Elections communales: un mois pour convaincre

Paul Piret Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Dans chacune des 589 très heureuses communes de notre fort heureux pays, les états-majors politiques locaux, par milliers, n’ont évidemment pas attendu ce 14 septembre pour être d’attaque le 14 octobre. Reste que, à un mois de l’échéance, et passée la trêve estivale, la collectivité entre dans le vif du sujet. Une étape capitale du calendrier préélectoral en fait foi, avec les dépôts des listes ces jours-ci (jusqu’à ce vendredi en Wallonie, ce week-end à Bruxelles et en Flandre).

Bref, toutes les cartes s’étalent sur la table pour tenter de convaincre les citoyens. Il y aurait de quoi. C’est même un solide potentiel de voix qui resterait flottant, à extrapoler notre dernier et "baromètre" Dedicated/Libre/RTBF qui évalue les indécis dans leurs intentions de votes à grosso modo 25 % des sondés. Attention toutefois, le réservoir à capter pourrait être plus modeste quand il s’agit de choix locaux, plus clairs à opérer que pour un scrutin général auquel s’emploie notre sondage.

C’est que, faut-il le rappeler, les élections communales sont celles qui touchent au plus près le citoyen. Qu’on le doive à la configuration du pouvoir local (sa géographie, ses activités, ses relations avec les habitants) ou aux opportunités de contacts avec les mandataires et candidats. Même si elle a décru avec les fusions, même si la complexité croissante de la gestion locale la contrarie, même si elle dépend de la taille très variable de la commune, la proximité reste indissociable du pouvoir local. Dans ses vertus comme dans ses faiblesses lorsque le niveau de certaines listes, certaines manières ou certains débats peut friser le niveau sous-zéro

Priorité donc aux considérations et contingences locales : bilans des sortants et programmes des potentiels rentrants, connivences entre Machins ou comptes réglés entre Trucs, coalitions qui se détricotent et alliances qui se nouent dans la transparence ou - hélas - dans le secret

Place aussi, quoique, paradoxalement, les campagnes électorales ne se prêtent pas au mieux à la réflexion, à des sujets transversaux aux entités communales. Qu’il s’agisse de leur intendance (ainsi de leurs finances avec notamment un débat, encore balbutiant, sur l’obsolescence de la fiscalité immobilière). Qu’il s’agisse de leur structuration (ainsi, du vaste chantier béant sur une supracommunalité plus structurée entre la Région et les communes). Qu’il s’agisse de leurs politiques (ainsi de l’aménagement du territoire, avec l’enjeu sensible et capital de la localisation des nouveaux logements à venir, à doser voire trancher entre densification et dispersion).

Donc, des contraintes politiques communales. Donc, des enjeux spécifiques mais communs aux pouvoirs locaux. Voilà qui n’empêchera pas les communales d’avoir un intérêt extra-local. De six ans en six ans, toujours des cas spécifiques peuvent prendre valeur emblématique; toujours des coalitions à d’autres niveaux peuvent influer des alliances locales, voire parfois celles-ci peser à l’inverse sur la santé de celles-là. Que quasiment tous les ministres fédéraux comme fédérés soient de la partie, souvent en tête de liste, parfois même avec la volonté affichée de quitter leur exécutif pour endosser une grosse fonction maïorale le cas échéant (un Magnette à Charleroi, une Tillieux à Namur), voilà qui illustre assez les télescopages inévitables entre les étages.

S’ils n’ont rien d’inédit, le cru 2012 n’en sera pas avare, au point de pouvoir en faire un test national, coincé qu’il est entre les législatives de 2010 qui ont généré la plus longue crise et celles de 2014 dont on fait déjà un autre épouvantail. En cause, naturellement, les premières vraies élections communales pour la N-VA en Flandre. Que pourra être son ancrage local ? Quelle sera la capacité pour la concurrence d’enrayer son déclin voire de regrignoter des parts sur les troupes de Bart De Wever ? Aussi important soit-il, ce n’est pas qu’un maïorat à Anvers qui est ici en jeu, à moyen terme !

Un intérêt extralocal plus bas, mais à bonne hauteur encore, on suivra, en Région bruxelloise, les réajustements des rapports de force entre MR et FDF, rivalisant pour la première fois depuis leur divorce; et en Wallonie, de possibles tendances générales dans les potentiels repositionnements en ses plus grosses entités.

Ouh là, on allait oublier : les élections seront aussi provinciales. Sauf à Bruxelles, évidemment, qui se passe bien de l’institution. Celle-ci évoluera-t-elle vraiment, dans les six ans à venir ?

S’il n’est pas interdit de le penser, on ne parierait pas un vieux franc belge là-dessus. Et tout à leur élection, ce ne sont guère les candidats provinciaux qui devraient palabrer sur le sujet dans les trente jours à venir Qu’ils soient moins nombreux à élire, en Wallonie comme en Flandre, restructuration des circonscriptions électorales à la clé, c’est déjà une assez grosse affaire !

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