Politique belge

La députée fédérale MR et bourgmestre de Jurbise l'affirme, elle ne compte "pas changer pour le politiquement correct". Dans une interview sans langue de bois, elle évoque ses ambitions, le positionnement du MR et la N-VA. Elle se compare aussi "un peu à Maggie De Block". Jacqueline Galant est l'Invitée du samedi de LaLibre.be.


Sur quelle liste vous présenterez-vous aux élections de 2014 ?

Soit deuxième, derrière Olivier Chastel, sur la liste fédérale, soit première à la Région pour l'arrondissement de Mons. Le mandat fédéral que j'exerce depuis plus de 10 ans me passionne. Mais le centre de gravité de l'Etat va changer et les Régions vont devenir un défi passionnant, avec de nombreuses nouvelles matières. Pourquoi ne pas tenter l'expérience...

En vous présentant à la Région, vous évitez l'affrontement avec les ténors socialistes (Di Rupo, Magnette, Demotte) du Hainaut ! Une bonne chose ?

J'ai toujours fait de la politique à ma manière, sans m'occuper des autres partis ou des concurrents. Ça ne me fait pas peur. Au contraire ! Être face à un ténor constitue un challenge car on ne doit pas avoir l'air ridicule par rapport à son score. J'ai déjà été candidate contre Elio Di Rupo et ça ne m'a pas posé problème.

Clairement, vous visez un portefeuille ministériel wallon ?

D'abord, il faut viser la réussite du MR à tous les niveaux de pouvoir. On verra les résultats. Mais j'ai toute confiance en mon président pour le moment où il faudra faire des choix.

Le socio-économique sera la priorité des citoyens lors des élections. Vous vous sentez à l'aise avec ces matières ?

Tout à fait. Je m'occupe des choses qui préoccupent le citoyen dans son quotidien. Ça passe par la sécurité mais aussi le logement, l'emploi,... Quand on voit que certains refusent parfois un emploi parce qu'ils gagneraient moins que s'ils restaient au chômage, c'est inacceptable. Je vais me battre pour ça. Le MR défend ceux qui veulent travailler.

D'autres thèmes de campagne, porteurs électoralement, vous sont chers, comme la sécurité ou l'immigration. Ce seront vos leitmotivs ?

Ce seront certains des dossiers importants. Je ne pratique pas la langue de bois et sur les sujets qui m'intéressent, mon langage sera franc, sincère. Pour moi, il faut appeler un chat un chat. Ce n'est pas du populisme ou de l’extrémisme. Je dis les choses comme je les ressens. La population a appris à me connaitre comme ça et je ne vais pas changer pour faire du politiquement correct...

Dans une interview, vous avez parlé des "populations étrangères" pour désigner certains habitants d'Anderlecht. Or, il peut s'agir de Belges ! Vous regrettez les mots utilisés ?

Ça a été vraiment mal interprété. Je ne vise aucune communauté en particulier. Mais il faut admettre que si tout était mis en place pour intégrer les personnes qui arrivent sur notre territoire, dont le parcours d'intégration, on aurait peut-être moins de problèmes d'intégration. Ce n'est pas pour me vanter mais je me compare un peu à Maggie De Block : quelqu'un de ferme mais qui reste très humain. Dans ma commune, je fais du social mais différemment, car je ne veux pas que les gens profitent d'un système.

Vous pensez qu'il existe un politiquement correct qui régit la société actuelle ?

Dès qu'on aborde des sujets sensibles, on est traité d'extrémistes. C'est dommage. Quand on est toujours dans le politiquement correct, on passe à côté de certaines choses. Dès qu'on parle de la diminution des allocations de chômage, ça y est, c'est la révolution ! Alors parfois j'utilise des mots qui peuvent choquer mais je ne suis pas extrémiste...

La présidence du MR vous a-t-elle rappelée à l'ordre après une telle sortie ?

On a eu des échanges mais il n'y a pas eu de rappel à l'ordre. Charles Michel me connait depuis de nombreuses années. Il sait qu'il faut faire attention parce que je suis impulsive et directe. Il se dit "Ouïe ouïe ouïe qu'est-ce qu'elle va encore nous sortir ?" (rires). Mais il sait aussi que, quelque part, j'ai un grand coeur. J'essaie que les gens puissent s'en sortir.

Vous vous sentez la "Destexhe du Hainaut" ?

Je ne veux pas du tout être comparée à des collègues, comme Destexhe ou autre. J'ai ma propre personnalité. Ça m'énerve d'être comparée parce que parfois Alain dérape sur certains points...

Charles Michel est-il trop centriste à votre goût ?

Non, il tient bien l'équilibre entre les différentes opinions. Son rôle est de rassembler et de porter un message de l'ensemble.

Le succès croissant des petits partis de droite (PP, La Droite) en Wallonie vous inquiète-t-il ?

En Wallonie, non, parce qu'ils n'ont pas de leaders. Les programmes ne sont pas clairs. Avez-vous vu l'interview de Luc Trullemans ? Elle n'avait ni queue ni tête !

Il a récemment flotté une ambiguïté de certains MR à l'égard de la N-VA. Quelle est votre position ?

La position de la N-VA sur Bruxelles constitue un affront qu'on ne peut pas faire aux Bruxellois. Pour moi, ils sont infréquentables parce qu'ils veulent la destruction de la Belgique alors que moi j'adore ma patrie. Et d'un point de vue socio-économique, même si sur certains thèmes on peut se rejoindre, je n'ai pas confiance par rapport à leur sincérité. La N-VA ne me parait donc pas un partenaire fiable.

En Région wallonne, ces derniers temps, Willy Borsus semble moins amer à l'égard du PS. Le MR prépare-t-il son entrée dans la majorité ?

Je ne pense pas. De toute façon, on va entrer en campagne donc les phrases assassines vont seulement arriver. J'ai encore lu récemment une réaction de Willy Borsus et je ne l'ai pas trouvé très aimable à l'égard du PS ou d'Ecolo...

Faudra-t-il réduire le salaire des ministres wallons ? Ils sont mieux rémunérés que les ministres fédéraux et flamands !

Ça m'énerve qu'on stigmatise toujours les politiques. Avant de s'attaquer aux salaires des ministres, il faudrait revoir ceux de certains mandataires qui sont conseillers communaux ou présidents de CPAS et qui cumulent avec la présidence d'intercommunales... Certains gagnent plus que des ministres ! Par contre, il n'est pas normal que les ministres wallons gagnent plus que les autres ministres. Il faudrait que les salaires soient les mêmes pour tous les ministres du pays.


Une interview de Jonas Legge