Politique belge

De l'autre côté de la frontière linguistique, les urnes livrent également leurs premiers verdicts. Plus de 4.000 bureaux de vote ont été dépouillés sur les 4.934concernés par les élections régionales.

Seule au monde, la N-VA est actuellement créditée de plus de 30% des voix. Un chiffre qui vaudrait au parti de Bart De Wever de remporter 43 sièges au Parlement flamand, contre seize lors du scrutin de 2010, pour un score plus que doublé. Dans les Fourons, la N-VA est même passé à un cheveu de remporter la majorité absolue, puisque 46,8% des votants lui ont accordé leur confiance.

Liesbeth Homans, propulsée par le parti à la tête de la liste régionale à Anvers, a réussi le tour de force de remporter plus de voix que le ministre-président, Kris Peeters: "C'est très agréable, mais le fait de voir de tels scores réalisés par mon parti dans toute la Flandre me plait encore plus. À Anvers, nous sommes largement au-dessus des 30%, alors que c'est le bastion du ministre-président."

Malgré ces chiffres impressionnants, le parti de Bart De Wever pourrait être contourné, au Fédéral comme en Flandre. La tripartite traditionnelle constituée du CD&V, de la SP.A et de l'Open VLD pourrait effectivement damer le pion aux nationalistes en constituant une majorité sans la N-VA, qui paierait ainsi le fait d'avoir surtout récupéré des voix à sa droite, sur les bancs de l'opposition.

Scores individuels des candidats à la Région, classés par voix de préférence (dépouillement à 88%).


Peeters laisse la main, mais est prêt à la reprendre

Du côté du CD&V, justement, on flirte avec la barre symbolique des 20%, fixée comme objectif par Kris Peeters. Le ministre-président flamand a par ailleurs déclaré à la VRT que c'était au parti nationaliste de prendre ses responsabilités: "Les choses sont claires. Nous sommes le deuxième parti. Nous voulons former aussi vite que possible un gouvernement fédéral, mais c'est à la N-VA de prendre l'initiative. Avec ce résultat, le CD&V est prêt à prendre ses responsabilités, aussi bien au niveau fédéral qu'au niveau flamand."

Wouter Beke, relativise le succès des nationalistes: "Les sièges de l'opposition sont redistribués. De nombreux sièges du Vlaams Belang sont à présent entre les mains de la N-VA". Le président du CD&V reconnait toutefois que "c'est maintenant à la N-VA de prendre l'initiative. Ils doivent prouver qu'ils sont en mesure de mettre sur pied un gouvernement fédéral."


Le SP.A reste optimiste sur le poids de la gauche

Loin derrière les deux premiers partis de Flandre, SP.A et Open VLD complètent le top quatre aux alentours des 13%.

Le président des socialistes flamands, Bruno Tobback, a écarté l'idée d'une démission suite à ces résultats: "Je ne jetterai pas le gant demain, parce que je pense qu'il n'y a pas de raison de le faire. Je veux poursuivre la reconstruction du parti entamée il y a deux ans." Tobback reconnait toutefois que les résultats sont durs pour le SP.A, bien que les socialistes flamands ne perdent finalement pas le moindre siège au Parlement régional: "Nous ne sommes certainement pas les grands vainqueurs. C'est l'opposition qui a remporté le scrutin, comme c'est souvent le cas dans les moments difficiles. Nous avons pris le risque de diriger, et nous n'en avons pas été récompensés." Les excellents résultats de Groen incitent toutefois le président des socialistes à un certain optimisme: "Si je regarde les résultats, la gauche peut peser autant que la droite."

Le président des socialistes flamands se projette dans l'avenir, et pronostique "une formation de coalition complexe. Le plus grand défi sera d'éviter des batailles incessantes entre les différents niveaux de pouvoir."

Figure de proue du parti, Johan Vande Lanotte a engrangé d'excellents résultats dans son bastion d'Ostende. De quoi voir les résultats du jour de manière positive:"CD&V, SP.A et Open VLD devraient chacun gagner un siège au Fédéral. Et ça, c'était totalement inattendu." Quant à l'éventuel blocage des négociations, l'homme fort d'Ostende ne veut pas en entendre parler: "L'électeur mérite qu'on arrive rapidement à un résultat. Mais à chaque niveau, il y a des alternatives." Une façon de souligner que la N-VA n'est pas incontournable.

Répartition des sièges au Parlement flamand


Maggie De Block booste l'Open VLD, De Gucht le trouve incontournable

De l'autre côté de l'échiquier politique, Gwendolyn Rutten choisit également de voir le verre à moitié plein, tendance post-électorale par excellence: "Nous avons réalisé ce qui semblait impossible. Il n'y a pas si longtemps, on nous donnait pour mort. Finalement, nous maintenons notre rang et on va même peut-être gagner un siège" souligne la présidente des libéraux flamands, qui a tenu à adresser "de grosses félicitations (sic) à notre figure de proue Maggie De Block" et à féliciter la N-VA pour sa "victoire très nette".

Maggie De Block a effectivement fait très fort en récoltant plus de 50.000 voix de préférence en Brabant flamand. C'est plus du double de Koen Geens, son plus proche challenger. "Je m'attendais à ce que ça se passe bien pour elle, mais je n'aurais jamais imaginé que cela se passerait si incroyablement bien. C'est son mérite" a salué Alexander De Croo, ancien président du parti. Le ministre des Pensions ajoute: "Le vainqueur des élections est très clairement la N-VA, mais ils ne progressent pas en sièges au détriment des partis qui ont pris leurs responsabilités." Son père, Herman De Croo, profite quant à lui des 7.526 voix de préférence obtenues dans son bastion de Flandre orientale pour siéger une nouvelle fois dans un Parlement, régional cette fois.

Autre figure marquante du parti, Karel De Gucht pointe un résultat "conforme à ses attentes", précisant que "c'est le mieux que nous pouvions espérer après avoir participé à ce gouvernement." Et à propos de gouvernement, l'ancien Commissaire européen "ne pense pas qu'une coalition fédérale sans l'Open VLD."


Groen décolle, le Vlaams Belang s'effondre

Derrière les quatre grands partis, Groen réalise effectivement une belle percée avec environ 9%. Président des écologistes flamands, Wouter Van Besien salue le"hattrick" réalisé par son parti: "Il y a quelques temps, j'avais misé sur le fait que nous gagnerions trois élections de suite. Ce pari est réussi. Maintenant, on va faire la fête." Et d'ajouter que "la victoire est même plus grande que ce que nous avions attendu."

À l'inverse, le Vlaams Belang est en chute libre et flirte même avec le seuil électoral après avoir perdu près de 10% de voix. L'extrême-droite est victime de l'essor de la N-VA, explique Karel De Gucht: "La N-VA doit son score aux votes qu'il a puisé dans le réservoir du Vlaams Belang. C'est presque devenu une coalition entre les deux partis."

Notons enfin que, contrairement à ce qu'il se passe au sud du pays, le PVDA, branche flamande du PTB, n'atteint pas le seuil électoral.

Carte de la Flandre, mettant en évidence le parti majoritaire dans chaque canton (N-VA en jaune, CD&V en orange, SP.A en rouge, Open VLD en bleu et Groen en vert).


Les résultats après 4.427 bureaux dépouillés sur 4.934:

N-VA: 32,32% (43 sièges, +27)

CD&V: 20,8% (27 sièges, -4)

Open VLD: 13,94% (19 sièges, -2)

SP.A: 13,77% (19 sièges, =)

Groen: 8,43% (10 sièges, +3)

Vlaams Belang: 5,94% (6 sièges, -15)

PVDA+: 2,51%