Politique belge

Le président de la commission d'enquête parlementaire Kazakhgate Dirk Van der Maelen (sp.a) considère, "sur la base d'indices", que le vice-premier ministre Didier Reynders et le "réseau bleu" MR sont à la base de l'accélération fin 2010 début 2011 de l'évolution de la législation sur la transaction pénale élargie à un moment où l'ex-président du Sénat Armand De Decker (MR), devenu avocat au service d'une équipe travaillant pour l'Elysée, agit auprès du ministre de la Justice Stefaan De Clerck et du ministère public, au profit des intérêts du milliardaire kazakh Patokh Chodiev.

"Je n'ai pas de 'smoking gun', il n'y a pas de preuves mais des indices", a-t-il indiqué lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a présenté un "rapport alternatif" aux conclusions de la commission d'enquête jugées décevantes.

Il en ressort que l'équipe élyséenne a eu des contacts début 2011 au sujet de la possibilité de voir aboutir en Belgique cette loi de transaction pénale élargie profitable au trio de milliardaires Patokh Chodiev, Alijan Ibragimov et Alexander Mashkevitch inquiétés dans l'affaire Tractebel. La France présidée par Nicolas Sarkozy était intéressée à ce que le trio soit tiré d'affaire en vue de conclure avec le Kazakhstan un important contrat portant sur la vente d'hélicoptères pour la défense.

La commission d'enquête a dénoncé dans un certain nombre de constats et d'appréciations l'immixtion de la France dans une affaire judiciaire en cours en Belgique et le rôle joué à cet égard par Armand De Decker. Le nom de M. Reynders, à l'époque ministre des Finances, a été cité à plusieurs reprises dans la presse dans l'affaire du Kazakhgate. Comme les autres principaux ministres du gouvernement Leterme, il est venu s'expliquer en commission. Lui et son entourage ont replacé l'évolution de la législation sur la transaction pénale élargie dans le contexte de la crise institutionnelle de 2010-2011 et de la pression de l'OCDE qui ont abouti à un couplage politique de la mesure avec l'assouplissement de la levée du secret bancaire. Fait inédit, le roi Albert II avait chargé le gouvernement en affaires courantes de constituer un budget et une opportunité a vu jour permettant de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat. La commission d'enquête n'a pas retenu contre M. Reynders de griefs dans ses conclusions.

Son président a cependant une nouvelle fois évoqué jeudi un contact qu'ont eu l'avocate Catherine Degoul, chargée de mission dans la cellule élyséenne, Armand De Decker et Didier Reynders, au Sénat. Ce dernier avait confirmé lors de son audition l'existence du contact mais souligné qu'il avait porté sur l'homme politique congolais Jean-Pierre Bemba. Dirk Van der Maelen fait lui état de la correspondance ultérieure de Mme Degoul mentionnant auprès de l'Elysée son contact avec ses "amis du nord" et ensuite avec "monsieur C." (Chodiev, selon Van der Maelen) sur des problèmes financiers (le clan Chodiev ne payait pas). Il mentionne aussi un courriel de Mme Degoul avec MM. Reynders et De Decker en copie. M. Reynders a nié avoir jamais reçu ce courriel.

Dirk Van der Maelen (sp.a) égratigne également, en y voyant des "preuves" cette fois, le CD&V, coupable à ses yeux d'avoir entretenu au cours des années précédant 2011 des liens étroits avec les diamantaires anversois et le pouvoir judiciaire local en vue de faire émerger des solutions législatives visant à sortir ce secteur de difficultés judiciaires et économiques. Il regrette particulièrement que la majorité siégeant au sein de la commission d'enquête a refusé de recommander la mise en place en Belgique d'un registre des lobbies, comme le préconise le GRECO, l'instance anti-corruption du Conseil de l'Europe.


"L'obstination de M. Van der Maelen à l'encontre du MR relève du cas psychiatrique"

"L'obstination de M. Van der Maelen à l'encontre du MR relève du cas psychiatrique", ont indiqué jeudi les députés réformateurs membres de la commission Kazakhgate, David Clarinval, Damien Thiéry et Gilles Foret après que le président sp.a de la commission a une nouvelle fois dit voir Didier Reynders et le "réseau bleu" au centre de l'affaire qui a mobilisé les travaux. Le socialiste flamand a présenté un "rapport alternatif".

"Les récents propos du président de la commission Van der Maelen transpirent, au minimum, la malhonnêteté politique dans le seul but de nuire. Pour le groupe MR, la méthode est scandaleuse et sans précédent. Un président, dont la fonction exige une certaine hauteur, qui organise sa propre conférence de presse dans son coin, c'est tout simplement du jamais vu. Il présente de surcroît un 'rapport alternatif', décrédibilisant totalement les 16 mois de travaux des autres commissaires", ont jugé les élus réformateurs.

"Aveuglé par la profonde inimitié qu'il nourrit depuis des années à l'encontre du ministre Didier Reynders, le président Van der Maelen a semble-t-il perdu pied avec la réalité. Il jette en plus l'opprobre sur un homme de manière totalement gratuite, précisant pourtant que 's'il ne possède pas de preuve, il a des indices'. Accuser un homme sans preuve est un acte infamant", a précisé David Clarinval, chef de groupe MR à la Chambre.