ne vise pas le poste, le parti social-chrétien ne laissera pas filer l’occasion de reprendre son bien. Une question d’habitude. De sens de la propriété. Les sociaux-chrétiens flamands ont livré à la Belgique la plupart des locataires du 16 depuis la seconde guerre.

Mais qui, si ce n’est Kris Peeters ? Trois noms sortent des limbes. Celui du vice-Premier et ministre de la Défense Pieter De Crem. Mais il ne paraît pas être un premier choix pour son parti et, pour l’heure, il voit davantage son avenir du côté de l’Otan. Vient ensuite l’hypothèse Wouter Beke. Le président du CD&V s’est tout doucement imposé à la tête de son parti, il lui a redonné une certaine confiance en lui. Il a le soutien des siens. Et il inspire confiance dans les autres partis. Mais il paraît un peu effacé pour la fonction. Et le parti pourrait estimer qu’il reste indispensable comme président.

Reste alors Koen Geens, l’homme providentiel débusqué par le CD&V pour devenir ministre des Finances. En quelques semaines à peine, il a forgé sa crédibilité et gagné le respect de ses partenaires de gouvernement.

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