Politique belge

Cela ressemble à une escarmouche politique comme il s’en produit chaque jour. Une banale passe d’armes entre le ministre de l’Intérieur et un député de l’opposition. Jan Jambon (N-VA) a affirmé ce dimanche que le terroriste présumé Salah Abdeslam, en fuite, devait bénéficier de soutiens dans la communauté musulmane de Belgique. Ces propos ont indigné Ahmed Laaouej. "Si Jambon ne prouve pas ce qu’il dit, il jette la suspicion sur des centaines de milliers de nos concitoyens", a écrit le socialiste sur le réseau Twitter.

Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. La réaction d’Ahmed Laaouej lui a valu des messages racistes. "Tais-toi et intègre-toi, le basané : tu fatigues les Belges et la Belgique ! Si t’es pas content, tu rentres chez toi au Maroc !" Ou encore : "Balaie devant ta porte de Marocain au lieu d’imposer tes vues chez nous. Merci."

Le député ne souhaite pas s’étendre sur l’incident. "Je constate une recrudescence de messages de ce genre, note-t-il cependant. On sent que la société est sous tension." Ces attaques, en revanche, ne se manifesteraient que de façon épisodique. "Ce n’est pas un flux continu, c’est plutôt lié à des prises de position particulières, singulièrement quand il m’est donné de dénoncer des amalgames."

Présidente d’origine marocaine

D’après les témoignages de plusieurs élus, le phénomène resterait limité. "En dehors d’un mail vraiment violent, je n’ai subi aucune insulte de ce type depuis que je suis coprésidente d’Ecolo", confie Zakia Khattabi, devenue en mars 2015 la première femme d’origine marocaine à diriger un parti politique belge. En janvier 2014, alors sénatrice, elle avait par contre subi un déluge de mails xénophobes, à la suite d’une intervention très critique à l’égard de Maggie De Block, secrétaire d’Etat à l’Asile.

La xénophobie ne sévirait donc pas au quotidien, mais se déchaînerait à la faveur de moments de tension. "Quand une femme s’énerve, on dit qu’elle est hystérique. On ne dit ça que pour les femmes. La même chose se produit avec les élus d’origine étrangère : on associe leur expression à leur origine. Cela m’arrive de temps en temps", indique Rachid Madrane (PS). Le ministre de l’Aide à la jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne lit plus les commentaires des articles qui le concernent. "Pour mon hygiène personnelle , dit-il . Certains ne considéreront jamais les élus d’origine étrangère comme des élus à part entière. Ce n’est pas grave. On vit avec."