Politique belge

Le président de la Chambre Siegfried Bracke a transmis le mois dernier au procureur général de Bruxelles le dossier du député Vlaams Belang Filip Dewinter dont les activités avec une asbl chinoise suspectée d'espionnage ont été mises au jour par la Sûreté de l'Etat. Le président de l'assemblée a suivi l'avis de la commission de déontologie rendu sur la base d'un dossier anonymisé, a-t-il indiqué à l'agence BELGA. Le quotidien Het Laatste Nieuws a dévoilé lundi que Filip Dewinter avait été pendant des années conseiller pour une asbl, European Chinese Cultural and Educational Foundation (ECCEF), que la Sûreté de l'Etat qualifie d'officine du renseignement chinois.

Le député d'extrême droite a vu ses états de frais remboursés par l'association, pour le compte de laquelle il a également rencontré un directeur de la police fédérale. Il nie avoir été au courant de liens entre l'association et les autorités chinoises.

Le président de la Chambre Siegfried Bracke était au courant de l'affaire depuis un certain temps. Il a reçu un courrier de la Sûreté de l'Etat le 26 juin dernier à propos duquel il a interrogé l'administrateur général de l'agence de renseignement Jaak Raes. Il a obtenu de plus amples renseignements deux jours plus tard et a interrogé le 18 juillet la commission fédérale de déontologie. "Il y a deux aspects: l'idée d'une possible immixtion mais aussi un aspect déontologique", a-t-il expliqué lundi à Belga.

M. Bracke précise qu'il a interrogé la commission de déontologie sur la base d'un dossier anonymisé, l'identité de M. Dewinter ayant été cachée. La commission de déontologie a fait parvenir son avis le 11 octobre. Il invitait le président de la Chambre à saisir le Parquet, car ni la commission de déontologie ni le président de la Chambre n'étaient en mesure de juger du caractère éventuellement pénal des faits incriminés.

Siegfried Bracke a écrit le 18 octobre au procureur général de Bruxelles Johan Delmulle qui a fait savoir le 6 novembre qu'elle lui était bien parvenue. Le président de la Chambre n'a à aucun moment de la procédure averti le député sur la sellette. Bien qu'anonymisé, le dossier n'a pas non plus figuré sur le site internet de la Chambre, "afin de garantir les droits du membre de la Chambre".

Siegfried Bracke a eu un contact lundi matin avec Filip Dewinter. L'avis sera dès lors publié, au contraire de la lettre de la Sûreté de l'Etat ou de celle envoyée à la commission de déontologie.

De son côté, Filip Dewinter a dénoncé la fuite du rapport de la Sûreté de l'Etat et a annoncé qu'il saisira le comité R qui contrôle les organes de renseignement. Il raille l'idée selon laquelle, lui, "paria de la politique belge", serait devenu "l'homme politique belge le plus influent" au point de devenir un "agent du renseignement étranger".

Il répète avoir agi de bonne foi et être entré en contact avec cette association via feu le sénateur Vlaams Belang Freddy Van Gaever lors de l'organisation d'un colloque au parlement flamand.

Filip Dewinter admet s'être rendu quatre fois en Chine à l'invitation de l'asbl controversée qui y organisait des manifestations culturelles. Il s'est aussi rendu une fois au Kazakhstan pour un colloque.