Politique belge

C'est un moment d'histoire devenu relativement discret dans l'histoire belge, en tout cas du côté francophone. Et pourtant, comme l'explique l'historien Bruno Yammine au site site francophone de la VRT, "la politique belge ne sera plus jamais la même à partir de ce moment-là". En décembre 1917, le mouvement flamand le plus actif déclarait l'indépendance de la Flandre, alors que le pays est occupé par l'Allemagne.

Septembre 1914, la Première Guerre mondiale a éclaté depuis quelques semaines, Berlin annonce soutenir le mouvement flamand. La logique est double, d'abord semer la zizanie dans le camp belge en escomptant un sentiment anti-belge du peuple flamand. Ensuite, amadouer les Néerlandais qui s'étaient déclarés neutres dans ce conflit. Mais dans les deux cas, c'est un échec et les Allemands devront en faire plus pour arriver à leurs fins.

Ils tentent de convaincre les flamingants qu'en cas de défaite de l'Allemagne, les Francophones feraient disparaître le néerlandais du pays. L'année suivante, les Allemands annoncent l'ouverture de l'Université de Gand où on enseignera en flamand, une vieille exigence des flamigants les plus actifs.

En mars 1917, les Allemands vont encore un pas plus loin. Ils annoncent une scission des pouvoirs en Belgique en deux parties distinctes: une wallonne et une flamande. Celle-ci est dirigée par par un "parlement de marionnettes", comme l'explique Bruno Yammine : "le Conseil de Flandre". L'un des membres les plus influents de ce Conseil est Auguste Borms, un licencié en philologie germanique, convaincu du mouvement flamand au point de l'importer dans le nord de la France, la Flandre française, où il avait organisé des manifestations de propagande cinq ans auparavant. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il collabora avec les Allemands et fut fusillé en 1946 dans la caserne d'Etterbeek après avoir refusé, une dernière fois, de renier le nazisme.

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Photo d'Auguste Borms datant de la période de la Seconde Guerre mondiale.

La déclaration d'indépendance

Le Conseil de Flandre déclare l'indépendance de la Flandre le 22 décembre 1917, lors d'une séance secrète. Cette déclaration d'indépendance est validée par gouvernement-général allemand à Bruxelles qui souhaite continuer à la guerre à outrance, mais pas par Berlin qui aimerait négocier la fin du conflit. Cette distinction est d'importance car il serait impossible pour les Allemands de négocier une fin de conflit avec le Royaume-Uni tant que la Belgique n'est pas unie. L'indépendance de la Belgique est en effet la raison pour laquelle les Britanniques ont déclaré la guerre à l'Allemagne. Autrement dit, la déclaration d'indépendance flamande crée une opposition tactique entre l'Allemagne militaire, présente à Bruxelles, qui exerce un pouvoir direct sur le Conseil de Flandre et l'Allemagne civile. Si pour les deux côtés, le but est bien de détruire politiquement la Belgique pour l'incorporer aux Pays-Bas qui auraient eux-mêmes été rattachés à l'Allemagne auparavant, les volets militaires et civils sont en désaccord sur la méthode. Le gouvernement envisage la solution négociée avec les alliés alors que les militaires souhaitent arriver à leurs fins par les armes.

Le 22 janvier 1918, le Conseil de Flandre est obligé par les forces allemandes de soumettre leur pouvoir à une consultation populaire, ce qui embête les collaborateurs flamingants, bien conscients qu'ils ne disposaient d'aucun soutien populaire. Cette consultation est effectivement un échec. D'importantes contre-manifestations sont organisées contre cette consultation populaire et seules 15.000 personnes (sur plusieurs millions de Flamands) voteront en faveur de l'indépendance flamande.

Suite à ces événements, les membres du Conseil de Flandre comprennent le risque qu'ils encourent en cas de défaite allemande. Leur mouvement pro-flamand se transforme en haine envers la Belgique. Selon l'historien Bruno Yammine, bien que la déclaration d'indépendance fut un réel fiasco, ces velléités encouragées par les Allemands ont créé une opposition entre la Flandre et la Belgique, qui vivaient jusque là en harmonie. L'historien conclut que "la politique belge ne sera plus jamais la même à partir de ce moment-là".