Politique belge

Jean Faniel, Politologue, directeur général adjoint du Centre de recherche et d’information sociopolitiques (Crisp)

Les petits partis de droite sont-ils une vraie menace pour le MR ? 

Le MR regroupe des personnes d’horizons différents et qui ont des sensibilités différentes. Cela débouche sur des tensions internes et sur des guerres intestines. Comme, par exemple, lors de la succession de Louis Michel en faveur de Didier Reynders à la présidence du parti et lors de la succession de ce dernier en faveur de Charles Michel au même poste. Mais, malgré ces tensions, le parti reste finalement fort uni : le match Daniel Bacquelaine/Charles Michel pour la présidence du MR, ce n’était pas le Copé-Fillon que l’on a connu pour la présidence de l’UMP ! Le MR capte encore l’électorat de droite malgré tout et arrive à le garder : il y a d’ailleurs une forte stabilité du parti dans les sondages. 

Pourquoi une telle multiplication de ces formations de droite "dure" ? 

Le système politique belge ne pousse pas les partis à adopter des positions tranchées, c’est l’une des conséquences du système de gouvernement de coalition. Dans l’opposition, il est plus aisé de critiquer plus fortement mais sans pouvoir non plus être radical car il faut ménager les partenaires potentiels de futures alliances. Bref, le système belge est une invitation au centrisme politique. Et donc certains voient là un enjeu à la droite du MR. Ce parti, justement, est confronté à la réalité gouvernementale. Il ne peut pas s’imposer clairement comme un parti bien marqué à droite. Le public belge francophone est aussi très influencé par la politique française où les majorités gouvernementales ont des positions beaucoup plus tranchées. 

Ces formations sont aussi très hostiles les unes par rapport aux autres… 

Ces partis vont essayer à tout prix de se distinguer les uns des autres, de se distinguer du MR et de prendre leur distance avec l’extrême droite pour ne pas risquer d’être ostracisés. Par exemple, le parti "La Droite" a réagi fortement aux déclarations de Luc Trullemans en faveur de la peine de mort et en a profité pour attaquer le PP de Modrikamen en dénonçant le fait qu’il était en faveur de cela également. "La Droite" a voulu marquer la limite car l’opposition à la peine de mort est un marqueur profond pour distinguer ce qui est d’extrême droite ou non. Or, Modrikamen flirte désormais avec l’extrême droite, ce que le PP ne faisait pas au début. F.C.