Politique belge Les tensions débutent le 15 février 2001, soit deux ans après la création du Samusocial. Alors qu'ils réclament des moyens supplémentaires pour améliorer leurs conditions de travail, trente travailleurs de l'asbl apprennent la volonté d'engagement d'un codirecteur financier, Alain Heselwood, chargé notamment de la collecte des fonds dans le secteur privé. Le montant de son salaire, considéré comme exorbitant, pose problème. Ni une ni deux, les travailleurs partent en grève. De son côté, la directrice, Pascal Peraïta, voit cette arrivée d'un mauvais œil.

Alain Hutchinson (PS), secrétaire d'Etat bruxellois et cofondateur du Samusocial, propose de jouer le médiateur entre le personnel et le conseil d'administration. Il parvient à trouver un accord en 15 points. Il est notamment décidé de donner une nouvelle structure à l'asbl et à ses organes de gestion afin que le service public soit davantage représenté. Comme le signale un article de l'agence Alter publié le 26 février 2001, suite à ces palabres, la situation du codirecteur financier est gelée jusqu'à nouvel ordre.

Le couvercle est mis sur la marmite, chacun retourne à ses occupations. Sauf que, dans les jours qui suivent, le CA apprend que Pascale Peraïta a reçu un don d'une synagogue, sans le déclarer, et l'a reversé sous forme de primes au noir à quelques travailleurs sociaux de l'asbl.

Face à cette attitude fiscalement répréhensible, le président du CA, Alain Bartholomeeusen, refuse de couvrir la directrice, exige qu'elle démissionne et affirme qu'il laissera son siège vacant si la majorité des administrateurs ne le suit pas dans cette logique. Cette position est soutenue par l'ensemble du CA, à l'exception d'un membre qui s'abstient.

"La jeune femme n'avait pas dit toute la vérité"

Plusieurs sources confient à LaLibre.be qu'à l'époque, Yvan Mayeur (fondateur du Samusocial en 1999 et président du CPAS de Bruxelles de 1995 à 2013) reconnait l'erreur de son amie Pascale Peraïta mais qu'il s'oppose au licenciement.

La socialiste s'accroche, refuse de quitter ses fonctions. Le CA vote finalement son licenciement pour faute grave. Les travailleurs, qui ont pris fait et cause pour cette directrice qui les choie avec des primes, repartent en grève.

Les membres du CA ne sont cependant pas au bout de leurs surprises. La Dernière Heure précise, dans un article du 28 février 2001, que quand il vient rendre les clés et le GSM de l'asbl, l'avocat de Mme Peraïta remet également une somme entre 1.500 et 2.000 euros dont disposait l'ex-directrice à son domicile. "En réalité, la jeune femme n'avait pas dit toute la vérité", écrivent nos confrères. Pascale Peraïta aurait déclaré au CA avoir reçu 2.500 euros de la synagogue. Or, la somme avoisinerait plutôt les 3.700 euros, dont "elle n'avait distribué qu'une partie", selon La DH.

Sur le plan professionnel, l'histoire entre Pascale Peraïta et le Samusocial aurait dû s'arrêter là.

Le rapport "chèvrechoutiste"

Le 2 avril, après plus d'un mois de tumulte, l'association relance ses services destinés aux personnes démunies. Le médiateur Hutchinson a fait son oeuvre, parvenant à trouver un compromis entre les travailleurs, le CA et les pouvoirs publics directement impliqués dans la gestion, dont Yvan Mayeur.

Dans ce compromis, il est question d'acter la réforme des statuts de l'asbl, les représentants publics devant désormais y être majoritaires. Mais il est aussi et surtout précisé que Pascale Peraïta retrouve son poste de directrice.

A l'époque, l'agence Alter reproduit une partie du rapport, qu'elle qualifie de "chèvrechoutiste" : "Un expert indépendant sera désigné (NdlR : par le ministre Hutchinson, proche de Pascale Peraïta) afin de prendre connaissance du dossier de licenciement de la directrice. Le problème de son éventuelle réintégration sera examiné par le (nouveau) conseil d'administration à la lueur des conclusions de l'expert. Une confirmation des erreurs incriminées aurait pour conséquence que le réengagement ne serait plus à l'ordre du jour".

Contactés par LaLibre.be, deux administrateurs en place en 2001 sont formels : "jamais nous n'avons été consultés pour désigner Mme Peraïta comme directrice", affirment Anne Herscovici (Ecolo à Ixelles) et Michel Colson (Défi à Watermaei-Boitsfort). Ces deux présidents de CPAS claqueront la porte en 2004 suite à des décisions impliquant d'importants flux financiers prises sans leur aval et à l'absence de réunions de CA. "J'insistais régulièrement auprès d'Yvan Mayeur pour que nous nous réunissions mais il reportait sans cesse", regrette Michel Colson.

Quoi qu'il en soit, Pascale Peraïta retrouve son poste de directrice. Alain Heselwood, le codirecteur financier, disparaît quant à lui des écrans radars, son nom ne figure même pas dans le rapport d'Alain Hutchinson.

Un logement social pour la présidente du CPAS

Malgré son licenciement, Pascale Peraïta n'a donc jamais quitté l'asbl - si ce n'est quelques semaines - jusqu'en 2013. Cette année-là, Yvan Mayeur lâche la présidence du CPAS pour devenir bourgmestre de Bruxelles. C'est Pascale Peraïta qui lui succède à la tête du centre, ce qui lui octroie automatiquement un siège au CA du Samusocial. "Elle a quitté l'asbl par la porte et y est rerentrée aussitôt par la fenêtre", s'agace une ancienne administratrice.

La socialiste est ensuite rapidement épinglée par une nouvelle polémique puisqu'elle occupe un logement du CPAS alors que, d'après un rapport de l'inspection des Finances, sa rémunération brute est de 192.705 euros par an + 33.047 euros de "primes de garde et horaires décalés".

Face aux accusations, Pascale Peraïta se justifie alors comme elle peut : "J'ai effectivement ce logement. Il présentait l'avantage de se trouver à proximité de mon lieu de travail. Mais je cherche un autre logement, compte tenu des responsabilités que j'exerce depuis un an au CPAS. Je ne pouvais pas prévoir que j'allais être élue."

Double démission

La socialiste refait aujourd'hui la Une de la presse car elle est soupçonnée, avec Yvan Mayeur, d'avoir été rémunérée pour des réunions du CA du Samusocial qui n'ont potentiellement pas eu lieu (aucun PV n'a pu démontrer l'existence de ces réunions). Ils auraient touché chacun de 15.000 à 19.000 euros brut par an.

Le dossier fait désormais l'objet d'une instruction judiciaire et d'une commission d'enquête menée par les députés bruxellois.