Politique belge Le Roi a reçu en audience ce soir au Château de Laeken les Présidents de la Chambre et du Sénat et les a chargés d'une mission de médiation pour relancer les négociations en vue de la formation du gouvernement. Plus aucun entretien n'est prévu samedi soir avec le roi et il en est de même pour demain, a-t-on appris au palais royal.

Par ailleurs, les présidents de la Chambre et du Sénat, contactés samedi soir, n'ont encore fait aucun commentaire sur la façon dont ils conduiront leur mission.

Ceci est nécessaire pour préserver le bien-être économique et social des citoyens et pour réformer durablement nos institutions.

Par ailleurs, le Roi a accepté la demande de Monsieur Elio DI RUPO d'être déchargé de sa mission de Pré-formateur.

Plus tôt dans la soirée, les présidents de la Chambre André Flahaut et du Sénat Danny Pieters ont été reçus samedi vers 20 heures par le roi au château de Laeken. L'arrivée des deux présidents a causé quelque surprise puisque l'on s'attendait à ce que le roi conclue ses entretiens de la journée avec le président de la N-VA Bart De Wever, qu'il a reçu juste avant MM. Flahaut et Pieters.

Tout au long de la journée, les présidents des partis actuellement concernés par les négociations s'étaient succédé pour être reçu par le roi. Vendredi déjà, le chef de file du CD&V Wouter Beke avait ouvert le ban. Samedi, le roi a alors reçu dans l'ordre Joëlle Milquet (cdH), Caroline Gennez (sp.a), Jean-Michel Javaux (Ecolo), Wouter Van Besien (Groen!) et Bart De Wever (N-VA). Les commentaires ont été très rares à l'issue de ces entrevues. Jean-Michel Javaux a toutefois évoqué la possibilité de désormais confier la responsabilité des négociations à M. De Wever et Caroline Gennez a retretté l'attitude de la N-VA et loué le travail accompli comme préformateur par Elio Di Rupo. Pour sa part, le président du FDF Olivier Maingain a estimé que la manière dont s'étaient engagées les nagociations ne pouvaient que mener à l'échec. Il souhaite également une réunion de tous les partis francophones.

Il faudra sans doute tout reprendre à zéro

Game over. C’est avec ces mots que certains négociateurs ont averti les journalistes, vendredi quelques minutes après 16 heures, de l’échec de la mission du pré-formateur. "LA" grande question est évidemment de savoir ce qui va se passer à présent.

Le chef de l’Etat a choisi de tenir la démission d’Elio Di Rupo en suspens pendant la période de ses consultations. Logiquement, le Roi va s’entretenir avec les présidents de tous les partis démocratiques. Le chef de l’Etat n’a pas tardé. Dès vendredi soir, il a reçu le président du CD&V, Wouter Beke. Les autres devraient suivre. Les représentants des sept partis qui négociaient, mais aussi les présidents des partis libéraux, VLD et MR, qui n’étaient pas autour de la table. Voyons les scénarios possibles.

1Le redémarrage de la négociation à sept autour d’Elio Di Rupo. Ce n’est évidemment pas le scénario le plus probable. D’une part parce que l’on voit pas très bien pourquoi les acteurs actuels trouveraient en quelques heures cet accord qu’ils n’ont pas trouvé au terme de sept semaines d’âpres négociations. D’autre part parce que la méfiance s’est progressivement installée entre les négociateurs et qu’elle ne semble pas avoir faibli ces derniers jours, bien au contraire. Elio Di Rupo a d’ailleurs précisé que lorsque le Roi l’aurait officiellement déchargé de sa mission de préformation, il reprendrait ses fonctions pleines et entières de président du Parti socialiste. Et qu’à ce titre, il participerait aux négociations suivantes.

2La désignation d’un ou deux démineurs. C’est une des solutions qui pourraient être avancées par le Palais pour permettre à la situation politique de se décanter un peu. Plusieurs scénrios circulent. L’un prédit la désignation de Kris Peeters (CD&V) et de Louis Michel (MR) comme co-médiateurs. Mais le CD&V ne souhaite pas monter en première ligne estimant qu’il n’a pas la main: ce n’est pas aux démocrates chrétiens flamands, dit-on, de prendre ses responsabilités.

3La nomination d’un nouvel informateur... C’est la solution la plus probable. Tous les yeux se tournent vers Bart De Wever, l’homme qui est, aux yeux des francophones et de certains Flamands (du SP.A et de Groen!), responsable de l’échec de la mission du préformateur. Accepterait-il ? Pourquoi pas. Mais sans doute se montrerait-il, cette fois-ci, beaucoup plus directif dans le choix des futurs partenaires. Rappel, lors de sa première mission d’information, il s’était contenté de débroussailler le terrain... Cette fois-ci, il pourrait donc donner ses préférences politiques. On les connaît: Bart De Wever souhaite, depuis le début, constituer un gouvernement de centre-droit et faire monter à bord les libéraux du nord et du sud du pays. Quitte à sacrifier qui? Pour lui, cela ne fait pas l’ombre d’un pli. Au nord du pays, son gouvernement idéal comprendrait la N-VA bien sûr, le CD&V et l’Open VLD. Il souhaite se débarrasser au plus vite des partis de gauche qui étaient autour de la table : le SP.A et Groen!. "Petit" problème : est-il envisageable que l’Open VLD soit au fédéral sans exiger d’être présent au gouvernement flamand ? Et du côté francophone, comment parviendrait-il à attirer le MR autour de la table ? Les libéraux, il ne faudra pas trop les pousser dans le dos pour qu’ils viennent s’asseoir à la table des négociations. D’autant que le président du MR, Didier Reynders, a déjà envoyé des signaux très clairs à la N-VA (certains affirment même que des rencontres ont déjà eu lieu entre les états majors des deux partis, ce que dément le MR). Pour Didier Reynders, il faut changer la méthode de négociation et d’abord définir ce que l’on garde au niveau fédéral. Une petite musique douce aux oreilles des nationalistes flamands qui ont sans doute vu dans ces propos l’occasion de lancer leur révolution copernicienne. Mais les autres partis accepteraient-ils ainsi l’entrée des libéraux dans la danse ? Pas de problème majeur pour le CD&V, qui n’attend que cela. Du côté francophone, ce serait plus compliqué. Pas question, disent les socialistes, que Bart De Wever dicte l’agenda francophone. Car certains socialistes estiment que c’est précisément la "danse du ventre" effectuée par les libéraux devant Bart De Wever qui a convaincu l’homme de ne pas accepter l’accord proposé par Elio Di Rupo. Donc, dans un premier temps, l’éventuelle arrivée des troupes de M. Reynders serait difficile à avaler. Mais après? La solidarité francophone n’imposera-t-elle pas que les trois grandes familles politiques s’asseoient, finalement, autour de la table? Peut-être. Mais rien ne dit, évidemment, qu’une négociation associant les libéraux aboutirait. Et si l’entrée des libéraux est rejetée? Bart De Wever a déjà fait savoir qu’il avait une autre arme "atomique": c’est simple, il demandera l’organisation de nouvelles élections... C’est le scénario 4.