Politique belge

Cette semaine se déroule la dixième édition du Jeugd Parlement Jeunesse (JPJ) à Bruxelles. Une édition qui a débuté sur les chapeaux de rouee puisqu'une polémique a éclaté dès lundi après-midi. Ecolo J, la section jeune d'Ecolo, a annoncé se retirer d'un débat organisé le soir même car le Vlaams Belang avait été invité à la dernière minute. Pour les Ecolo cela "offre une tribune à une jeunesse politique raciste et participe à la normalisation des idées d’extrême droite". Le Jeugd Vlaams Belang a finalement décliné l'invitation, faute de temps, et les verts sont revenus sur leur décision.

Mais le but du JPJ n'est pas celui-là. L'initiative vise à simuler une session parlementaire au Sénat pour permettre à des francophones et néerlandophones de vivre le déroulement du processus législatif. Durant une semaine, les jeunes se glissent dans la peau de sénateurs (au nombre de 98), de conseillers (10) et de journalistes (10).

Pour le porte-parole de l'événement, François-Guillaume Eggermont, étudiant en droit de 22 ans, cette simulation a trois objectifs: "D'abord encourager les jeunes à partager leurs opinions. Ce que je trouve très important dans notre monde où les réseaux sociaux ne nous confrontent pas à des avis contradictoires. Ensuite pour créer du lien entre les néerlandophones et les francophones. Et pour familiariser les sénateurs novices avec nos institutions, en respectant leurs règles."

Quatre réformes sont au programme

Regroupés par partis fictifs (dont les noms, cette année, ont été tirés de grandes batailles), les jeunes débattent de quatre projets de lois: réforme de la police, refédéralisation belge, réforme du mariage et économie circulaire.

Dans l’hémicycle, les "sénateurs" en costume-cravate prennent leur rôle très à cœur. L'ambiance est studieuse, professionnelle mais l'humour est présent. Chacun peut prendre la parole, en respectant les règles. Le but est également de vaincre sa timidité et d'oser parler devant un auditoire attentif.

La jeunesse et la politique

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Soufian Hamdaoui, âgé de 28 ans et professeur d'histoire-géographie, participe pour la deuxième fois au Jeugd Parlement Jeunesse et incarne le président du parti fictif Aujourd'hui (les Verts). S'il a voulu y participer, c'est pour acquérir des compétences liées à la politique et se lancer un défi. Quand on lui demande si la jeunesse se désintéresse de la politique, celui-ci répond qu'"il faudrait pouvoir quantifier ces tendances. Pour moi ce désintérêt est symptomatique de la crise de notre démocratie. Il n'y a pas que les jeunes qui se détournent de la politique. Par contre, il y en a de plus en plus qui s'intéressent à ce qu'on fait ici." Il a aussi le sentiment que rien ne change en politique. "Le monde politique est influencé par les acteurs économiques. Les grands organismes ont clairement un impact sur les décisions prises."

Mais pour cet enseignant, des solutions existent pour changer ces tendances: "Organiser plus de sessions comme celles-ci, faire participer les jeunes, faire des simulations dans les écoles, c'est comme ça que la nouvelle génération pourra s'intéresser à la politique."

Quant à la question de la banalisation des partis extrêmes en les invitant au débat, Soufian est mitigé: "On est face à un dilemme. En les autorisant, on leur donne une visibilité. Mais si on les met de côté, ils utiliseront cet argument en se victimisant. On est dans une impasse. Il faut apprendre à la nouvelle génération à faire preuve d'esprit critique."

