Politique belge

L'administration de la Trésorerie, au sein du SPF Finances, est l'autorité belge compétente en matière de gel des avoirs, et le rôle des Affaires étrangères se limite à négocier d'éventuels nouveaux régimes de sanctions et à transmettre des informations. C'est ce qu'a indiqué le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders jeudi à la Chambre. L'opposition observe que les ministres des Finances Johan Van Overtveldt et des Affaires étrangères Didier Reynders se renvoient la balle dans l'affaire des 10 milliards d'euros de fonds libyens gelés qui ont disparu. Le PS y voit carrément une "affaire de gouvernement".

L'information a été révélée jeudi par le Vif. Selon Didier Reynders, il s'agit d'"un article" qui évoque un montant de 10 milliards d'euros. Le ministre MR dit avoir pris contact avec le SPF Finances qui lui a relayé une communication du Parquet de Bruxelles. Selon cette communication, le juge d'instruction a demandé la saisie d'environ 5 milliards d'euros, une initiative attaquée par l'établissement financier Euroclear. L'affaires est pendante devant la chambre des mises en accusation.

Le député Georges Gilkinet (Ecolo) s'est étonné de cette présentation alors que précédemment au parlement M. Reynders avait lui-même évoqué un gel de 14 milliards d'euros en 2011. Le parlementaire écologiste a pointé un renvoi de responsabilités alors que le ministre des Finances Johan Van Overtveldt a notamment évoqué une interprétation du groupe "Relex" (conseillers pour les relations extérieures) du Conseil européen selon laquelle les intérêts de ces fonds gelés depuis 2011 pouvaient être libérés.

Réagissant sur Twitter, à l'issue des débats au parlement, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt a indiqué que "14 milliards de moyens financiers libyens ont été gelés et le sont toujours! " Affublant son tweet d'un mot-dièse "Fakenews", il a dit déplorer "au plus haut point la désinformation de certains parlementaires et journalistes".

Pour le député PS Stéphane Crusnière, "on est potentiellement face à un scandale politico-financier", voire une "affaire de gouvernement". Pour lui, cela "fait tache" alors que la Belgique est candidate à un poste de membre non permanent du conseil de sécurité. "Le gouvernement ne semble pas se préoccuper d'une perte potentielle de 10 milliards d'euros. La Belgique encourt des sanctions de la part de l'ONU et de l'Union européenne", a-t-il dit, reprochant au ministre Reynders de "noyer le poisson".

Pour Olivier Maingain (DéFI), les réponses apportées par Didier Reynders n'ont pas permis de clarifier la situation. "On reviendra à la charge, on ne fera pas l'impasse sur le sujet", a-t-il promis.

Dirk Van der Maelen (sp.a) a relevé que les cinq milliards d'euros évoqués par le ministre Reynders correspondent au montant qui reste gelé. "Implicitement, vous confirmez que le reste a disparu. Le gouvernement ne fait rien depuis l'automne au risque d'abîmer l'image internationale de la Belgique."

L'opposition demande au gouvernement une enquête administrative sur les faits. Elle souhaite notamment savoir où sont allés les 10 milliards d'euros qui ont potentiellement disparu.

La députée Kattrin Jadin (MR) a dit avoir le sentiment que les députés de l'opposition étaient plus attentifs à la lecture d'un article de presse qu'à écouter la réponse du ministre au parlement.

Plus de dix milliards d'euros issus de fonds libyens gelés en 2011 à la suite d'une décision des Nations Unies ont disparu de comptes ouverts chez Euroclear Bank entre la fin 2013 et fin 2017, a révélé jeudi "Le Vif". En date du 29 novembre 2013, 16,1 milliards d'euros garnissaient quatre comptes ouverts par des institutions financières (l'Arab Banking Corporation à Bahreïn et HSBC Securities Services à Luxembourg) pour le compte de la Libyan Investment Authority (LIA) ou sa filiale, la Libyan Foreign Investment Company (LAFICO).

Les autorités judiciaires belges se sont aperçues de la disparition des ces milliards à l'automne 2017 lorsque le juge d'instruction Michel Claise a voulu saisir les 16 milliards d'euros dans le cadre d'un dossier de blanchiment.