Politique belge

Le Roi a désigné mardi le président du MR, Charles Michel, et le ministre-président flamand sortant, Kris Peeters (CD&V), formateurs du gouvernement fédéral. "Notre but est de travailler sérieusement pour mettre en place un gouvernement socio-économique et faire en sorte que notre pays puisse relever les défis auxquels il est confronté", a expliqué M. Michel.

Les deux hommes travailleront de manière discrète dans les prochains jours en vue de former ce gouvernement "le plus vite possible". Plus tôt dans la journée, les instances de la N-VA, de l'Open Vld, du CD&V et du MR se sont prononcées en faveur d'une entrée en négociations.

Le MR est le seul parti francophone de cette coalition "suédoise" à moins que le cdH ne rejoigne cet attelage. Qui plus est, telle qu'elle se présente actuellement, la formule donne une place prépondérante à la famille libérale.

M. Peeters a indiqué à la sortie du Palais de Bruxelles qu'il allait prendre contact avec les centristes francophones. "On va parler aussi avec le cdH parce qu'il est peut-être possible de le convaincre", a-t-il dit.

Le 24 juin, les centristes francophones ont rejeté la note de l'informateur -et président de la N-VA- Bart De Wever qu'avaient approuvée le MR et le CD&V. Le président Benoît Lutgen a fait comprendre que son parti n'entrerait pas dans une coalition avec les nationalistes flamands. Ce mardi, dans un communiqué diffusé après la décision du MR d'entrer dans une négocation avec l'Open Vld, le CD&V et la N-VA, M. Lutgen n'a pas mâché ses mots à l'égard des libéraux francophones. Il a accusé M. Michel, chargé d'une mission d'information par le Roi, de ne pas avoir proposé une formule de majorité sans la N-VA et dénoncé un choix du MR "guidé par la seule volonté de se retrouver à n'importe quel prix au pouvoir".

"Une menace pour le bien-être des francophones"

Dans un communiqué diffusé ce mardi soir, le parti socialiste déclare avoir "pris connaissance de la désignation d’un duo de formateurs qui va tenter de former un gouvernement dit 'kamikaze' avec les libéraux, le CD&V et la N-VA." Le PS signale au passage que "le MR avait promis aux citoyens que s’il avait la main, il ne s’associerait jamais avec la N-VA, parti séparatiste." Et d'enfoncer le clou: "Le MR représente à peine 20 sièges sur les 63 sièges francophones au Parlement fédéral, c’est-à-dire une très nette minorité." Dans ce contexte, les socialistes craignent "que cette forte sous-représentation francophone au gouvernement fédéral ne soit une menace pour le bien-être des francophones, Wallons et Bruxellois."

Une coalition "kamikaze" serait celle de "tous les reniements de la part du MR"

Les Fédéralistes Démocrates Francophones (FDF) ont sévèrement attaqués mardi le MR après l'annonce par celui-ci de l'ouverture de négociations avec la N-VA, le CD&V et l'Open-Vld pour une coalition au fédéral.

"Si la coalition «kamikaze» devait se confirmer, ce serait la coalition de tous les reniements de la part du MR. Ce serait la coalition dominée par le nationalisme flamand de la N-VA et du CD&V, qui mettrait en péril l'avenir même du pays", a commenté leur président Olivier Maingain dans un communiqué.

Et celui-ci de juger: "En définitive, Didier Reynders disait la vérité lorsqu'il marquait sa préférence pour la N-VA et Charles Michel n'était qu'un hypocrite lorsqu'il prétendait que jamais le MR ne s'allierait avec le parti de Bart De Wever".

En conclusion, M. Maingain invite tous les électeurs du MR, "qui croyaient en la force du discours francophone de Jean Gol, à abandonner ces dirigeants du MR qui ne seront que les nervis de la N-VA".

Les syndicats sur leurs gardes

Les syndicats réagissent de manière timorée à l'annonce de la formation d'un gouvernement fédéral de type "suédois", réunissant la N-VA, le CD&V et l'Open Vld côté néerlandophone, et le MR côté francophone. "Nous formulons beaucoup de craintes et resterons vigilants", a prévenu Anne Demelenne, la secrétaire générale de la FGTB. Le syndicat socialiste déplore que la N-VA soit "soudainement devenue fréquentable aux yeux du MR", indique Mme Demelenne. Elle s'inquiète de la politique que mènerait un gouvernement orienté à droite pour les travailleurs et les allocataires sociaux. "Monsieur Michel parle de moderniser le marché de l'emploi, il est dommage qu'il ne parle pas plus de moderniser la fiscalité", pointe-t-elle en référence à la lettre envoyée mardi par l'informateur royal Charles Michel (MR) aux électeurs du parti libéral francophone.

Anne Demelenne rappelle au futur gouvernement que parmi les partenaires sociaux figurent les syndicats, et que ceux-ci s'opposeront avec force à toute politique d'austérité.

Le Mouvement ouvrier chrétien (MOC) ne se réjouit pas non plus de l'annonce d'une formation entre les tenants d'une coalition suédoise. "Un parti avait dit ne pas vouloir négocier avec la N-VA, il n'a pas tenu parole", dénonce le MOC, tournant le regard vers le MR. Le mouvement craint des mesures socio-économiques mettant en péril les acquis sociaux. "La réforme fiscale ne sera pas budgétairement neutre, nous craignons que ce soient les allocataires sociaux qui paient l'addition."

Le syndicat libéral se refuse quant à lui à "poser un jugement a priori", déclare Olivier Valentin, secrétaire national de la CGSLB. "Ce ne sont pas les partis qui comptent, mais le programme", commente-t-il, espérant que l'informateur aura tenu compte des remarques formulées par les syndicats lors de leur rencontre. Il admet que certains éléments du programme de la N-VA génèrent des craintes dans le chef des travailleurs, mais souligne qu'un gouvernement de coalition doit de toute façon aboutir à un compromis. Il rappelle également que la CGSLB est sur la même longueur que les deux autres syndicats sur nombre de points, mais qu'elle attend de voir ce qui sera sur la table pour s'exprimer. "Nous nous opposerons au négatif, nous soutiendrons le positif", conclut M. Valentin.