Politique belge

Les hommages de la classe politique à Jacky Morael, dont le décès à l'âge de 57 ans a été annoncé mardi, se succèdent et vont bien au-delà de sa famille écologiste. Celui qui est souvent présenté comme son fils spirituel, Jean-Michel Javaux, l’ancien coprésident d’Ecolo très ému dit devoir beaucoup à Jacky Morael.

Jacky, c’était mon père spirituel, c’est lui qui m’a emmené en politique. C’était un visionnaire, un atypique. Il venait d’un milieu ouvrier mais était le premier à mettre son costard cravate pour se rendre à des conférences dans des lieux improbables avec des gens improbables. C’était un négociateur politique qui respectait sa parole. Laurette Onkelinx, Didier Reynders, Louis Michel, Guy Verhofstadt l’appréciaient énormément. Quand j’étais au top du parti, je lui demandais souvent conseil. On était pourtant très différents. Moi, un catholique et, lui, un bouffeur de curés… Il s’exprimait très directement en débat. J’avais "flashé" lorsque je l’avais vu la première fois lors des débats du dimanche midi en télé. Il s’exprimait de manière tellement claire. Il connaissait les médias. Il m’a appris à parler avec mon cœur et non pas à partir des phrases préparées par les attachés de presse.

Nollet : "C'était mon maître"

Un homme. Un maître. Mon maître”. C’est le message qu’a posté mardi soir sur les réseaux sociaux le chef de groupe Ecolo à la Chambre, Jean-Marc Nollet. Jacky Morael a fortement marqué le personnage politique qu’il est devenu aujourd’hui. “Je sais qu’il n’aurait pas aimé car il citait souvent cette formule : “Ni Dieu, ni maître”…. Mais pour moi, c’était un maître. C’était avant tout un pédagogue. Il m’a expliqué le dessous des cartes politiques quand je suis arrivé chez Ecolo. Il accordait une confiance totale aux “jeunes cons” comme il nous appelait. J’ai plus appris à ses côtés que dans les livres de Science politique que j’étudiais à l’époque. Il m’avait envoyé au cabinet de Dominique Voynet (ancienne ministre française de l’Environnement) en 1997, à l’époque du gouvernement Jospin, pour voir comment fonctionnaient Les Verts au pouvoir en France. En 1999, nous montions nous-mêmes au pouvoir. Il avait cette capacité phénoménale de transformer son intuition politique en action. C’était un leader naturel et il a utilisé cette qualité pour faire évoluer le parti. Il a fait passer dans l’image publique le fait qu’Ecolo était plus qu’un parti thématique et qu’il avait une vocation généraliste au-delà de l’environnementalisme.”

"Nous étions de vieux potes, très proches", a souligné Olivier Deleuze auprès de l'agence Belga. "Je suis ébranlé et réellement choqué." L'ancien co-président d'Ecolo voyait en Jacky Morael "un homme vrai et une personnalité sympathique". "Il était très impliqué dans ce qu'il faisait et j'ai énormément de respect pour cet homme, même si nous avons connu quelques divergences politiques."

Michel: "Notre pays perd un homme attachant"

Le Premier ministre Charles Michel estime que "notre pays perd un homme attachant doté d'une intelligence politique extraordinaire".

"Un homme apprécié, profondément humain et j'appréciais sa passion dans la défense de ses valeurs", ajoute le président du MR Olivier Chastel, soulignant qu'il avait mené "Ecolo vers le sommet avec clairvoyance".

"Il a fait passer Ecolo d'un mouvement d'idées et de contestation à un mouvement touchant la société plus largement et capable de participer à un gouvernement. Il a rendu possible des compromis, ce qui n'a pas toujours été salué par tous au sein de son parti", a réagi le vice-premier ministre Didier Reynders, qui l'a longuement côtoyé, notamment à Liège.

"J'ai le souvenir de moments très joyeux mais aussi d'un désespoir très sombre. Une certaine cyclothymie trahissait la trame de sa vie où les moments de grande joie cédaient la place à la désillusion aussi bien sur le plan privé que sur le plan politique", a ajouté M. Reynders.

"Lors des négociations de 1999, il a noué facilement le contact avec les autres négociateurs. Il a eu à coeur de montrer qu'Ecolo s'occupait de bien d'autres thèmes que de la protection de la nature et de défendre son parti pour qu'il ne soit pas écrasé par d'autres formations qui avaient une plus grande expérience de la négociation", a-t-il encore dit.

Autre partenaire de cette majorité, Guy Verhofstadt se souvient de Jacky Morael comme d'un "homme politique passionné et innovateur". "Il a porté son parti à des sommets inédits et était l'une des forces motrices du gouvernement arc-en-ciel, qu'il a aidé à mettre sur pieds."

Louis Michel parle d'un homme "chaleureux, rassembleur, loyal, intègre", "fédéraliste convaincu porteur des accords de la Saint-Michel et de la Saint-Quentin". "Il a été et restera une référence pour les écologistes, et au-delà pour toutes les femmes et tous les hommes politiques."

Di Rupo: "Il était d'une grande droiture et d'une parfaite intégrité"

"La disparition de Jacky Morael est une grande perte pour l'écologie politique du pays, mais aussi pour l'ensemble des femmes et des hommes qui ont pu travailler avec lui ou simplement le côtoyer", estime le président du PS, Elio Di Rupo. "Il était d'une grande droiture et d'une parfaite intégrité, un exemple d'engagement et de conviction."

Le ministre-président wallon Paul Magnette fait état d'une "infinie tristesse", évoquant "un homme de convictions qui a marqué toute une génération, la mienne".

Il "a su conjuguer les talents d'homme d'Etat, de stratège politique ainsi que de pédagogue au regard pétillant", réagit le président du cdH Benoit Lutgen. "La politique belge perd bien trop tôt un de ses grands talents."

Joëlle Milquet se rappelle d'un homme "brillant, innovant et engagé" qui "avait une réelle vision de société alternative, un sens important de la convivialité et une capacité de convictions et de négociation fortes".

Le porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw, a lui des "pensées émues" en repensant à "tous les débats constructifs" qu'il a eus avec Jacky Morael.