Politique belge

"Je demande qu’on invite M. Mazery. Il vaut mieux parler au Bon Dieu qu’à ses saints…" La conclusion provocante de Georges Gilkinet (Ecolo) résumait bien l’audition, lundi, des représentants belges de l’Ordre de Malte par la commission d’enquête parlementaire sur le Kazakhgate. Ces derniers ont nié toute implication dans cette affaire de trafic d’influence, mais sans répondre à toutes les questions.

L’Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte (de son nom complet) est cité à plusieurs reprises dans le Kazakhgate. C’est son ancien grand chancelier (ou Premier ministre), Jean-Pierre Mazery, qui aurait mis en contact Jean-François Etienne des Rosaies et Armand De Decker, à la demande du premier. Celui-ci, ancien émissaire de l’Elysée, fut chargé par la présidence française de mettre en place une cellule chargée de débarrasser l’homme d’affaires Patokh Chodiev de ses ennuis judiciaires en Belgique. Armand De Decker (MR) en fera partie début 2011.

"C’est possible qu’un contact ait eu lieu entre M. Mazery et M. De Decker. Ils se connaissaient", a dit à ce propos André Querton, de l’Ordre de Malte en Belgique (photo d'illustration). Ils s’étaient rencontrés lorsque le libéral était ministre de la Coopération au développement et finançait des projets de l’Ordre. Cependant, M. Querton ignore si son grand chancelier a eu le rôle d’intermédiaire qu’on lui prête. Et de manière générale, il nie toute implication de l’association belge de l’Ordre de Malte dans le Kazakhgate.

En octobre 2013, plus de deux ans après que M. Chodiev eut signé une transaction pénale mettant fin aux poursuites contre lui, Jean-François Etienne des Rosaies rencontre Jean-Claude Fontinoy, un proche conseiller du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR). Deux dossiers sont évoqués : la demande d’anoblissement de l’homme d’affaires belge Georges Forrest et la demande de reconnaissance diplomatique de l’Ordre par la Belgique (un mémoire d’entente entre les deux "Etats" avait déjà été conclu après une visite de M. Reynders au Vatican en 2012).

Des noms qui reviennent

M. Querton n’était pas au courant de cette rencontre d’octobre 2013, a-t-il assuré lundi. En revanche, il a su, à un moment, que le représentant de l’Elysée se targuait d’agir en Belgique au nom de l’Ordre de Malte. Un rôle dont il s’est prévalu de manière indue, a souligné André Querton. Lequel - chose curieuse - a toutefois été incapable de dire qui l’avait informé (trois ou quatre fois, selon ses dires) de l’action menée chez nous par M. Etienne des Rosaies.

Mais quel lien avec le Kazakhgate ? Aucune preuve. Mais des noms qui reviennent : Reynders, Etienne des Rosaies, De Decker, Fontinoy. Et le fait que Jean-Claude Fontinoy a continué à voir M. Etienne des Rosaies en 2013 et 2014 alors que, à l’époque, ce dernier avait déjà été relié au Kazakhgate. Charles Ghislain, ancien ambassadeur belge au Vatican, a ainsi indiqué lundi, devant la commission, avoir personnellement informé M. Fontinoy (par un mail du 5 novembre 2013) du CV sulfureux du Français - ce que le conseiller libéral n’avait pas dit lors de son passage devant la commission.

Enfin, il fut question d’un don de 25 000 euros qui intéresse la Justice. Il aurait été fait par l’Ordre de Malte en faveur de la fondation de la princesse Léa. Mais l’association belge de l’Ordre a répété ne pas être l’auteur de ce don.