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Âgée de 20 ans, Sophie Mertens est étudiante en droit et science politique. Elle participe pour la première année en tant que sénatrice du parti Tours (Centre). Elle voulait pouvoir confronter la théorie à la pratique et apprendre à formuler des idées. Pour elle, les jeunes ne se désintéressent pas de la politique en général. "Ils s'y intéressent pour leur futur mais la politique belge est compliquée, ce qui peut expliquer cette impression. Ils trouvent la politique démodée et cela peut les décourager. Pourtant, on voit qu'ils cherchent même à comprendre ce qui se passe hors de la Belgique, en France et aux Etats-Unis par exemple." Avec un sourire, elle admet qu'elle ne sait pas encore trop quels sont ses espoirs par rapport à la politique. "C'est la réponse que je suis venue chercher ici. J'espère juste ne pas être désillusionnée."

Pour elle, le problème en Belgique est qu'il n'existe qu'un mot pour parler de la politique, alors qu'en anglais il en existe plusieurs, avec des connotations différentes (policy, politics, polity). "On devrait faire la même chose." L'autre solution pour la jeune femme est l'éducation. "Il faut faire participer les enfants et leur montrer que chacun a un impact, même sans être adulte."

Par rapport aux partis extrêmes, elle pense que la situation est compliquée mais que "Si on ne les invite pas, cela leur donnerait plus de pouvoir. Cela permet au moins de confronter les idées de manière civilisée et d'avoir un débat constructif".

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A 21 ans, Tanguy Kamp Kabahizi fait des études d'ingénieur. Pour sa première année, il endosse le rôle de sénateur au parti Bastille (communiste). Il avoue ne pas connaitre grand-chose en politique mais, s'il a voulu participer, c'est pour comprendre comment fonctionne la politique et apprendre, notamment à s'exprimer. Comme Sophie, il pense que les adolescents s'intéressent à la politique mais de manière plus traditionnelle. "Ils s'identifient de moins en moins à un parti, leur intérêt est indirect. Ils sont concernés par l'avenir, pas par une idéologie précise. Les réseaux sociaux permettent aussi d'avoir plus facilement accès à tout". A la fin de la semaine, il espère avoir des espoirs plus concrets sur l'avenir de la politique. "Mais je crois que s'il doit y avoir un changement, il viendra des citoyens. S'ils se sentent concernés. Mais le problème c'est que beaucoup de personnes ont peur du mot politique."

Pour intéresser la population, Tanguy croit qu'il faut amener le débat sur des sujets spécifiques. "On a tous une conscience politique, même sans le savoir. Débattre de sujets concrets permettrait à tout le monde de comprendre la politique."

Sur la question des partis extrêmes, il est mitigé. "C'est peut-être naïf de ma part mais je crois qu'il ne faut pas avoir peur des gens radicaux. Il ne faut pas les isoler. Il faut pouvoir confronter les idées, comme ça les électeurs de ces personnes ont aussi accès à d'autres opinions."

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Etudiante en droit, Martha Duch Giménez a 21 ans. Pour sa deuxième participation, elle a endossé le rôle de chef du parti Troie (social-démocrate). Si elle a continué à y participer, c'est par intérêt général pour la politique. Elle voulait aussi se lancer un défi en osant donner des avis juridiques. Pour l'intérêt des jeunes à la politique, elle est mitigée. "Globalement je crois qu'ils s'y intéressent. Mais je suis consciente que je vis dans un environnement où les gens se sentent concernés par la politique. Ils ne s'en soucient pas moins qu'avant, mais il y a plus de moyens pour s'informer". Elle admet être un peu idéaliste et espérer que la politique se recentre sur l'intérêt général. "Mais je me rends bien compte que les politiciens sont des humains et qu'ils pensent à leurs causes. Je suis en même temps utopiste et réaliste".

Pour changer les choses elle pense qu'il faudrait distinguer LE politique (les idées, les contenus) de LA politique (la technique). "Cela permettrait de réaliser que le contenu n'est pas la forme. Les gens s'y intéresseraient peut-être plus s'ils comprenaient qu'il n'y a pas que le côté complexe." Ecoeurée par les partis d'extrême droite, elle trouve qu'il ne faut pas les banaliser. "Ce n'est pas compliqué de les inviter et de les ridiculiser par la suite si besoin."