Politique belge

Les négociations à propos du pacte migratoire ont abouti à un accord, après plusieurs heures de tensions. Le PS se retrouve sur le côté en s'abstenant. Les socialistes n'ayant pas accepté les "réserves" énoncées par la majorité.

La commission des Relations extérieures a approuvé ce mercredi une proposition de résolution par laquelle le parlement exprime son soutien au Pacte des Nations unies pour une migration sûre, ordonnée et régulière. Le texte a reçu le soutien d'une majorité de rechange qui a réuni, dans la majorité, le MR, le CD&V et l'Open Vld et, dans l'opposition, le cdH, les écologistes et le sp.a. La N-VA a voté contre. Le PS s'est abstenu (le PTB et Défi n'ont pas de droit de vote en commission, NdlR).

Le vote en séance plénière aura donc lieu jeudi. Fort de ce texte, le Premier ministre, Charles Michel, se rendra lundi prochain à Marrakech, où a lieu la conférence internationale qui marquera l'adoption du Pacte, pour y exprimer le point de vue du parlement, c'est-à-dire le soutien de la Belgique.

Le président du MR Olivier Chastel dit prendre acte du vote négatif de la N-VA et du fait qu'elle "a fait savoir qu'elle restait membre du gouvernement".

"En demandant au Parlement fédéral de se prononcer sur le Pacte migratoire, le Premier ministre a légitimé la position belge défendue en septembre dernier à la tribune de l'Onu. Oui, le Parlement fédéral belge soutient ce Pacte, et c'est ce message que Charles Michel portera à Marrakech la semaine prochaine", commente le président des réformateurs.

Il pointe toutefois du doigt le PS, "dont l'abstention est quelque peu hypocrite vu qu'il prétendait soutenir ce Pacte". Le PS dénonçait quant à lui les "réserves" énoncées par la majorité. 

Olivier Chastel rappelle les éléments "chers au MR" contenus dans ce pacte non-contraignant, tels qu'un "cadre de coopération qui confirme la souveraineté de tous les États mais les encourage aussi à collaborer, en vue de faciliter le retour et la réadmission des migrants en toute sécurité et dignité, ainsi que leur réintégration durable dans leur pays d'origine."


Bilan de la journée

La réunion qui devait débuter à 10 heures ce mercredi matin a, dans un premier temps, été reportée à 10h45. Les partis de la majorité, N-VA exceptée, planchaient sur un amendement à cette résolution de l'opposition.

Lors du début de la séance, à 10h45, David Clarinval (MR) a demandé à retarder encore la réunion pour pouvoir trouver un "plus large consensus au sein de la majorité". "J'ai besoin de plus de temps pour effectuer les consultations", expliquait-il. "Nous voterons aujourd'hui", a-t-il assuré.

Pour rappel, la N-VA a provoqué une crise dans le gouvernement fédéral en refusant de signer le Pacte des migrations de l'ONU qu'elle avait pourtant approuvé. En refusant également la solution d'une déclaration interprétative qui aurait réaffirmé le caractère non contraignant du texte, elle a poussé le Premier ministre à se tourner vers le Parlement pour adopter le texte et réaffirmer l'engagement international de la Belgique.

"La N-VA agit comme un enfant"

Lors de la reprise des discussions, vers 13h45, Kristof Calvo (Groen) a déclaré que la N-VA a pris la Belgique en otage. Selon lui, le parti de Bart De Wever doit accepter ce que le Premier Ministre a déjà annoncé qu'il ferait. "La N-VA agit comme un enfant", s'est emporté le député.

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Pour Filip Dewinter, ce qui est voté ici n'est qu'indicatif. "Si le Premier Ministre part à Marrakech, il ne pourra soutenir le pacte que s'il est accepté par le gouvernement dans son ensemble, ce qui n'est pas le cas pour l'instant" avait expliqué le député Vlaams Belang. Le parti d'extrême droite pointe du doigt la N-VA qui a tardé à réagir face à un pacte inacceptable. Selon Filip Dewinter, le fait que l'Australie et les Etats-Unis ne souhaitent pas se rendre à Marrakech et soutenir le pacte des migrations envoie un signal fort que la Belgique devrait interpréter correctement.

Pour Georges Dallemagne (CDH), la N-VA instrumentalise ce pacte dans sa course à l'électorat du Vlaams Belang.

Le parti nationaliste a détourné par la suite le débat sur les experts qui ont été entendus par la commission la veille. Pour la N-VA, les experts invités mardi étaient venus sur la demande de partis qui voulaient signer le pacte. Leurs explications ont donc été reçues de manière très critique par le parti nationaliste. "Avec ces 6 experts, on ne peut pas prétendre qu'on a entendu tout le monde, a ainsi déclaré Peter De Roover (N-VA), les groupes politiques ont choisi leurs experts mais certains n'ont pas pu venir parler devant cette commission, il faut arrêter de donner l'impression que toutes les voix ont été entendues".

"Le but était que ce soit un pacte à portée mondiale, mais hélas il ne l'est pas, a expliqué De Roover, nous ne savons même pas quels Etats sont concernés". Pour le député, voter pour le texte proposé c'est voter pour quelque chose que l'on ne connait pas. "Nous allons voter contre cet amendement, a réaffirmé De Roover, avec la N-VA au gouvernement, la Belgique ne marquera pas son accord à ce pacte ni à Marrakech, ni à New York!".

Pour Raoul Hedebouw, la N-VA déshumanise les migrants, en suivant l'exemple de l'extrême droite. "Le PTB soutiendra ce pacte", a affirmé fermement le porte-parole du parti d'extrême gauche.

Ecolo-Groen, par la voix du député Georges Gilkinet, va plus loin encore en parlant de "N-VB": "Nieuw-Vlaams Belang". Pour les écologistes, il n'y avait aucun doute à avoir: "il faut sortir la Belgique de l'impasse, stopper ce match de catch, a -t-il ainsi déclaré, les immigrations de masse n'arrivent pas sans raison et nous avons la responsabilité de trouver une solution, au moins d'essayer". "Un seul parti de la majorité gouvernementale tente de bloquer un pacte qui est normal pour un pays comme le nôtre, j'espère que c'est le début de la fin de cette majorité, j'espère que la Belgique retrouvera sa dignité diplomatique", avait terminé Gilkinet.

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"La N-VA s'est isolée dans le camp du Belang"

Olivier Maingain a eu pour sa part des mots forts envers le parti nationaliste flamand ce mercredi après-midi. Il a entamé sa prise de parole en disant de manière claire que la N-VA a rejoint le camp du Vlaams Belang.

Pour Julie Fernandez Fernandez (PS), "ce qui a changé, c'est le réveil de l'extrême droite européenne". Ce serait cela même qui a réveillé la N-VA et poussé le parti nationaliste à se positionner contre ce pacte.


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