Politique belge

Le gouvernement Michel risque de passer complètement à côté de son objectif de maintenir les gens plus longtemps au travail, affirme Catherine Fonck, chef de groupe CDH à la Chambre, dans un entretien accordé mardi à "La Libre". Selon elle, relever l’âge légal de la pension de 65 à 66 puis 67 ans et durcir les conditions d’accès à la pension anticipée ne suffira pas à maintenir les gens plus longtemps au travail. "Le gouvernement se focalise sur l’âge légal et sur la pension anticipée mais réduit voire supprime des dispositifs incitatifs à l’allongement de carrière : suppression du bonus pension, report de 55 à 60 ans de l’âge nécessaire pour bénéficier d’un crédit-temps de fin de carrière, durcissement des conditions pour accéder à la prépension,…"

Chômage et invalidité en hausse

Au nom de son parti, la députée montoise dépose ce jeudi à la Chambre une proposition de résolution visant au contraire à lier étroitement les politiques de pension et d’emploi, et à encourager le relèvement du taux d’emploi des plus de 55 ans. Car, selon elle, lorsqu’il compare la situation belge aux autres pays européens, le gouvernement se contente de regarder l’âge légal de la pension, qui est plus élevé ailleurs, mais oublie de voir que l’âge réel de sortie du marché du travail est chez nous le plus bas de toute l’Europe (59 ans contre 64 ans en moyenne dans les pays de l’OCDE). Il oublie également de comparer l’espérance de vie en bonne santé, qui n’est que de 65,4 ans pour les femmes belges, contre 70,7 ans pour les… Suédoises, par exemple.

Dès lors, les mesures prises par le gouvernement seront contre-productives, estime le CDH. "Aucune mesure qui vise à favoriser de manière positive la capacité des travailleurs à rester actifs plus longtemps n’est prise par ce gouvernement", écrit Mme Fonck dans sa résolution. "Une telle politique n’aura d’autre effet que celui de provoquer des transferts vers d’autres branches de la sécurité sociale. Ainsi, des gens tomberont malades parce qu’ils sont dans l’incapacité de travailler plus longtemps ou perdront leur emploi pour se retrouver au chômage."

Catherine Fonck rappelle que, pour la commission de réforme des pensions, dont les travaux ont soi-disant inspiré le gouvernement, le recul de l’âge légal de la pension à 67 ans aura comme conséquence une baisse du nombre de bénéficiaires de la pension de l’ordre de 7 à 12 %, mais également une forte augmentation des sorties parallèles de 40 à 60 % vers le chômage, le crédit-temps, l’interruption de carrière, et de 10 à 15 % des invalidités. Par ailleurs, le relèvement de l’âge légal à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030, ne répond en rien à la hausse du coût du vieillissement liée aux papy-boomers, génération qui arrive dès aujourd’hui à la pension.

"La N-VA me glace"

A l’inverse, pour le CDH, l’enjeu crucial est de retenir plus longtemps au travail les gens qui sont sur le point de partir. Entre 2001 et 2013, le taux d’emploi des 55-64 ans est passé de 25 à 40 %. "C’est insuffisant, certes, mais il faut poursuivre cette tendance", dit Mme Fonck. Sa résolution propose des mesures pour atteindre cet objectif (voir ci-dessous).

Entre les conservateurs, "qui ne veulent rien changer", et le gouvernement, "qui vient avec des symboles comme la pension à 67 ans pour faire plaisir à l’Europe mais dont on sait que ça sera contre-productif", les humanistes veulent ouvrir une autre voie, "plus constructive, plus incitative".

Catherine Fonck appelle du reste partenaires sociaux et gouvernement à sortir de leurs tranchées. "On ose espérer que le Premier ministre va demander à ses troupes d’arrêter leurs déclarations fracassantes et essayer de rétablir un climat propice à la concertation sociale. Quand j’entends certaines ouvertures du côté patronal, sur le saut d’index par exemple, je me dis qu’ils ont vraiment un espace pour le faire. Kris Peeters et le CD&V y croient, y consacrent du temps et de l’énergie. J’espère juste que, chez les autres partis au gouvernement, il n’y a pas des positions purement politiques qui feraient qu’in fine, ça ne pourrait pas aboutir." Le CDH regretterait-il de ne pas être au gouvernement pour déminer la situation ? "Quand je vois le climat actuel, je me verrais bien aux côtés du CD&V pour faire avancer le schmilblick dans le bon sens. En même temps, quand je vois ce que fait la N-VA, cela me glace."


Les propositions

Age légal. Maintenir la pension à 65 ans, mais permettre à ceux qui le souhaitent de se constituer des droits à la pension après 65 ans et de cumuler travail et pension.

Bonus. Restaurer et améliorer le bonus pension (droits en plus pour ceux qui continuent à travailler alors qu’ils pourraient arrêter).

Plan. Etablir un plan global, tous niveaux de pouvoir confondus, pour inciter les gens à travailler plus longtemps et les patrons à employer les travailleurs âgés.

Crédit-temps. Renforcer les aménagements du temps de travail en fin de carrière liés à un prolongement de la carrière.

Qualité. Développer des mesures telles que le plan Tandem (un travailleur âgé réduit son temps de travail et touche une allocation, un jeune est engagé pour compenser); tutorat des jeunes par les plus expérimentés; mesures qualitatives pour les métiers en pénurie;…

Cotisations. Cibler les baisses de charges pour les travailleurs âgés, en particulier les bas salaires.

Conditions. Améliorer la formation et les conditions de travail; adapter les tâches et les postes de travail aux travailleurs âgés…